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Stravinsky


Centenaire du Sacre

Actualité cd
avril et mai 2013

2013 est une année riche en événements musicaux: bicentenaire de Verdi et Wagner, mais aussi centenaire d’une oeuvre scandaleuse et moderne, véritable comète inclassable assurant à Paris, avant la première guerre, un renom inégalé sur le plan de l’avant-garde artistique (ici orchestrale et chorégraphique). Les puristes cinéphiles iront consulter la fiction un brin kitsch (il vient du clip) de Jan Koonen, réalisateur d’un récent film sur Miss Chanel et le bel Igor à l’époque du Paris scandaleux du Sacre (Coco & Igor) soit au printemps 1913 (le 29 mai précisément) : en ouverture du film passablement romantisé, la création du Sacre du Printemps est reconstituée dans le tumulte sonore et hystérique que l’événement suscita en mai 1913, sur la scène du théâtre moderne, souhaité par le visionnaire Astruc.
Aujourd’hui, grâce à l’ex assistante du chorégraphe, Marie Rambert, la version originale du ballet de Nijinksy, si originale est à nouveau disponible. Mais avec les années, depuis 1913, c’est surtout la musique de Stravinsky qui s’est imposée partout dans le monde, offrant à la pièce son statut d’oeuvre symphonique indépendante, au même titre dans l’histoire de l’art et des avant-gardes que peuvent l’être les Demoiselles d’Avignon de Picasso (1907): un manifeste de la modernité qui fait jalon.
Lire notre dossier spécial sur le Sacre version 1913


ballet et orchestre de 1913

La version chorégraphique originale est aujourd’hui défendue par Valery Gergiev lequel avec ses troupes du Mariinsky de Saint-Pétersbourg offrent une production exhaustive de ballet, costumes et musique (a-t-on raison de tirer Le Sacre vers le geste slave quand il s’agit surtout d’une partition destinée à l’excellence des instrumentistes parisiens ?).

Car il y manque ce qu’apportent en 2013, pour le Centenaire justement, l’orchestre français Les Siècles et François-Xavier Roth : la version instrumentale originelle, celle avec les instruments parisiens de 1913. Version inédite et essentielle pour qui veut comprendre l’expérimentation musicale hissée à son sommet (écriture, timbres choisis et combinés, jeu spécifique sur les instruments…) qu’a souhaité le jeune Stravinsky alors associé aux Ballets Russes de Diaghilev. La version sur instruments d’époque du Sacre est d’autant plus légitime que le compositeur réalise en 1913, comme l’aboutissement de ses années de recherche, au sein des Ballets Russes, depuis le classique et post romantique Oiseau de feu, en passant par le déjà moderne et en rupture, Petrouchka (très influencé par les mélodies populaires). Pour le Sacre, rien de comparable: c’est un ovni qui sur le plan de l’écriture fait passer la musique dans le XXè siècle, avec l’exigence révélée de l’auteur vis à vis des instruments requis (pas moins de 105 instrumentistes dont les pupitres des cors, de hautbois et de contrebasses par 5 !). Le disque devrait sortir en… 2014.


Vague sur instruments modernes

Pour autant, ce sont encore et toujours les versions sur instruments modernes qui occupent majoritairement la scène et les bacs… Centenaire oblige, une vague d’enregistrements nouveaux et déja connus (rééditions attendues) se précise : Sony classical a sorti deux admirables coffrets comprenant les deux versions enregistrées par Stravinsky lui-même (1940 puis 1960) avec cette coupe et cette précision fiévreuse, purement instrumentale (et un timing beaucoup plus rapide et resserré que tous les chefs après lui !) ; le second coffret réunit les 2 autographes cités, agrémentés des 8 autres versions détenues par le catalogue Sony (RCA, CBS, Sony, dont celle de Monteux, le créateur du Sacre en 1913, Ormandy, Stockowski, surtout Ozawa et Boulez…, sans omettre Bersntein, Salonen).


3 nouveaux cd du Sacre “moderne “

L’agenda se précipite avec la proximité de la date du centenaire (29 mai 2014). Tour à tour Emi classics, Naïve et Sony classical éditent de nouvelles versions, respectivement signées Rattle, Jordan et Gatti. Le Sacre du printemps est un choc musical, et surtout un défi interprétatif pour tout chef digne de ce nom: tumulte et mystère à la fois, le rite païen est un formidable révélateur des vraies compétences d’une phalange. Il confirme ou remet en question la direction des directeurs musicaux. Que valent les 3 dernières versions parues ? Voici notre avis s’agissant donc de Rattle, Jordan et Gatti.

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