Philippe Jaroussky, contre ténor. “Voix Haute”. Maestro Arte, dimanche 19 avril 2009 à 19h. Concert-portrait (2000)

Philippe Jaroussky,
contre ténor

Arte,
Dimanche 19 avril 2009 à 19h

Maestro. “Voix haute“. Concert portrait, 2000

A partir du concert d’airs baroques (mêlant Haendel, Caccini, Strozzi…) filmé au Théâtre Malraux de Rueil Malmaison en février 2000, le réalisateur assemble mélodies vocales (Jaroussky chante en duo avec la soprano Nurial Rial dans plusieurs duos haendéliens), et trop courts entretiens… où le chanteur se dévoile du bout des lèvres, sous un éclairage travaillé. Tout ici est savamment millimétré, l’image poudrée, les propos à peine audacieux…


Artifices éloquents


Le propre de l’opéra en particulier l’art des contre-ténors plonge au coeur de l’artifice et de la sophistication: tout ici approche le calcul et la manipulation sonore. En usurpateur déclaré, Philippe Jaroussky avoue passer son temps à chanter des airs qui n’étaient pas conçus pour sa voix (le grain et l’étendue vocale des mythiques castrats demeurent à jamais perdus), comme tous les contre-ténors du monde, quand les castrats à leur époque se dépensaient à prix d’or (ruinant théâtres et impresario) pour créer des airs et des rôles taillés pour leur voix spécifiques! Eloquent paradoxe qui cependant s’avère dans le cas du soliste français, des plus captivants.
Voix angélique des langueurs amoureuses et de l’extase fusionnelle, entre ravissement, pamoison mais aussi douleurs lacrymales (Eraclito amoroso de Strozzi par exemple), Philippe Jaroussky enchante, captive, saisit l’âme et touche le coeur.
Pourtant la réalisation visuelle et les multiples plans qui jouent des effets de miroirs, en plongées et contre plongées, les lumières blanches et vaporeuses, jusqu’aux couleurs en camaïeux de gris sous lesquelles paraît le soliste, soulignent ici l’effet et l’artifice… A contrario, la voix, agile, virtuose en acrobaties et vocalises, excelle à parler le langage direct et franc de l’effusion sentimentale. Illusions de la forme, vérité du chant…

Les fans seront ravis. Les plus curieux critiques tout en reconnaissant l’art de l’interprète qui après avoir chanté l’articulation italienne, “ose” le beau parler français de Fauré à Hahn en un album récent intitulé “Opium”, regretteront l’excès et la saturation des effets de caméra, dans ce concert-portrait trop maquillé, aux paroles épisodiques et calculées.

Philippe Jaroussky, voix haute. Réalisation: Christian Leblé (2008, 43 mn).

Illustration: Philippe Jaroussky (DR)

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