Paul Hindemith, Cardillac (1926)Arte, le 17 février 2007 à 22h30.

Paul Hindemith
Cardillac
, 1926



Samedi 17 février 2007 à 22h30

En 2007, un samedi par mois, Arte diffuse un cycle de documentaire sur l’art lyrique : “découvrir un opéra”. Cette semaine, “Cardillac”, documentaire réalisé par Chloé Perlemuter, 2006, 57mn.

Eros et Thanatos

Après Platée, diffusé le 6 janvier 2007, Arte poursuit son cycle de documentaire permettant au plus grand nombre de pénétrer la magie du spectacle total, l’opéra. L’initiative est d’autant plus bienvenue que 2007 marque les 400 ans d’un art plusieurs fois enterré, et qui connaît depuis le début du XXI ème siècle, en dépit des querelles de clocher qui éclaboussent ici et là, le petit landernau des milieux lyriques, un formidable essor.
Présenté en octobre 2005, la production de Cadillac, l’opéra de Paul Hindemith, était légitime : outre l’incontestable intérêt de la partition, l’action se passe à Paris, à l’époque de Louis XIV. Le documentaire de Chloé Perlemuter met en avant le commentaire du metteur en scène, André Engel à l’élocution vive et précise, et le directeur de l’Opéra de Paris, Gérard Mortier qui a programmé l’ouvrage. Dans un studio de cinéma, les intéressés analysent sans termes énigmatiques, le sujet, l’importance et la signification des scènes choisies : Que penser de cette histoire d’un orfèvre qui méprise en définitive ses clients, car ceux-ci le dépossèdent des chefs d’oeuvre que son génie met des heures à produire, dans une fièvre intense qui tient de la folie démente… et meurtrière.
La musique dit souvent autre chose que ce que chantent les interprètes sur la scène et les commentateurs démontrent ce phénomène.
De longs extraits mettent en lumière les relations entre les personnages : désir, excitation mais aussi possession et meurtre. Eros et Thanatos, amour et mort, se livrent dans l’opéra de Paul Hindemith, une lutte fascinante.

La vision d’André Engel

L’ouvrage s’inspire du roman d’Hoffmann, Mademoiselle de Scudéry, qui se passe dans le Paris baroque, à l’époque de l’affaire des poisons.
La parole est donnée au metteur au scène : André Engel qui a transposé l’action dans un Paris luxueux style art déco. Cardillac a installé son atelier dans la suite d’un Palace car il s’apprête à recevoir la commande d’un nouveau bijou, de la part d’une personnalité. Si le sujet illustre la démence d’un créateur, le metteur en scène souhaite atténuer le sens qu’apporte le pardon et l’admiration finale du choeur. En effet, il aurait été insupportable de comprendre que l’artiste, même s’il a tué pour préserver son génie, se croyant supérieur à la loi des hommes, mérite le pardon et obtient l’impunité. Ce que la fin de l’ouvrage et ce que souhaitait apparemment Hindemith laisserait supposer.
A l’opposé de cette lecture, Engel explique pourquoi il a préféré mettre en avant une sordide histoire de famille, où Cardillac paie de sa vie sa démence criminelle et son orgueil irrépressible.
Rythme, démonstrations et explicitations argumentées et pertinentes, immersion dans l’oeuvre, extraits à l’appui : ce nouveau chapitre exauce notre attente. Il est passionnant et remplit sa mission annoncée : faire découvrir l’opéra, de l’intérieur.


Production


Paul Hindemith, Cardillac.
Opéra en trois actes et quatre tableaux (version de 1926)
Livret de Ferdinand Lion. D’après la nouvelle de E.T.A Hoffmann Das Fräulein Von Scuderi
Mademoiselle de Scudéry. Production présenté à l’Opéra de Paris, en octobre 2005.

Mise en scène, André Engel
Décors, Nicky Rieti
Costumes, Chantal de La Coste-Messelière
Lumières, André Diot
Dramaturgie, Dominique Muller
Chorégraphes, Frédérique Marie-Nicole Chauveaux et Françoise Gres

Cardillac, Alan Held
Die Tochter, Angela Denoke
Der Offizier, Christopher Ventris
Die Dame Hannah, Esther Minutillo
Der Kavalier, Charles Workman
Der Goldhändler, Roland Bracht
Anführer der Prevote, Stephen Gadd

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris
Direction musicale : Kent Nagano

Crédit photographique
© Eric Mahoudeau/Opéra national de Paris

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