Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 15 mai 2009. Récital Barbara Hendricks. Mozart, Haydn, Ravel, Berlioz. Orchestre National d’Île de France. Gordan Nikolitch, direction


Une grande dame du chant

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Barbara Hendricks est une cantatrice aimée du public français. Elle a toujours joui dans notre pays d’une profonde affection, tant par sa voix veloutée et moirée que par ses actions humanitaires qui faisaient d’elle une diva au grand cœur.
Force est de constater que le temps semble n’avoir pas eu de prise sur cet instrument à la couleur unique et tellement chaleureuse. Certes, l’aigu s’est un peu durci, surtout dans la nuance forte, et le souffle semble plus court que par le passé, mais le corps de la voix répond toujours présent, avec la complicité de l’art de la musicienne, toujours souveraine dans la musicalité.
Après une superbe ouverture d’Idomeneo, emmenée par un orchestre d’Île de France des grands soirs, superbe de soyeux et de raffinement, la cantatrice américaine ne fait qu’une bouchée des airs d’Ilia, vocalement superbement ciselés, mais comme sans y penser, les transformant, sans doute involontairement, en échauffement vocal. Un échauffement vocal de grand luxe, certes, mais manquant d’intériorité et d’émotions vraies.
L’orchestre, dirigé durant tout le concert uniquement par le premier violon, prouesse notable, démontre ensuite une fois de plus sa virtuosité et sa précision, avec la symphonie n°96 de Joseph Haydn, véritable coup d’éclat musical, solaire et enjouée, formant, qui plus est, une parfaite transition avec les pièces mozartiennes précédentes.
Sur le papier, le septuor de Ravel avait de quoi étonner, le concert étant essentiellement consacré aux époques classique et romantique. Pourtant, il n’en est rien. Ce petit bijou ravélien, nimbé de rêve et d’onirisme, forme une introduction parfaite aux Nuits d’été, qui étaient sans conteste le point culminant de cette soirée.
On sait les affinités de Barbara Hendricks avec la musique française, et tout particulièrement avec l’art difficile, car raffiné, de la mélodie.
Ces Nuits d’été, la chanteuse les habite comme peu savent le faire. Son timbre, riche et concentré, notamment dans les piani, rend parfaitement palpable la magie qui se dégage de ces miniatures, véritables joyaux, notamment « Le spectre de la rose ». « Au cimetière » la sent moins à l’aise, sans doute à cause de l’harmonie dissonante et grinçante dont Berlioz a usé pour traduire l’atmosphère surnaturelle du texte de Theophile Gautier, « L’île inconnue » lui permettant de déployer sa puissance vocale, passant sans effort l’orchestre.
Au public, visiblement heureux et à la fête, elle offre deux bis.
Le premier, l’air de la Comtesse extrait des Noces de Figaro mozartiennes, « Dove sono », un de ses chevaux de bataille, renoue avec son glorieux passé, et démontre une fois encore, s’il était besoin, la santé de sa voix et la solidité de sa technique. Le souffle est parfaitement maîtrisé, les nuances délicieusement délicates, la reprise piano tout simplement splendide, et l’aigu triomphant.
Pour clore cette soirée, elle se lance dans un air de gospel, « Freedom », a cappella. Dans cet air, elle retrouve sa langue et ses racines. La justesse vocale est stupéfiante, la liberté vocale absolue. Sans doute l’absence de l’orchestre lui permet-elle de moduler sa voix à l’infini avec une assurance plus grande, libérée qu’elle est de ce fleuve sonore que représentaient les musiciens. L’assistance est suspendue à ses lèvres, désireuse de ne rien perdre de la magie qui opère devant elle. Les dernières notes disparues dans le noir, l’ovation réservée à la chanteuse est à l’image de son talent : immense. Texte mis en ligne par S. Giambello. Rédacteur: Nicolas Grienenberger.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 15 mai 2009. Wolfang Amadeus Mozart : Idomeneo, ouverture et airs “Quando avran fine omai…padre, germani”, “Se il padre perdei”. Joseph Haydn : Symphonie n° 96 en ré majeur “Le Miracle”. Maurice Ravel : Septuor. Hector Berlioz : Les Nuits d’Été. Barbara Hendricks. Orchestre National d’Île de France. Gordan Nikolitch, direction

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