Paris. Théâtre de l’Athénée, le 20 décembre 2012. Jacques Offenbach : Croquefer ou le dernier des paladins / L’Île de Tulipatan. Compagnie Les Brigands. Christophe Grapperon, direction musicale. Jean-Phil

A l’approche des fêtes de fin d’année, les amateurs d’opérette et de musique dite légère attendent avec impatience la nouvelle création de la compagnie Les Brigands, devenue populaire depuis Barbe-Bleue et le Docteur Ox.
Après Claude Terrasse l’an passé, la troupe revient à Offenbach, avec deux pièces en un acte rarement jouées, Croquefer ou le dernier des paladins, et l’Île de Tulipatan. Dans les deux œuvres, le « petit Mozart des Champs-Elysées » se plaît, ainsi qu’il en avait l’habitude, à parodier le genre du Grand-Opéra à la française, reprenant dans la seconde une scène de la Juive de Halévy. Reconnaissons que la production des Brigands ne fonctionne … qu’à moitié.


Deux Offenbach déjantés pour finir l’année dans un éclat de rire

Croquefer s’appuie sur un praticable à trappes multiples et un immense miroir incliné, qui permet de figurer les personnages debout lorsqu’ils sont couchés sur la scène. Ce procédé, pour ingénieux qu’il soit, n’est utilisé qu’au début de l’œuvre et à la toute fin, et complètement abandonné en cours de route. Les costumes et l’éclairage, très sombres, n’incitent guère à la fantaisie, d’autant que la musique n’est pas la plus inspirée du compositeur. Beaucoup d’hystérie sur scène, et des limites vocales audibles, laissent un goût mitigé voire amer au moment de l’entracte.

Le grand miroir est descendu et reflète la salle, procédé bien connu mais qui fonctionne toSurprise, le bonheur est complet durant l’Île de Tulipatan.ujours, et des portes tournantes au cœur même de ce miroir permettent au personnages de faire des entrées et sorties sans temps mort, dans une action qui virevolte bien davantage que celle de la pièce précédente.

Lara Neumann, au potentiel vocal intéressant, sans doute une grande voix en devenir, incarne Théodorine, coquette et pleine d’entrain, parfaitement à son aise ici. François Rougier trouve en Romboïdal un rôle à sa juste mesure, jeune voix de ténor qui ne demande qu’à s’épanouir, notamment dans un registre aigu encore serré et manquant de détente. Mais le personnage est campé avec élégance et distinction, grand sénéchal dépassé par la situation.
Loïc Boissier, après un maniement hilarant des pancartes dans Croquefer, croque un Cacatois XXII un brin niais, très attachant, et ses couplets du canard restent l’un des moments les plus drôles de la partition.
Touchant en prince Alexis, timide et pudique, Emmanuelle Goizé surprend dans un rôle où on ne l’attendait pas, habitués que nous sommes à son charisme et à son énergie scénique. La voix est belle et veloutée, seul le souffle pourrait se dérouler avec plus de longueur et de continuité.
En véritable garçon manqué, androgyne en diable, Flannan Obé rafle la mise avec sa sensuelle Hermosa : son chant occupe littéralement le plateau, faisant valoir sa belle voix de ténor qui hésite entre l’opéra et la comédie musicale, et presque la revue.

L’ensemble instrumental réuni sous la baguette de Christophe Grapperon joue avec un entrain communicatif et une belle homogénéité. Il réussit, notamment dans Tulipatan, à ne faire à aucun moment regretter l’absence de grand orchestre, grâce à l’arrangement ingénieux de Thibault Perrine… et c’est avec le sourire aux lèvres qu’on sort du Théâtre de l’Athénée, fredonnant la barcarolle qui clôt cette drôle d’Île.

Paris. Théâtre de l’Athénée, 20 septembre 2012. Jacques Offenbach : Croquefer ou le dernier des paladins / L’Île de Tulipatan. Livret d’Adolphe Jaime et Etienne Tréfeu / Alfred Duru et Henri Chivot. Avec Fleur-de-soufre / Théodorine : Lara Neumann ; Ramasse-ta-tête / Romboïdal : François Rougier ; Croquefer / Hermosa : Flannan Obé ; Boutefeu / Alexis : Emmanuelle Goizé ; Mousse-à-mort / Cacatois XXII : Loïc Boissier. Direction musicale : Christophe Grapperon. Mise en scène : Jean-Philippe Salério. Scénographie et lumières : Thibaut Fack ; Costumes : Elisabeth de Sauverzac ; Chorégraphie : Jean-Marc Hoolbecq ; Chef de chant : Nicolas Ducloux ; Orchestration pour neuf musiciens : Thibault Perrine

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