PARIS, Louvre, exposition VERMEER, jusqu’au 22 mai 2017. Le peintre de la musique

PARIS, Expo. Louvre : Vermeer, jusqu’au 22 mai 2017. PrĂ©lude. A l’occasion de la très prometteuse exposition dĂ©diĂ©e Ă  VERMEER, au musĂ©e du Louvre du 22 fĂ©vrier au 22 mai 2017 (” Vermeer et les maĂ®tres de la peinture de genre “), CLASSIQUENEWS souligne combien le gĂ©nie baroque hollandais a su comme personne peindre le mystère de la musique : scènes de genre (concerts, rĂ©citals intimes au clavecin et au virginal…), Vermeer est un poète peintre nĂ©. Son oeuvre un mystère qui touche par sa vĂ©ritĂ© et sa grande profondeur spirituel… Un exemple ? La Leçon de musique, une toile emblĂ©matique datant de 1663, que personne ne peut voir puisqu’elle est conservĂ©e dans les collections privĂ©es de la Reine Elizabeth en GB. Lecture et analyse…

Cropped_version_of_Jan_Vermeer_van_Delft_002La composition est construite sur une distanciation sonore. Au XIX ème siècle, elle Ă©tait mĂŞme jugĂ©e de « mauvais goĂ»t » car les deux figures se trouvaient « trop Ă  l’arrière » ( !). L’instrument placĂ© au fond, contre le mur qui nous fait face, est tenu Ă  bonne distance. Sur la gauche, une extension de la perspective qui Ă©largit le champ de l’image, vers notre gauche, donne le sentiment d’une salle vaste : ce salon de musique, ou cette pièce Ă  vivre, paraĂ®t de grande proportion, d’autant plus aĂ©rĂ©e qu’elle est inondĂ©e par la clartĂ© des fenĂŞtres. Ce foyer de lumière, d’ailleurs dĂ©portĂ© sur le cĂ´tĂ© latĂ©ral gauche, traditionnel depuis la Renaissance italienne, est un principe repris par Vermeer pour souligner le relief des objets, surligner la matière vaporeuse des formes sculptĂ©es par la lumière : la rondeur opulente de la cruche en porcelaine blanche accentue ce sensualisme.
Recul, champs élargi, discours sur le vide et sur le plein : voici, donc cette boîte spatiale imaginée par un peintre mélomane et peut-être musicien, où le cadre de la scène, est conçu comme un espace acoustique. Pareille à la basse de viole couchée sur le sol, la pièce est une caisse de résonance. L’air et l’espace de gauche, offrant au regard un vide contrastant avec le massif de l’imposant tapis posé sur la table à droite, permet au son de se diffuser. Le champs perspectif est devenu musical. Le spectateur est un auditeur. Vide/plein, ombre/clarté, musique/silence. L’art de Vermeer est une somme de silencieux contrastes. Si l’apparente tranquillité de la scène est fidèle au style du peintre, calme et contemplatif, serein et réflexif, cette quiétude est musicale et pleine d’une activité sous-jacente, implicite, souterraine.

Vermeer : le silence est musiqueLe Miroir. PĂ©nĂ©trons derrière l’image pour en capter l’action cachĂ©e. Le dos de l’élève exprime sa concentration. Droite et recueillie, parfaitement absorbĂ©e par le jeu des mains sur le clavier. D’autant que le profil du “professeur” laisse nettement figurer ce regard pesant, tendu, affĂ»tĂ© vers l’action musicale qui se dĂ©roule. Il analyse le jeu de son “Ă©lève”. Portons notre regard Ă  prĂ©sent, au-dessus de la jeune femme, vers le miroir placĂ© dans l’axe exact de son corps.
La scène qui y est reproduite est totalement différente de ce que nous avons décrit auparavant. La tête s’est déplacée vers le maître. Le miroir renvoie l’image des pieds de la chaise placée derrière le tapis, et plus étrange, nous ne voyons pas l’encombrement de la basse de viole qui devrait pourtant boucher l’espace derrière la jeune femme…  EN LIRE +, LIRE notre dossier complet VERMEER : La Leçon de musique, analyse du tableau de 1663

 

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PARIS, Exposition ” VERMEER et les maĂ®tres de la peinture de genre “, jusqu’au 22 mai 2017. 

Vermeer_autograph« Le sphinx de Delft » : c’est ainsi que l’on désigne Vermeer, figeant le peintre dans une attitude énigmatique et solitaire. L’exposition permet au contraire aux visiteurs de comprendre comment Vermeer et les peintres de scènes de genre actifs en même temps que lui rivalisaient les uns avec les autres dans l’élaboration de scènes élégantes et raffinées – cette représentation faussement anodine du quotidien, vraie niche à l’intérieur même du monde de la peinture de genre.

Le troisième quart du 17e siècle marque l’apogée de la puissance économique mondiale des Provinces-Unies. Les membres de l’élite hollandaise, qui se font gloire de leur statut social, exigent un art qui reflète cette image. La « nouvelle vague » de la peinture de genre voit ainsi le jour au début des années 1650 : les artistes  commencent alors à se concentrer sur des scènes idéalisées et superbement réalisées de vie privée mise en scène, avec des hommes et des femmes installant une civilité orchestrée. Notre objectif vise à mettre en évidence les relations entre ces artistes, à tout le moins à présenter les pièces d’un dossier largement inédit.

 
 

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LE PARCOURS DE CLASSIQUENEWS en 5 TABLEAUX,
Ă  voir et Ă  Ă©couter…

 
 
 

vermeer-peintures-exposition-musee-du-louvre-paris-presentation-classiquenewsNOTRE PARCOURS. Pour vous mĂ©lomanes, voici nos 5 tableaux Ă  ne pas manquer dans l’exposition parisienne : il est question de musique bien sĂ»r… Parcours chez VERMEER (texte, conception © CLASSIQUENEWS.COM)… Dans l’exposition parisienne, les tableaux respectent la chronologie. On peut donc mesurer l’intĂ©rĂŞt du peintre, ses sujets, modèles (que l’on retrouve de peinture en peinture), l’évolution de son Ă©criture et sa conception de l’espace, au fil des annĂ©es. Ainsi l’amateur Ă©clairĂ© et le mĂ©lomane pourront analyser 3 oeuvres capitales selon nous, typiques des annĂ©es 1660 (les trois tableaux reprĂ©sentent la mĂŞme femme, habillĂ©e du mĂŞme bustier, soie jaune pâle et fourrure d’hermine : une riche amatrice, qui dans la mĂŞme journĂ©e s’adonne aux loisirs d’une femme lettrĂ©e : la musique, la coquetterie, l’écriture…):

  

La musique chez Vermeer

 
 
 

La musique chez VermeerLa joueuse de luth (1662-1664), conservĂ© au Metropolitan Museum de New York : frĂŞle figure construite dans la lumière mipĂ©nombre de la fenĂŞtre latĂ©rale. L’instant fugace, d’une rare poĂ©sie semble s’effacer, dans la tenue improbable de la note ; d’autant que la joueuse n’est pas en pleine lumière, de face et près de nous : plutĂ´t Ă©vanescente, cachĂ©e derrière la table et Ă  peine Ă©clairĂ©e par la fenĂŞtre… Inquiète, fĂ©brile, elle jette un regard Ă  la fenĂŞtre tout en accordant son instrument : son partenaire (chanteur ?) qui va la rejoindre (comme en tĂ©moigne le recueil de chansons sur la table), la musicienne s’impatiente, toute en mesure et pudeur…

 
 

vermeer femme aux perlesLa Jeune fille au collier de perles (1663-1664, Berlin Staatliche Museen). En pleine lumière, la coquette contemple l’éclat de son rang de perles, en un hommage Ă  la richesse des matières. Ici pas de carte sur le mur, ni d’ombres inquiĂ©tantes. Qu’une prodigieuse clartĂ© qui illumine et rehausse l’éclat de son teint, sa mise luxueuse aussi, avec la mĂŞme tunique canari pâle, Ă  bordure fourrĂ©e. A une autre heure de la journĂ©e, – après son heure de musique, la femme amatrice de luxe, a contournĂ© la table et se trouve Ă  prĂ©sent plus proche de nous. Contemplerait-elle alors le collier de perles que le chanteur qui est venu lui a offert en guise d’affection ?

 
 

la-lettre-interrompue vermeer classiquenewsLa lettre interrompue (1665-1667, Washington, National Gallery) rĂ©alise un dispositif rare chez Vermeer, l’interaction avec le spectateur. Jusque lĂ , elle Ă©tait rĂŞveuse dans son monde intĂ©rieur. Ici, la jeune femme attablĂ©e, active, nous regarde et nous implique alors dans l’exercice auquel elle se dĂ©die. MĂŞme costume, et dans un instantanĂ© quasi photographique, la voici qui semble nous demander notre avis sur ce qu’elle vient d’écrire, attendant sagement notre explication. Vermeer reprend ici un accord chromatique bleu-or, sublimant le modèle, alliance de timbres colorĂ©s, dĂ©jĂ  visible dans la Laitière (1658-1659), Amsterdam, Rijksmuseum), et qu’il recyclera encore, avec nuances et variations, dans la Dentellière du Louvre (1670). Ecrit-elle Ă  celui qui vient de lui dĂ©clarer sa flamme ? Après avoir jouer de la musique avec lui, après avoir acceptĂ© de lui, ce collier de perles qui vaut consentement, et qui dĂ©tail important sur trouve Ă  prĂ©sent sur la table ? Tout est possible chez Vermeer. Sa science cinĂ©matographique laisse envisager tous les scĂ©narios possibles. D’un tableau Ă  l’autre, se dĂ©roule une narration Ă  un seul et mĂŞme personnage. Théâtral pictural, confession Ă  mots dits,… l’intime et la psychĂ© bouillonne en vĂ©ritĂ© dans chaque scène de cette comĂ©die de la rĂ©alitĂ©. Qu’il soit sujet allĂ©gorique ou portrait, le modèle ainsi peint rayonne par la richesse de sa vie intĂ©rieure. Un miracle de poĂ©sie, que concentre l’Ă©blouissant portrait de la Joueuse de luth.

 

 

 

 

 

 

593822Il existe 2 versions de la Jeune femme assise au virginal, datant d’une pĂ©riode plus rĂ©cente encore (1671-1674) : l’une en jaune (Leiden collection New York – ci contre)), très proche de nous qui nous regarde, rĂŞveuse et attendrie ; la seconde, dans un espace plus Ă©laborĂ©, – avec citation au mur d’un autre peintre Ter Borch, dont Vermeer possĂ©dait quelques toiles (il Ă©tait grand collectionneur) : la jeune femme en bleu (1671-1674, Londres, National Gallery, photo ci dessous), plus Ă©loignĂ©e de nous, avec indice d’une rĂ©sonance secrète, complice, comme en filigrane, la prĂ©sence d’un violoncelle, dont les cordes vibrent par sympathie, avec le jeu de la virginaliste. La construction est sophistiquĂ©e, plus extĂ©rieure et mondaine que les autres compositions de Vermeer : elle perd en profondeur poĂ©tique ce qu’elle gagne en apparat et en luxe dĂ©montrĂ© ; c’est une fille de bonne famille dont la robe assortie au piètement de l’instrument, exĂ©cute probablement une leçon de musique ou un divertissement de salon. L’intimitĂ© secrète, le chambrisme suggestif de la Joueuse de luth, datant de la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente, sont absents.

 

 

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arte_logo_2013TELE, ARTE. Dimanche 5 mars 2017, 16h35. Documentaire La Revanche de Vermeer. Portrait de Johannes Vermeer (1632-1675). 37 toiles, gĂ©nie cĂ©lèbre et mystĂ©rieux, aucun autoportrait rĂ©ellement attestĂ©, toutes ses maisons Ă  Delft ont disparu, pas d’Ă©crits, ni de manuscrits… qui fut le peintre le plus fascinant et le plus mystĂ©rieux de l’histoire de la peinture europĂ©enne ? Un maĂ®tre aussi cĂ´tĂ© que Poussin ou Vinci. Vermeer est mort prĂ©maturĂ©ment Ă  43 ans, laissant un corpus qui comme Caravage avant lui a rĂ©volutionnĂ© la destination de la peinture : rĂ©alisme certes, surtout questionnement poĂ©tique… oĂą la musique est une clĂ© qui demeure Ă©nigmatique et inĂ©vitable. Documentaire Ă©vĂ©nement, incontournable.

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