OPERA CONTEMPORAIN : ONLY THE SOUND REMAINS (Saariaho, 2016)

KAIJA SAARIAHO, reine du Festival PrĂ©sences 2017OPERA contemporain. SAARIAHO : ONLY SOUND REMAINS. En dvd et sur la scĂšne parisienne de l’OpĂ©ra Garnier (crĂ©ation française du au 2018), le dernier opĂ©ra de la compositrice finlandaise, rĂ©sidente en France, Kaija Saariaho s’offre au public français en ce dĂ©but d’annĂ©e. Occasion exceptionnelle de goĂ»ter voire se dĂ©lecter d’une Ă©criture contemporaine qui demeure totalement audible du grand public, cultivant la suggestion et l’onirisme plutĂŽt que la dĂ©monstration tapageuse. Lors de nos divers reportage dĂ©diĂ© au dernier festival PrĂ©sences de Radio France dont Kaija Saariaho Ă©tait la figure fĂ©dĂ©ratrice (fĂ©vrier 2017 : reportage vidĂ©o Festival PrĂ©sences / Kaija Saariaho), la compositrice livrait dĂ©jĂ  quelques clĂ©s sur son nouvel opĂ©ra Only sound remains (seul le son demeure…) ; dĂ©jĂ  elle soulignait l’importance du Kandele, sorte de luth Ă  cordes pincĂ©es spĂ©cifiquement finnois, qui offre une rĂ©sonnance particuliĂšre Ă  l’ouvrage, en particulier dans son premier volet (puisque la partition est composĂ© en diptyque, de deux Ă©pisodes (2 sĂ©quences inspirĂ©es du thĂ©Ăątre NĂŽ / 2 Noh plays) trĂšs distincts sur le plan narratif, mĂȘme si leurs univers respectifs sont semblablement suggestifs entre le rĂȘve et la rĂ©alitĂ©). Ainsi dans le premier volet intitulĂ© «  Always strongs », le kantele (jouĂ© par la musicienne finlandaise Eija Kankaanranta) Ă©voque concrĂštement le luth (appelĂ© Montagne bleue) que jouait Tsunemasa quand il Ă©tait au service de l’Empereur.

REPORTAGE VIDEO PrĂ©sences / Kaija Saariaho 10 – 19 fĂ©vrier 2017 :
http://www.classiquenews.com/video-reportage-festival-presences-2017-kaija-saariaho-un-portrait-10-19-fevrier-2017-concert-1-je-devoile-ma-voix/

 

 
 

LE NOUVEL OPERA DE KAIJA SAARIAHO
ThĂ©Ăątre d’ombres et de murmures : le Fantastique rĂ©inventĂ©

 
 

SAARIAHO-opera-only-sound-remains-opera-presentation-by-par-classiquenewsDe notre point de vue c’est bien le premier volet en effet qui met en scĂšne le luth finnois traditionnel ou Kandele, qui reste le point le plus abouti d’un opĂ©ra qui incarne aussi une esthĂ©tique scĂ©nique et thĂ©Ăątrale propre, proche de Britten, en rĂ©sonance parfaite avec le caractĂšre du thĂ©Ăątre NĂŽ japonais : thĂ©Ăątre purement fantastique, entre songe et hallucination, oĂč le jeu d’ombres, la forme Ă©vanescente et les apparitions structurent un spectacle qui pose la question fondamentale du sens de toute forme. Dans « Always strong », Kaija Saariaho semble traiter la problĂ©matique du souvenir, sa rĂ©itĂ©ration et sa mise en forme, vĂ©cues comme un surgissement qui trouble et bouleverse l’espace du rĂ©el. C’est bien tout l’enjeu de l’espace scĂ©nique du premier volet « Always strong », oĂč les deux seuls « acteurs chanteurs » qui paraissent, semblent se dĂ©rober, s’affronter entre deux mondes sĂ©parĂ©s, avant de s’unir en un baiser, point dramatique qui conserve cependant tout le mystĂšre prĂ©sent depuis le dĂ©but. L’orchestration est sombre et transparent, Ă  la fois spectral, raffinĂ© sur le plan des timbres associĂ©s (violon, flĂ»te et donc kandale) quand le prĂȘtre Giokei invoque l’esprit du joueur de luth Ă  la cour de l’Empereur : aussitĂŽt surgit comme une ombre flottante et de plus en plus prĂ©sente, et incarnĂ©, le spectre de Tsunemasa. Musique de murmures et d’ombres, travail spĂ©cifique sur l’épaisseur du souvenir, Ă©criture en ondes et en rĂ©sonnance (« la pellicule du rĂȘve »), la musique de Kaija Saariaho cultive la force onirique de la musique, sa concentration imaginaire Ă  faire surgir la rĂ©alitĂ© du songe.
 
Only-the-sound-remains_17-04-06_017-1000x667En prĂȘtre inquiet et tiraillĂ© de plus en plus fragilisĂ©, le baryton Davone Tines captive par son sens du chant timbrĂ©, juste, dramatiquement trĂšs prĂ©cis, tandis que le contre-tĂ©nor Philippe Jaroussky fait un spectre glaçant Ă  souhait, d’une irrĂ©alitĂ© souvent diabolique, parfaitement Ă©trange en ses sonoritĂ©s gutturales qui n’accrochent aucune consonnes. L’esthĂ©tique ne cesse de nous sĂ©duire et de nous envoĂ»ter. D’autant qu’aux sujets dĂ©jĂ  identifiĂ©s dans cet opĂ©ra essentiellement allusif (qui peut ĂȘtre aussi trĂšs violent et puissant : quand le spectre prend vĂ©ritablement possession du gardien qui l’invoque), se joignent de nouvelles thĂ©matiques dont celle tout autant centrale et clĂ© dans une Ɠuvre dĂ©cidĂ©ment passionnante : la mise en forme et l’incarnation mĂȘme du verbe. « Always strong » aborde la question du son quand il devient musique et sens (Ă  travers le spectre qui s’incarne), et Ă  travers le motif mĂȘme de l’apparition, est abordĂ©e avec beaucoup d’élĂ©gance comme de pudeur, la question parallĂšle de l’incarnation et de la reprĂ©sentation, aux origines mĂȘmes de la peinture : l’art pictural est nĂ© d’un profil dont l’ombre Ă©tait projetĂ© sur le mur de la caverne primordial. Art de la ligne maĂźtrisĂ©, dont Kaija Saariaho en maĂźtresse absolue des sons, fait une Ă©piphanie magique et incantatoire, Ă  la fois rite de transformation et transe Ă©nigmatique. ONLY THE SOUND REMAINS pourrait bien ĂȘtre un sommet lyrique contemporain, qui rĂ©concilie le grand public avec la forme actuelle de l’écriture lyrique, cultivant les qualitĂ©s premiĂšres et attendues de la musique : la sĂ©duction sonore et la force onirique de ses tableaux visuels. MAGISTRAL.

 
 
 

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ONLY THE SOUND REMAINS de Kaija Saariaho
dvd saariaho only the sound remains opera sellars de ridder dvd erato review dvd critique dvd par classiquenews erato9029575395CLIC D'OR macaron 200DVD Erato : captation de la crĂ©ation mondiale Ă  l’OpĂ©ra national hollandais, Amsterdam, mars 2016. OpĂ©ra diptyque d’aprĂšs le ThĂ©Ăątre NĂŽ : 1, Always strong / Tsunemasa – 2, Feather Mantle / Hagoromo. Avec Philippe Jaroussky (le spectre / Spirit), Davone Tines (le gardien / Priest) – les mĂȘmes, respectivement dans le volet 2 : l’ange / Tennin, angel, et le pĂȘcheur / Fisherman. Dance Nora Kimball Mentzos, Dudok Quartet, Nederlands Kamerkoor. Mise en scĂšne : Peter Sellars. AndrĂ© de Ridder, direction musicale. CLIC de CLASSIQUENEWS de  janvier 2018.

 
  

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Création française, PARIS, Palais Garnier, du 23 janvier au 7 février 2018. Réservations :
https://www.operadeparis.fr/en/season-17-18/opera/only-the-sound-remains

 
  
 

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