OBERON de Carl Maria Weber : l’opéra oublié

weber portrait par classiquenews OBERON EURYANTHE opera par classiquenews Carl-Maria-von-WeberARTE, dimanche 4 mars 2018, 1h20. WEBER : OBERON. La rareté de l’opéra de Weber, même à une heure indue sur Arte, mérite notre focus et l’annonce que nous dédions à cette diffusion lyrique. Né le 18 novembre 1786 à Eutin (Allemagne), décédé le 05 juin 1826 à Londres, Weber incarne l’essor de l’opéra romantique germanique après Mozart et Beethoven. Un génie du drame sombre et fantastique dont témoignent ses opéras plus connus qu’Obéron, surtout Der Freischütz (ouvrage halluciné, diabolique, fantastique qui convoque le surnaturel sur les planches lyriques), et aussi la sublime Euryanthe dont Jessye Norman a laissé une interprétation légendaire… Même Hugo fut durablement et profondément marqué par les choeurs des chasseurs de cet ouvrage trop peu produit par les théâtres aujourd’hui.
Voici donc OBERON… las, Arte a choisi une production récente (Munichoise en juillet 2017), bien peu réussie, et de surcroît diffusée à une heure impossible…dur dur… la chaîne culturelle franco-allemande a bien modifié sa défense du classique et de l’opéra à l’antenne…. Obéron est le roi des fées chez Shakespeare (Le songe d’une nuit d’été, vers 1590). C’est aussi l’équivalent chez Wagner, d’Alberich, roi des nains / elfes, réduits à l’esclavage. Selon la légende, Obéron aide Huon de Bordeaux dans ses divers faits d’armes et exploits. Car le nain est d’une beauté magicienne qui dans la forêt qu’il habite, peut secourir les visiteurs égarés. Shakespeare en fait le héros du Songe : époux de la reine Titania, Obéron , lui-même en proie aux disputes conjugales, permet aux couples des jeunes athéniens, au début égarés, affrontés, « perdus », de se retrouver finalement. A la faveur de la nuit et de la forêt magique, dont Shakespeare fait une sorte d’échiquier, de labyrinthe illusoire et machine à métamorphoses, Obéron incarne les possibles de la nuit, et aussi le gardien de l’amour miraculeux. Concrètement, Obéron agit peu, aisant à son suivant Puck le soin d’agir en son nom.

CRITIQUE DU SPECTACLE : TRISTE OPEBRON A MUNICH. Oberon de Weber à l’Opéra de Bavière, Munich (juillet 2017). En juillet 2017, notre rédacteur Lucas Irom avait assisté à cette production bien peu convaincante…

Dans le cadre de son festival lyrique estival, l’Opéra de Munich propose en 2017, une nouvelle production d’Obéron. Weber aborde la figure du héros Huon de Bordeaux, personnage du roman médiéval de Wieland (lui-même inspiré par Les Prouesses et faitz du noble Huon de Bordeaux, légende remontant au XIIIe siècle), et que Mendelssohn (puis Britten), ont aussi portraituré dans le Songe d’une nuit d’été, – rival affronté de la Reine Titania… L’opéra de 1826, créé à Londres, la dernière année de vie de Weber, souffre ici d’une mise en scène poussive, prévisible, aux tableaux lisses, sans enjeux critiques sur le plan dramatique, où des marionnettes strictement décoratives donc superfétatoires, encombrent la lisibilité de l’action. Huon et son valet Scherasmin sont les cobayes des expériences menées par Titania dans un laboratoire poussiéreux…
Osons écrire qu’ici, la production ne comprend rien à la lyre poétique et onirique d’Obéron, dernier opéra de Weber, qui meurt quelques jours après la création londoniennes : autant Freischütz est horrifique et surnaturel, autant Euryanthe est d’une féminité évanescente, sorte de spectre qui s’égare, Obéron séduit par sa subtilité poétique, sa facétie expressive.

Côté plateau vocal, le pire flirte avec un visuel tristounet : Annette Dasch (Rezia) et Brenden Gunnell (Huon) sont décevants ; avec une acidité rêche et tendues pour la soprano hors sujet. Même le ténor pourtant très attendu, Julian Prégardien dans le rôle titre, exécute une partie routinière, sans aucun relief ni accent investi. Rachael Wilson (Fatime) tire son épingle du jeu… comme la nymphe d’Anna El-Khashem. Le vrai régal vient de la fosse où le chef Ivor Bolton, toujours détaillé et nuancé, comme bondissant, délivre un regard captivant sur la partition, qui confirme l’inspiration du dernier Weber.

Distribution :
Munich, Prinzregententheater (juillet 2017). Carl Maria von Weber (1786-1826) : Oberon, opéra en trois actes d’après le roman médiéval de Christoph Martin Wieland. Avec : Julian Prégardien (Obéron) ; Alyona Abramowa (Titania / Puck) ; Annette Dasch (Rezia) ; Brenden Gunnell (Huon de Bordeaux) ; Rachael Wilson (Fatime) ; Johannes Kammler (Scherasmin) ; Anna El-Kashem (Nymphe). Chœur de l’Opéra national de Bavière / Orchestre national de Bavière, Ivor Bolton, direction / Nikolaus Habjan, mise en scène.

Comments are closed.