Mstislav Rostropovitch: portrait France Musique, du 2 au 6 novembre 2009 à 14h30

Humaniste, engagé pour la paix et la liberté, le violoncelliste Mstislav Rostroppovitch a soufflé le 27 mars 2007, ses 80 ans. La stature de l’homme, citoyen du monde, jouant devant le mur de Berlin au moment de sa chute (10 novembre 1989), a rejoint la légende du musicien, pianiste, violoncelliste, chef d’orchestre. Portrait.

France Musique
Du 2 au 6 novembre 2009 à 14h30
Grands interprètes

Le chant de son violoncelle entonne à chaque concert, un hymne pour la réconciliation et pour le triomphe des idées de tolérance et d’humanisme. Le musicien sait d’autant mieux de quoi il parle, lui qui a été humilié, après Chostakovitch et Prokofiev, par le régime soviétique, déclaré ennemi du peuple et même déchu en 1978, de la nationalité russe.

Enfance, apprentissage

Né à Bakou de parents d’origine polonaise, le jeune Rostro naît dans une famille de musiciens. Sa mère est pianiste et son père, Leopold, violoncelliste de grand talent, compositeur de concertos pour l’instrument. Le fils apprend de son père la maîtrise du violoncelle. Mais il est aussi compositeur, écrivant dès 10 ans, un trio. Agé de 13 ans, en 1940, l’enfant s’impose déjà comme violoncelliste dans le Concerto de Saint-Saëns. Mais en 1942, son père décède, et Slava doit coûte que coûte, assurer la pitance de sa famille.
Au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou, il perfectionne sa technique du violoncelle auprès du maître Kozoloupov, tout en suivant la classe de composition de Dmitri Chostakovitch. La rencontre de l’adolescent et du compositeur célèbre mais mis au ban du système par Staline, est électrique. Chostakovitch se passionne pour le jeune interprète… comme pianiste, et encourage ses dons de compositeur. Prokofiev accompagne aussi la maturation du jeune élève… lequel remporte de prestigieux concours comme violoncelliste. En 1950, il remporte le Prix Staline. Il devient professeur au Conservatoire de Leningrad puis de Moscou.

Jouer pour Prokofiev et Chostakovitch

Le violoncelliste génial n’hésite pas à demander à Prokofiev de remanier son Concerto pour violoncelle. De mauvaise grâce, le compositeur suit ses suggestions en 1952, et son Concerto devient Symphonie Concertante opus 125. L’oeuvre est créée sous la baguette de …. Sviatoslav Richter.
Quand meurt Prokofiev, le 5 mars 1953, ses funérailles sont à peine suivies par les medias car Staline l’a suivi, en décédant le même jour! Il laisse inachevées deux partitions, une Sonate pour violoncelle et un concertino
Ayant écouté la Symphonie concertante de Prokofiev, Chostakovitch ne tarde pas à dédicacer une oeuvre nouvelle au violoncelliste. Ainsi naît le Concerto n°1, créé en octobre 1959. C’est l’année où défiant l’autorité soviétique, il accueille chez lui au mépris des représailles du régime, Alexandre Soljenitsyne, qui est sorti du Goulag, après y avoir passé huit années. L’écrivain qui avait osé critiquer Staline, a durement payé son insolence.
Aux côtés de l’instrumentiste, le chef se précise aussi. En 1967, Rostropovitch débute comme directeur musical dans Eugène Onéguine de Tchaïkovski. Dans la production dirigée au Bolchoï chante Galina Vichnievskaïa (dans le rôle emblématique de Tatiana), qu’il a épousé en 1955.

Exil hors d’URSS (1974) et réhabilitation

En 1970, Soljenitsyne reçoit le Prix Nobel. Le 31 octobre, plus engagé que jamais, Rostropovitch adresse une lettre à de nombreuses rédactions de quotidiens internationaux, dans laquelle il réclame la liberté d’expression et d’opinion en Union soviétique. Ses relations avec l’appareil politique se dégradent. Il lui est interdit de jouer du violoncelle à partir de 1972. Deux ans plus tard, le couple Galina et Mstislav Rostropovitch quittent l’URSS.
Désireux de rejoindre Benjamin Britten en Grande-Bretagne, ils sont refoulés à la frontière anglaise, et décident de se fixer à Paris. La France devient une seconde patrie. A partir de 1977, Rostropovitch dirige l’Orchestre National et fonde le Concours international qui porte son nom.
Grâce au président Gorbatchev, Rostropovitch a pu récupérer sa nationalité de naissance et rentrer dans son pays.
Affûté, l’esprit en éveil, toujours curieux de créer l’oeuvre d’un compositeur contemporain (Berio, Dutilleux, Britten, Lutoslawski, Messiaen…), Rostropovitch incarne l’alliance exemplaire d’un citoyen humaniste et d’un musicien exceptionnel. Il s’est éteint à Moscou, le vendredi 27 avril 2007.

CD et DVD

Pour les 80 ans de Mstislav Rostropovitch, Emi classics réédite les Six Suites pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach en DVD (enregistrées en mars 1991 dans la basilique de Vézelay). Mais aussi, un coffret de 3 cd: “le violoncelle du siècle“: évoquant par extraits le vaste répertoire du violoncelliste et du pianiste (accompagnateur dans la Berceuse de Tchaïkovski, de son épouse, la soprano Galina Vichnievskaïa). Lire notre critique du coffret de 3 cd “Mstislav Rostropovitch, le violoncelle du siècle” (Emi). Incontournables.

Dates clés

1927
Naissance le 27 mars à Bakou (Azerbaïdjan)

1931
A quatre, le jeune Rostro rejoint l’Ecole centrale puis le Conservatoire de Moscou, inscrit par son père, lui-même violoncelliste. Ses professeurs sont Prokofiev et Chostakovitch

1942
Premier concert (15 ans)

1950
A 23 ans, Mstislav Rostropovitch remporte le Prix Staline, honneur du régime soviétique

1955
épouse la soprano Galina Vichnievskaïa

1967
Aux côtés du violoncelliste célèbre, le chef fait ses débuts dans Eugène Onéguine au Bolchoï à Moscou (40 ans)

1970
Rostropovitch accueille chez lui l’écrivain dissident Alexandre Soljenitsyne, Prix Nobel. Il écrit à plusieurs rédactions de quotidiens internationaux ses revendications pour la liberté d’expression en URSS.

1972
Signant une pétition contre la peine de mort, Rostropovitch se voit interdire de jouer du violoncelle

1974
Quitte l’URSS. Déchu de la nationalité russe.
Exil en Grande Bretagne, en France. S’installe à New York

1977
Fonde le Concours international de violoncelle à Paris. Devient directeur musical de l’Orchestre national de Washington, jusqu’en 1994

1989
Chute du mur de Berlin: Rostro joue Bach aux pieds de la muraille éventrée

1990
Gorbatchev lui restitue la nationalité russe

1991
Crée la Fondation Vichnievskaïa-Rostropovitch pour la santé et l’avenir des enfants

1998
Fait Grand Officier de la Légion d’Honneur par le Président Chirac

2002
Cesse ses activités de violoncelliste

2007
Mstislav Rostropovitch s’éteint le 27 avril

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