Messe en si de Jean-Sébastien Bach

musique et memoire festival 2018 les 25 ans visuel_2018LURE, LUXEUIL : BACH enchanté / VOX LUMINIS, 27, 28, 29 juif 2018. Festival MUSIQUE & MEMOIRE 2018 : Les 25 ans. Sidérante ! La programmation du prochain festival Musique et Mémoire, fleuron des festivals de musique baroque dans les Vosges du sud, est tout simplement incontournable en promettant plusieurs événements. Du 13 au 29 juillet, soit tout au long des 3 derniers week ends de juillet 2018, le fonctionnement du festival laboratoire, – élu le plus intéressant des festivals du grand Est français par la Rédaction de classiquenews, confirme en 2018, un champs de recherche et d’accomplissement défendu depuis ses débuts.
« Né d’un rêve au coeur du plateau majestueux des Mille Etangs, espace naturel incontournable des Vosges du Sud, le festival Musique et Mémoire a su se forger une identité artistique originale et sans cesse en mouvement », on ne saurait dire mieux la singularité d’un cycle de concerts et d’événements musicaux idéalement inscrit dans son territoire.

 

VOSGES DU SUD : le Festival Musique & Mémoire diffuse l'excellence au Pays des 1000 étangs

 

 

Cet été, continuité de la rédecouverte d’un Bach inspiré voire sublime avec un autre ensemble prometteur dans ce répertoire : VOX LUMINIS. Mais auparavant en ouverture d’une édition mémorable, ce sont LES TIMBRES, jeune collectif aux talents multiples, admirables, qui poursuivent leur résidence à Musique et Mémoire (5è année d’une très riche coopération), osant même cette année aborder l’opéra – domaine familier car ils avaient déjà en 2014, réussi un Lully exceptionnel (une Proserpine très peu connue et jouée, de surcroît dans une version historique inédite de 1682).
L’enchantement est bel et bien enraciné au cœur des Vosges saônoises, grâce au discernement et au goût du directeur Fabrice Creux : « Vivre la féerie du plus vieil opéra du monde, écouter une mélodie à perdre la raison, voter pour sa nation préférée lors d’une joute musicale, flotter entre inconscience et imagination couché dans un verger, suivre une voix unique en quête de l’essentiel, découvrir l’arme la plus puissante de l’amour, ressentir l’énergie des sonorités entre ombre et lumière de l’orgue espagnol, expérimenter l’universalité avec Bach…. Cette édition anniversaire ose tout ! ».

En 2018, l’été sera tout aussi enivrant voire enchanteur pour les festivaliers dans les Vosges du Sud, du 13 au 29 juillet 2018.

 

 

CYCLE JS BACH par Vox Luminis

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Objectif Jean-Sébastien Bach
Vendredi 27, samedi 28 et dimanche 29 juillet 2018

 

 

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 20153è résidence de l’ensemble vocal d’une remarquable cohésion sonore : Vox Luminis à Musique et Mémoire, le cycle « Toute la lumière de Bach » promet une immersion exceptionnelle à travers Motets, Magnificat, Messe en si mineur. Comment redécouvrir Bach en un geste et une sonorité réinventés ? Leur dernier album « Actus Tragicus » a été salué par un CLIC de CLASSIQUENEWS, coup de cœur de la Rédaction de CLASSIQUENEWS.

 

 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianVendredi 27 juillet, 21 h
Eglise luthérienne d’Héricourt
Motets de Johann Sebastian Bach
Singet dem Herrn ein neues Lied BWV 225
Der Geist hilft unser Schwachheit auf BWV 226
Komm, Jesu, Komm BWV 229
Ich lasse dich nicht BWV Anh.159
Jesu meine Freude BWV 227
Vox Luminis
10 chanteurs et 3 instrumentistes (orgue, basson et viole de gambe)
Les Motets de Johann Sebastian Bach occupent une place de choix au sein du répertoire choral. Composés lors des premières années à Leipzig (1723-1731), les pièces ont d’autant plus de poids à ses yeux qu’elles appartiennent à un genre que sa famille pratique depuis des générations. En tant que cantor à l’Église St Thomas (Director musices), Bach est entre autres chargé de composer pour les funérailles et pour les offices commémoratifs. Or, dans la liturgie luthérienne, c’est au genre du motet que l’on a recours pour ce type de services funèbre. Les Motets de Bach exigent dextérité et virtuosité, la ligne vocale « peut s’y avérer instrumentale ». Bach allie ici habilement tradition et innovation. Il applique d’une part les règles que Josquin Des Prés a fixées au XVIe siècle si bien que son langage polyphonique se compose d’écriture imitative et de passages en homophonie où les voix chantent simultanément le même texte. Il agrémente d’autre part son écriture de deux pratiques italiennes : l’emploi du double choeur et l’insertion de madrigalismes visant à traduire musicalement certains mots du texte.
De passage à Leipzig en 1789, Mozart ne manquera pas d’être conquis par la somptuosité de ces pièces qu’il s’empresse d’étudier en détail tant il estime qu’elles sont inspirantes.
Les motets de Bach, tout en prolongeant une tradition familiale remarquablement continue et qualitative, expriment le lien viscéral du croyant à Dieu, la contemplation comme le miracle de la dévotion humble et sincère…

 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianSamedi 28 juillet, 21 h
Eglise Saint-Martin de Lure
Magnificat(s)
Johann Pachelbel (1653-1706) : Cantate Jauchzet dem Herrnalle Welt
Johann Kuhnau (1660-1722) : Magnificat
Johann Sebastian Bach : Magnificat BWV 243
Vox Luminis
31 musiciens
Le premier Noël de Bach à Leipzig fut une grande responsabilité. En sa qualité de nouveau cantor de Saint-Thomas, – l’une des 2 églises dont il devait assurer le service musical, Jean-Sébastien déploie sa musique alors la plus impressionnante. Un fait remarquable, car durant sept mois, il avait écrit et interprété une à deux nouvelle(s) cantate(s) par semaine. Et pour cette fête de Noël, il devait faire ses preuves dans une ville qui, depuis la récente fermeture de sa maison d’opéra, restait sur sa faim en matière de divertissements musicaux. Le Magnificat offre donc un drame majestueux dans une échelle resserrée, du moins dans la dernière version de Bach avec trompettes de cérémonie. Vox Luminis rétablit l’atmosphère de Noël, avec le Magnificat de Kuhnau, une oeuvre que Bach a très probablement dirigée. D’Allemagne du Sud, on entendra également une cantate de Pachelbel, aujourd’hui surtout connu pour son Canon, mais en son temps célèbre pour ses talents d’organiste. Sans chef, Vox Luminis s’immerge totalement dans la musique pour en révéler un océan de nuances et d’intentions passionnées.

17h, Répétition publique

 

 

 

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianDimanche 29 juillet, 21 h
Basilique Saint-Pierre de Luxeuil-les-Bains
Messe en si BWV 232
Vox Luminis
10 chanteurs et 20 instrumentistes
Jamais jouée à l’époque de Bach, sous la forme que nous lui connaissons actuellement, la Messe en si mineur est une oeuvre emblématique de la musique occidentale sacrée, le testament de toute une vie, celle de Jean-Sébastien Bach. Même dans ses dimensions spectaculaires (associant trompettes éclatantes et choeur en majesté), la partition reste un témoignage d’une puissante et profonde ferveur, exprimant ce qui est au coeur de la piété luthérienne comme catholique, les doutes du croyant, sublimés par la révélation de la grâce divine. Tout le cycle alterne doxologie collective victorieuse, et sentiment d’abandon et de perte, de solitude et d’impuissance, cependant réconforté par la présence ineffable de la miséricorde divine.

L’histoire nous laisse dans l’ombre tant sur l’origine que sur la fonction de l’oeuvre. Bach aurait-il été soucieux de sa vulnérabilité ? Cette compilation puisant dans des ressources antérieures (Bach y recycle de nombreuses partitions précédemment créées dans d’autres contextes) est dotée cependant d’une ingéniosité sans équivoque ; elle semble vouloir donner un aperçu global de tous les styles et techniques, pleinement maitrisés à l’époque de Bach. Son éclectisme n’empêche pas au final, une cohérence troublante. L’architecture est unique et englobe une voûte et son contraire : l’ancien et le nouveau, l’objectivité grégorienne dérivée de la psalmodie et la forme baroque la plus contemporaine, les formes libres et les formes carrées, le coeur et le choeur, l’individu et l’humanité, le populaire et le spirituel, les rythmes dansés et les voix angéliques. Résumer le ciel et la terre, voici l’essence même de l’Ordinaire – la partie récurrente que le croyant se doit d’invoquer à l’heure de la messe et que Bach met ici en musique. Même le meilleur de la musique profane y est intégré ; Qui sedes ad dextram Patris réfère à une Gigue, Quoniam tu solus Sanctus à une Polonaise, Crucifixus à une Passacaille, Et resurrexit à une Réjouissance.
Plus on plonge dans l’oeuvre, plus la recherche d’une abstraction universelle semblemusique et memoire festival 2018 les 25 ans visuel_2018 évidente. Une messe en latin dans un contexte luthérien allemand est en soi un choix ambivalent qui a donné à l’oeuvre un caractère oecuménique. Y aurait-il la volonté de transgresser les convictions individuelles en vue d’un message universel, inscrit dans la musique ? En offrant la Messe en si de Bach, le 25è Festival Musique et Mémoire offre pour sa conclusion, « une clôture sur le toit du monde de la création artistique » . Tous les grands chefs s’y sont frottés, récemment William Christie avec le succès que l’on sait. Lire notre critique de la Messe en si de Bill Christie.

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianMesse en si de Jean-Sébastien Bach. Collection éclectique de pièces écrites à différentes périodes de la vie de Jean-Sébastien bach, la Messe en si nous saisit aujourd’hui par son unité, son exclamation humaine et fervente d’une vérité inépuisable. Bach en achève à la fin des années 1740, les dernières pages alors qu’il est directeur de la musique à Leipzig en particulier pour l’église de Saint-Thomas. Le raffinement de l’orchestre, le nombre important des solistes du choeur – qui fournit les chanteurs des airs solos et des duos, composent de multiples versions à la fois monumentale et d’une rare éloquence active, d’un caractère plus individuel voire intimiste ; toujours préserver selon les options musicales, l’expressivité d’une foi sereine mais éclatante qui s’agissant de Leipzig, même dans un contexte luthérien orthodoxe, n’hésite pas à utiliser le terme de Messe pour les occasions exceptionnelles et les célébrations importantes de l’année. Ainsi, même si la Messe en si que nous connaissons actuellement dans une forme jamais élobarée ainsi par Bach, récapitule toute la recherche chorale et instrumentale de Jean-Sébastien, tout au long de sa vie, confronté à la nécessité du décorum, mais plutôt inspiré par la sincérité d’une ferveur surtout individuelle. Outre ses grandes proportions, et sa solennité, la Messe en si rayonne et touche les cœurs, par sa transparence, sa juvénilité vocale, son sens du rebond et du détail, de la nuance et du scintillement collectif, à travers son éloquente humanité, son architecture plus fraternelle que spectaculaire : le sens de tout le cycle s’achevant dans une séquence finale bouleversante, où tout est dit et exprimé par la voix solo de l’alto et du continuo réduit à l’essentiel. Programme événement.

Pour les 25 ans de Musique et Mémoire, nul doute que les voix enchantées, enivrées et si précises et souples de Vox Luminis en proposeront une lecture caractérisée et subtilement incarnée. Concert événement.

17 h >  répétition publique

 

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INFOS & RESERVATIONS :

Festival Musique et Mémoire — 25 ans, du 13 au 29 juillet 2018
Informations pratiques
Pour tous renseignements 06 40 87 41 39/ festival@musetmemoire.com
Présentation détaillée sur www.musetmemoire.com

 

 

 

 

 

BACH-JS-jean-sebastian-582-390-BACH-JS-4johann-sebastian-bachDOSSIER. Jean-Sébastien Bach : Messe en mineur. Des 5 Messes que Bach composa (le compositeur utilisant de facto le nom même de Messe), la Si mineur est la plus ambitieuse sur le plan de son architecture, de sa durée et de son instrumentation ; c’est celle aussi qui a suscité une période de composition longue et chaotique – soit de 1733 voire avant à 1749, c’est à dire juste avant de s’éteindre-,  et dont la destination finale reste énigmatique. Même si comme on le verra, des hypothèses sérieuses se sont précisées récemment. Par ses proportions, sa profondeur, le génie de son déroulement – alors que la partition que nous connaissons n’a probablement jamais été jouée ainsi du vivant de l’auteur, la Messe en si demeure le testament musical, spirituel, philosophique de Bach. Par sa justesse, son équilibre et sa vérité, Bach nous lègue l’un de piliers de la la musique sacrée occidentale, préfigurant la Grande Messe en ut de Mozart (d’autant que Wolfgang a pu consulter la partition léguée par Bach père à son fils CPE, et que le baron von Swieten, nouveau détenteur, put la montrer à Mozart…). Mais la Messe en si de Bach annonce directement aussi la Missa Solemnis de Beethoven. La conscience spirituelle qu’elle sous tend, la conception inédite à l’époque, il faut certainement chercher dans les oratorios de Handel et les plus tardifs, une telle grandeur morale et mystique, annonce également La Création de Haydn. Ici Bach transcende le rituel liturgique et atteint une somme spirituelle qui au delà des dogmes et des sensibilités, atteint à l’universel. Malgré la longueur de la conception et les diverses sources auxquelles puisse l’écriture de Bach, la Messe saisit par son unité et sa cohésion d’ensemble.

 

 

 

Une Arche spectaculaire qui frappe par son unité

 

 

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RECYCLER, PARODIER…
Parmi les éléments les plus certains, le Sanctus fut composé quelques semaines après que Bach ait été nommé Director musices à Saint-Thomas de Leipzig. L’originalité de la Missa, ainsi que Bach la nomme lui-même, vient déjà de son instrumentation : aucune source précise n’atteste de la tradition de la musique liturgique à Leipzig avec instruments, et de surcroît comme ici, avec un orchestre comprenant cordes, trompettes, et selon les sections, un instrument obligé, violon, flûte, cor… Les Kyrie et Gloria ont été écrit de façon plus précise pour l’Electeur Frederic August II lorsque ce dernier succède à son père décédé en 1733 à Dresde : la Cour dresdoise est catholique et la livraison du diptyque ainsi identifié paraît tout a fait naturelle dans ce contexte d’allégeance. En outre, Bach, génie de la « parodie » (autocitation ou reprise), aime reprendre et recycler nombre de ses airs déjà anciens, dans ses nouvelles oeuvres. De sorte que au fur et à mesure de la genèse de l’œuvre, Bach ne cesse de reprendre d’anciennes séquences, les adapter pour de nouvelles formations et effectifs, assemble, expérimente comme un orfèvre. Le résultat est confondant par son unité et sa profonde cohésion globale, ce malgré la diversité des sources, et l’éclectisme des airs ici et là recyclés. Quelques exemples ? Le choral de 1731 « Wir dansent dir, Gott » de la Cantate 29 devient en 1733, le Gratias aigus tibi (Gloria) ; puis la même section en 1740, quand Bach reprend encore l’architecture globale de la Messe, devient finalement l’ultime section : Dona nabis pacem, chœur final plein de quiétude exaltée d’une sérénité lumineuse et céleste. De même, l’air de la cantate 171, composé en 1729, devient en 1748, la structure mélodique de Patrem omnipotentem… de la Partie II de la Messe (Symbolum Niceum)… Un tel agencement sur la durée est le propre des grands auteurs, Bach ouvrant la voie des Proust ou Picasso.

bach-jean-sebastien-pastel-582-portrait-2015-messe-en-si-classiquenews-william-christie-582-Pastell_Terry_kleinCOMPOSER POUR LES VIRTUOSES DE DRESDE… Aujourd’hui on s’accorde à concevoir la Missa en si mineur telle une œuvre expérimentale destinée à la seule délectation de son auteur qui aurait comme Monteverdi au siècle précédent, s’agissant de ses Vêpres à la Vierge / Vespro della Beata Vergine de 1611-, ambitionné de démontrer la singularité supérieure de son génie musical dans une oeuvre dont il avait seul le secret et qu’il aurait pu destiner secrètement pour la Cour de Dresde, afin d’obtenir un poste plus confortable qu’à Leipzig : les employeurs de Bach à Leipzig sont loin de mesurer le génie du compositeur qui travaille pour eux ; de surcroît son fils ainé, Wilhelm Friedemann a obtenu un poste officiel à Dresde dès 1733 (organiste attiré à St. Sophia), ce qui a pu encourager le père dans ses espoirs de changement comme de reconnaissance.

Le très haut niveau musical et technique requis pour jouer certaines sections de la Missa en si laisse aussi supposer que Bach les destinait justement aux virtuoses célébrés de la Cour dresdoise (ainsi la partie du cor, redoutable dans l’air de basse : Quoniam.)… très probablement, la partition de la Messe dès 1733, dans sa destination supposée à la Cour de Dresde, comporte déjà 21 sections (sur les 27 actuelles). De fait, la démarche de Bach à Dresde porte ses fruits puisqu’il ne tarde pas à obtenir de principe, le titre de « compositeur de la Cour » pour Frederic August II. Mais le compositeur a t il réellement livré partie de sa Missa ? Fut-elle jouée à Dresde ? Le mystère demeure.

 

 

 

Jean-Sébastien Bach : la Messe en si mineurLA MESSE, section par section. Courte analyse de la partition, section par section. L’étude des 27 séquences met en lumière, comme le Vespro de Monteverdi-, une diversité de formes et d’effectif inouïe pour l’époque, démontre outre l’ampleur du métier de Bach, véritable compositeur d’opéra (les duos sont ici digne d’un théâtre amoureux), son génie pour cultiver les contrastes (du murmure inquiet à l’exclamation la plus triomphante), et aussi sur le plan spirituel, un parcours dont les jalons, de plus en plus grave et méditatif, conduisent à une conscience mystique intelligemment exprimée… tout convergeant vers le dernier air solo pour alto (Agnus Dei) qui est le chant ultime d’un renoncement embrasé, serein, absolu.

La Messe comprend Trois parties : I. Missa / II. Cymbalum Niceum / III. Sanctus.

1. Missa (12 sections) ; la première section : ou premier Kyrie est essentielle. Elle confronte l’assemblée des auditeurs croyants à l’ampleur de l’architecture et ce sont les sopranos qui s’élèvent jusqu’au sommet pour exprimer immédiatement la grandeur céleste, encore inatteignable, ses proportions vertigineuses. A la reprise, les hommes entonnent plus gravement le texte comme s’ils en mesuraient pas à pas l’échelle colossale et donc les cimes inatteignables. La diversité des sections chorales s’affirme (première évocation de la mort avec les flûtes symbolisant les os des dépouilles, dans le Qui tolis peccata mundi). Contrastant avec la prière des voix collectives, les airs solo incarnent la certitude du croyant dans la lumière : c’est le cas du Laudamus te pour soprano (et violon solo) ; enfin surtout de l’air de la basse : Quoniam tu solus sanctus, dont la sérénité rayonnante passe aussi par le chant complice du cor, d’une souplesse majestueuse. Bach conclue cette première partie par un choeur exalté (Cum sancto spirito) dont le clair accent des trompettes triomphantes indique la présence des cimes célestes qui se dévoilent à nouveau.

2. Symbolum Niceum (10 sections) : c’est pour le choeur une partie essentielle passant par toutes les nuances de la palette affective et émotionnelle : de l’ivresse et de la détermination collective (Credo initial) ; à la profondeur tragique d’un questionnement sans réponse, inscrit dans l’impuissance et la terreur du dénuement solitaire (enchaînés : les doloristes Et incarnatus est, puis Crucifixus – cf le lugubre des flûtes). Quel contraste avec le fracassant et abolissant Et resurrexit, qui s’abat comme une vague d’éclairs saisissants. Il faut bien la sérénité retrouvée de la basse solo pour adoucir tensions et vertiges inquiets (douceur rassurante du Et in Spiritum sanctum). Après le Confiteor, Et expecto laisse s’épanouir en un temps étiré, suspendu, le mystère qui couvre tout le choeur dont la gravité renouvelle les sections enchaînées des Et incarnatus est, puis Crucifixus.

3. Sanctus : 6 sections. C’est la plus courte des parties. Et aussi l’un des plus contrastées. Le Sanctus est un sommet d’exaltation conquérante, d’une rayonnante espérance ; l’air avec flûte pour ténor solo (Benedictus) est traversé par la grâce et une sérénité inédite alors. Puis, son double dans le renoncement, est aussi l’air le plus dépouillé (sans orchestre, uniquement le continuo) : Agnus Dei pour alto, expression d’un dénuement solitaire assumé et accompli. La profondeur et la vérité de cet air est un sommet spirituel, l’étape ultime dans l’expérience du croyant. Enfin le dernier air pour le choeur referme la cathédrale sonore (Dona nabis pacem) en un sentiment de paix enfin recueilli.

 

 

 

 

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