Massy. Opéra, le 17 mai 2009. Charles Gounod : Faust. Alfred Kim, Nicolas Courjal, Lianna Haroutounian. Dominique Rouits, direction. Paul-Émile Fourny, mise en scène

Envoûtant Faust

Déjà monté à Avignon, Saint-Etienne, Nice et Liège, le Faust imaginé par Paul-Émile Fourny étend son ombre à Massy. Loin de toute relecture, le metteur en scène se montre d’un grand respect vis-à-vis de l’œuvre de Gounod. Toute enveloppée de noirs et blancs, la scénographie prend une dimension quasi cinématographique, d’une efficacité remarquable. Les chanteurs évoluent avec un naturel confondant, impliqués de façon impressionnante dans le drame goethéen. Leurs personnages sont merveilleusement peints, tel qu’on les imagine sans doute. Seule la scène de l’Eglise déçoit par manque de force dramatique. La distribution réunie sous nos yeux est d’un excellent niveau.
Seule ombre au tableau : le Valentin d’Olivier Heyte. Si le personnage est campé de façon tout à fait crédible, la voix sonne engorgée, poussée avec effort et manque de projection, rendant le texte peu compréhensible et l’écoute parfois pénible. La Dame Marthe incarnée par la jeune mezzo-soprano Clémentine Margaine est impeccable : belle voix, musicalité, humour, présence scénique évidente, cette jeune chanteuse éloigne le rôle des poncifs habituels dont il est trop souvent affublé.
Philippe Ermelier fait bénéficier le court rôle de Wagner de sa voix percutante et de son aisance scénique.
Pouvait-on imaginer plus joli Siébel ? Magali Paliès s’approprie le rôle de cet adolescent amoureux avec une justesse rare, le rendant très proche du Chérubin mozartien. Le timbre est ravissant, parfait pour cet emploi de jeune garçon, la musicalité exquise – dans sa romance à Marguerite, notamment, véritable bijou – et la caractérisation du personnage d’un naturel épatant.
Alfred Kim offre de Faust une image quelque peu monolithique, mais convaincante. Vocalement, l’émission est serrée et pourrait gagner en détente et en hauteur, mais aucune note ne manque à l’appel, les aigus, étonnamment, étant d’une facilité totale. Ce qui frustre le plus, c’est qu’au milieu d’une distribution entièrement francophone, il soit celui à qui le style français reste le plus étranger.
Chapeau bas pour Méphisto ! Nicolas Courjal semble avoir tout saisi de son personnage diabolique. Élégant, raffiné, à l’opposé de tout histrionisme, il traduit parfaitement toute l’ironie joueuse dont Gounod a pourvu son diable. Vocalement, il est le plus parfait représentant d’un style français en voie d’extinction : diction parfaite, voix puissante, émission haute et claire, osant même des demi-teintes splendides dans l’aigu. Véritablement, un grand Méphistophélès.
Quant à l’héroïne de cet opéra, c’est une révélation, pas moins. Lianna Haroutounian, en début de carrière, donne vie à une Marguerite d’une splendeur vocale rarissime. Le timbre est somptueux, de ces voix slaves riches et corsées, la technique superlative. La place de la voix est parfaite, les aigus percutants et sonores, sans effort aucun, et les graves puissants. Française, mais née en Arménie, elle met une application toute particulière à soigner sa diction et à ciseler chaque syllabe. La scène du roi de Thulé et l’air des bijoux ont démontré toute sa maîtrise vocale, mais c’est la scène de la chambre qui a mis en lumière la délicatesse de son interprétation. Dans le tableau final, elle a pu faire étalage de son endurance et de sa puissance vocale, faisant concurrence aux musiciens de l’orchestre. Un nom à suivre, assurément, et de très près.
Les chœurs se sont montrés d’une cohésion vocale et physique superbe, et chacune de leurs interventions a emporté l’adhésion.
L’orchestre de l’Opéra de Massy a offert une prestation remarquable, soignant particulièrement le soyeux de ses cordes. Dominique Rouits, chef lyrique dans la grande tradition française, démontre qu’il existe encore des maestri attentifs aux voix et sachant tisser sous elles un tapis sonore plutôt de que de lutter contre elles, véritable accompagnateur et soutien indéfectible. Cette soirée aura illustré à merveille l’éclatante santé de l’opéra français et la perfection de ceux qui le servent, artisans passionnés dont on aurait grand besoin en haut lieu. Texte mis en ligne par S. Giambello. Rédacteur: Nicolas Grienenberger.

Massy. Opéra, 17 mai 2009. Charles Gounod : Faust. Livret de Carré et Barbier d’après Goethe. Avec Marguerite : Lianna Haroutounian ; Faust : Alfred Kim ; Méphistophélès : Nicolas Courjal ; Valentin : Olivier Heyte ; Siebel : Magali Paliès ; Wagner : Philippe Ermelier ; Dame Marthe : Clémentine Margaine. Choeur de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays du Vaucluse ; Chef de chœur : Aurore Marchand ; Orchestre de l’Opéra de Massy. Dominique Rouits, direction ; Mise en scène et scénographie : Paul-Émile Fourny. Décors : Poppi Ranchetti ; Costumes : Véronique Bellone ; Lumières : Jacques Chatelet ; Chorégraphie : Eleonora Gori ; Chef de chant : Hélène Blanic

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