Lyon. Auditorium, le dimanche 25 février 2007. Concert Ravel, Messiaen, Escaich

Thierry Escaich sera compositeur résident à l’Orchestre National de Lyon dès la saison prochaine. En avant-première de sa venue, il a donné un concert d’orgue et de piano à l’Auditorium de Lyon, le dimanche 25 février 2007. Son inspiration d’organiste éclatait dans ses hommages à Messiaen, tandis que son quintette de La Ronde, d’après Schnitzler et Ophüls, éclairait un autre visage de sa personnalité.

Un emportement voluptueux

Donc le résident 2007-2010 (trois saisons, un sacré c.d.d. !) vient de déposer sa 1ère carte de visite. Avant que Thierry Escaich ne paraisse, deux de ses futurs compagnons d’Orchestre (National de Lyon), Florent Kowalski et Nicolas Hartmann, font impeccablement frotter l’esthétique ravélienne du silex, dans la Sonate pour violon et violoncelle. Vers 1920, Paul Valéry disait : « l’insecte net gratte la sécheresse », et Falla le chantait à son aride façon dans un concerto avec clavecin : ça crépite, ça grince, ça s’ensable, ça frotte. On se prend à songer que la conque de l’Auditorium est aussi – forme et couleurs – gigantesque rose des sables, que les strates de l’orgue mis à nu, en fond de scène, avec leur éclairage ocre et bleuté, prolongent une métaphore de l’espace désertique : « des canyons aux étoiles », comme disait l’inspirateur de T.Escaich.  Car voici un hommage à Messiaen grâce à l’orgue que le bientôt-résident  étreint avec emportement voluptueux: citations des Corps Glorieux et de l’Ascension, puis improvisation sur le nom du Maître. En une virtuosité lisztienne, T.Escaich joue avec des crescendi par plaques, la saturation sonore de la conque, une esquisse de marche au déhanchement presque canaille, un éphémère calme trompeur, quelques gouttes d’eau dans une grotte, avant de céder aux vertiges d’une apothéose d’accords en tonnerre.

Petite mort chez François-Joseph
Après ces poèmes de terre et d’air conclus par orgie mystico-théâtrale,  au piano le compositeur se métamorphose en post-moderne viennois. Andréane Détienne(violon) et Valérie Jacquart (alto) sont là pour former avec lui et les deux ravéliens un quintette : Ronde vénéneuse, écho troublé de Schnitzler et d’Ophüls. Petits trilles angoissés, papillons de la dérision, mécanique de manège obsessionnel, fantôme solitaire en errance sensuelle (on se croirait du côté de chez Ligeti dans le film-testament de Kubrick, Eyes wide shut),  pour finir en un fallacieux apaisement, quelque épuisement par petite mort chez l‘empereur François-Joseph. Légitimement enthousiastes, les auditeurs – certains peut-être venus de et pour la messe -, repartent tout de même dans un drôle d’état pour le rôti dominical. L’Auditorium-Ravel, parfois, sait encore jouer à nous dépayser dans le rôle du Temple de Janus : vive son double visage !

Lyon. Auditorium, le dimanche 25 février 2007. Maurice Ravel (1875-1937) : Sonate violon-violoncelle. Olivier Messiaen (1908-1992) : Extraits des Corps Glorieux et de l’Ascension. Thierry Escaich (né en 1965) : Improvisation sur le nom de Messiaen, Quintette La Ronde. T. Escaich, orgue et piano. F. Kowalski, A. Détienne, violons. V. Jacquart, alto. N. Hartmann, violoncelle.

Crédit photographique
Olivier Messiaen (DR)

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