Livres. Michel Schneider : Voix du désir

Livres. Michel Schneider : Voix du désir, Eros et opéra, Buchet Chastel.   Tout en partant du refus de Freud et de son dogme souverain (que tout est nécessairement sexué ou sexuel), Michel Schneider approfondit son exploration psychanalytique de l’opéra. Il la tenait à distance, ne sachant pas comment l’explorer ni l’expliquer ; aveu d’impuissance ou de trop grande fascination en vérité … Freud s’est toujours préservé de la musique : un langage qui lui était viscéralement inconnu, étranger.
La force émotionnelle qui agit directement sur l’esprit au point de terrifier ou troubler (dans le cas de Freud) inscrit la musique et surtout le chant au nombre des grandes perturbatrices que Michel Schneider analyse et suit à la trace : à la différence de Freud, l’auteur semble d’autant plus inspiré par la musique et spécifiquement le chant lyrique qu’il a déjà développé de pertinentes analyses sur le sujet dans un ouvrage précédent (” Prima donna : opéra et inconscient ” , avec déjà Maria Callas l’assoluta en couverture … chez Odile Jacob, 2001) : on y pouvait lire de subtils commentaires entre autres sur La Femme sans ombre de Strauss – le texte qui nous avait alors le plus intéressé eu égard à la fascination de la partition).

 

 

Les voix du désir à l’opéra

 

Schneider_michel_voix_du_desir_buchet_chastel_musiqueMichel Schneider poursuit ses investigations à la manière d’un enquêteur, soupesant les personnages en présence et les situations qui les révèlent consciemment ou consciemment. C’est donc comme une suite de miroirs aux surprenantes révélations, y trouvant des révélateurs quant au fonctionnement du désir caché, aux enjeux sexuels latents, à la révélation du non dit mais du constamment et de l’intensément éprouvé.
Dans Voix du désir,  éros et opéra, l’auteur poursuit un chemin déjà riche en enseignements : il applique au livret et à la musique des opéras, une grille psychanalytique qui en révèle des aspects insoupçonnés. Souvent lumineuse pour qui souhaite comprendre les mécanismes de la magie lyrique, la plume démêle les écheveaux dramatiques, dévoile un nouveau sens où chaque personnage gagne une individualité propre grâce au dévoilement de ses désirs. Le théâtre du désir masculin se fait entendre et se fait voir ainsi, révélant à son tour ce chant premier, des origines où s’inscrivent trois figures primordiales que Freud avait identifiées à travers mythes et légendes : la mère, l’amante, la mort. Les quatre tessitures du chant d’opéra (soprano, alto, ténor, baryton) à l’oeuvre sur la scène et dans la musique réactivent le complexe d’Oedipe.
L’apport principal du texte concerne les opéras ainsi filtrés sous le regard d’un oeil critique et analytique : le Faust de Gounod partage bien des facettes identitaires avec Don Giovanni ; La Traviata de Verdi croise le destin de … Marylin ; puis ce sont Vanessa (Barber), Russalka (Dvorak) et au chapitre (dernier) de la Mort : Orphée et Eurydice ou Peter Grimes  et surtout Carmen qui surgissent ici sous un regard inconnu, inédit. Sitôt la lecture terminée, on s’impatiente à réécouter tous les ouvrages abordés pour y relever et retrouver ce qu’on y a lu.  Passionnant.

 

Michel Schneider : Voix du désir, Eros et opéra. Date de parution : 03/10/2013. Format : 14 x 20,5 cm, 240 pages, 20.00 €. ISBN 978-2-283-02703-5. Editions Buchet Chastel.

 

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