Livres. Janine Reiss: la passion de la voix (Actes Sud)

Livres. Janine Reiss: la passion de la voix (Actes Sud)

Passion prĂ©dominante (… passion predominante…)… Comme Leporello dans Don Giovanni relate Ă  Elvira ce qui excite au plus haut point la frĂ©nĂ©sie de son maĂźtre Don Giovanni : sa passion prĂ©dominante pour les jeunes damoiselles (air du catalogue), l’auteur reprend la formule pour souligner la passion de Janine Reiss pour … la voix humaine.

La passion prédominante de Janine Reiss

Janine Reiss: La voix humaine

par Dominique Fournier

Une dĂ©votion mĂȘme souveraine qui la conduit Ă  travailler avec les plus grands chanteurs, participer aux opĂ©ras les plus ambitieux aux cĂŽtĂ©s des chefs les plus renommĂ©s dont… Karajan, Maazel, Ozawa, Levine. Justement, la claveciniste, pianiste et maĂźtre de chant s’engagea particuliĂšrement, entre autres, pour le fameux Don Giovanni de Joseph Losey, (1978) faisant rĂ©pĂ©ter soucieuse d’articulation comme d’intonation juste, les grands interprĂštes de l’heure, Ă  la fin des annĂ©es 1970: Ruggero Raimondi, Kiri Te Kanawa, Teresa Berganza, Edda Moser… Epoque bĂ©nie qui voyait diffusĂ© au plus grand nombre par le truchement du cinĂ©ma, un certain Ăąge d’or du chant mozartien.

Une vie pour l’art vocal

fournier_reiss_janine_reiss_actes_sud_livresEn couverture, une photo oĂč Janine Reiss pose comme une diva: de fait Ă  dĂ©faut de chanter, la magicienne du chant vocal savait tout obtenir d’une voix prometteuse, dĂ©livrant un enseignement et des conseils dont les cantatrices fameuses ont su tirer profit: aux cĂŽtĂ©s des dĂ©jĂ  nommĂ©es et non des moindres, Maria Callas, Jessye Norman, RĂ©gine Crespin ; mĂȘme Placido Domingo ou Luciano Pavarotti furent ses ” Ă©lĂšves ” attentifs… L’auteur rĂ©capitule sa carriĂšre Ă  l’Ă©poque de Rolf Liebermann et de Karajan; Reiss reprĂ©sente trĂšs vite malgrĂ© sa discrĂ©tion naturelle et fine, un nouveau standard de perfection vocale qui assure Ă  la prĂ©paration des chanteurs, un niveau de prononciation et d’approfondissement des rĂŽles, incontournables dans les annĂ©es 1970 et jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 2000: muse et pilier artistique de Liebermann puis de Gall Ă  l’OpĂ©ra de Paris, Janine Reiss s’efface peu Ă  peu Ă  partir de l’avĂšnement de GĂ©rard Mortier Ă  Paris. L’auteur dĂ©voile quelques aspects de son enseignement devenu lĂ©gendaire (seconde partie de l’ouvrage). La trame du texte et le contenu reprennent la matiĂšre d’Ă©missions radiophoniques que les deux personnalitĂ©s, auteur et pĂ©dagogue, eurent l’occasion de rĂ©aliser pour France Musique, en 2007 et 2008. Janine Reiss tĂ©moigne, se raconte (sous forme de propos rapportĂ©s), Ă©voque les annĂ©es d’accomplissement au service des productions ambitieuses ou pour les studios: Carmen, MĂ©lisande, Manon (de Massenet) n’ont aucun secret pour cette subtile psychologue (ses jugements sur chaque hĂ©roĂŻne sont une source d’informations voire  de rĂ©vĂ©lations pour la comprĂ©hension de  chaque personnage sur la scĂšne…). Proche de Karajan, de Levine, de Callas ou de Domingo, Janine Reiss rappelle la dĂ©licatesse et la discipline qui forge la magie des voix humaines et divines.
RĂ©serve: le texte a peut-ĂȘtre manquĂ© de relecture approfondie: il comporte des fautes, des rĂ©pĂ©titions et des erreurs (Le Dialogue des CarmĂ©lites, au lieu de Dialogues des CarmĂ©lites, page 90).

Tout cela n’ĂŽte rien Ă  la qualitĂ© et l’intĂ©rĂȘt du texte initial oĂč se prĂ©cise le travail d’une orfĂšvre du chant, en particulier français.

La passion prédominante de Janine Reiss. La voix humaine par Dominique Fournier. Editions Actes Sud. Parution : janvier 2013. 160 pages. ISBN 978-2-330-01543-5. Prix indicatif : 17,00 euros.

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