LIVRES, compte rendu critique. Parodier l’opéra : pratiques, formes, enjeux (Editions espaces 34)

Layout 1LIVRES, compte rendu critique. Parodier l’opéra : pratiques, formes, enjeux (Editions espaces 34). Nouveaux champs de recherche théâtrale. L’on ne saurait trop insister sur le vaste mouvement défendu par les chercheurs actuels, et qui depuis 10 ans à présent ressuscite l’activité foisonnante de la scène comique et parodique dans la France Baroque. En particulier celle du XVIIIè. Des colloques en nombre, des spectacles présentés en public, d’autres plus expérimentaux en complément des conférences et débats des chercheurs attestent d’une spécificité française à l’âge des Lumières : l’irrévérence critique et créative.  Au-delà des querelles économiques et des guerres entre les théâtres, la France multiplie le renouvellement des genres. Sommer de ne pas concurrencer, forcée au génie de l’invention et du renouvellement, la Foire réinvente l’opéra et la forme théâtrale musicale du XVIIIème siècle.

Parodier c’est avant tout créer ; certes recycler des musiques connues (et de préférence populaires pour que l’audience s’en empare et chante comme c’est le cas souvent, surtout dans les spectacle à écriteaux), avec des paroles nouvelles ; c’est surtout dans la conception même du spectacle, préserver un rythme dramatique, une architecture globale qui joue de la mémoire et des références que l’action réemploie et suscite par allusions. Il n’est pas alors théâtre plus audacieux et expérimental que la Foire et les tréteaux à Paris. C’est selon l’introduction, un savant jeu d’équilibriste où il ne suffit pas de singer mais de réinventer.
L’Académie royale et la Comédie française doivent après bien des attaques en règle, et de plus en plus contraignantes par leurs monopoles et les restrictions scéniques, s’incliner : la public plébiscite une forme musicale délirante et subjuguante qui se dévoile aujourd’hui. Pour preuve, cette excellente publication qui regroupe travaux de chercheurs et musicologues spécialistes des genres et formes théatraux, surtout entretiens et témoignages d’artistes scénographes et metteurs en scène, désormais maîtres du genre (entre autres, Judith Le Blanc, Jean-Philippe Desrousseau, auxquels on doit déjà respectivement, les excellents spectacles précités : Les Funérailles de la Foire, Hippolyte ou La Belle Mère amoureuse…).

Parodier c’est créer

Récemment le CMBV Centre de musique baroque de Versailles a su porter ou distinguer plusieurs spectacles qui démontrent la vitalité du genre : avec Marionnettes, Hippolyte et Aricie ou La Belle Mère amoureuse, La Guerre des Théâtres (qui s’inspire de La  Matrone d’Ephèse de Fuzelier), ou (sans marionnettes) Les Funérailles de la Foire. Autant de formidables performances qui remontent à l’époque où meurt Louis XIV, magistrales effervescences formelles qui contredisent la rigueur du cadre de représentation strictement fixé au cours du Grand Siècle qui a précédé.
Les auteurs de cet ouvrage collectif ont tous participé au colloque qui s’est tenu à Nantes en mars 2012. Pratiques, formes et enjeux de la parodie d’opéras au XVIIIè, voilà un sujet passionnant qui a révélé nombre de perles inédites et promet de nombreuses et futures découvertes.

Ce que nous avons particulièrement aimé :

Il faut lire l’introduction excellemment corédigé par les spécialistes Pauline Beaucé et Françoise Rubellin (très impliquée dans la réussite scénique des résurrections précitées) ; les citations d’opéras dans les parodies d’un génie du genre : Fuzelier ; le mythe de Phaéton et ses parodies ; parodier Les Fêtes de l’Hymen et de l’Amour de Rameau ; l’organisation d’un spectacle de marionnettes en 1722 (archives méconnues de Fuzelier) ; la Folie dans les parodies ; quels genres de parodies par Judith Le Blanc…

Parodier l’opéra : pratiques, formes, enjeux. Ouvrage collectif, coordonné par Pauline Beaucé et Françoise Rubellin. Editions espaces 34. ISBN : 978-2-84705-106-3. EAN : 9782847051063. 15x23cm, 272 pages. Parution : mai 2015. Prix indicatif : 24 €. Livre élu “CLIC” de classiquenews de mai 2015.

 

TABLE – sommaire

PAUL ARON : 
L’indispensable parodie 5
PAULINE BEAUCE et FRANÇOISE RUBELLIN 
: Introduction 9
JEANNE-MARIE HOSTIOU 
: Parodies d’opéra et renouvellement du théâtre comique chez les héritiers de Molière 13
LOÏC CHAHINE :  
Clins d’œil et parodie : les citations d’opéra dans l’œuvre dramatique de Louis Fuzelier 33
ANDREAS MÜNZMAY : 
Faire parler l’hypertextualité. Vers une édition critique d’Annette et Lubin (Comédie-Italienne, 1762) 51
PATRICK TAÏEB 
: Aspects de la parodie dans l’opéra-comique de la deuxième moitié du XVIIIe siècle 71
EMANUELE DE LUCA :  
Pratiques parodiques et motifs spectaculaires : Phaéton à la Comédie-Italienne de Paris au XVIIIe siècle 87
FRANÇOISE DARTOIS-LAPEYRE :  
Parodier Les Fêtes de l’Hymen et de l’Amour de Rameau et Cahusac : la question de la danse et du ballet pantomime 105
BERTRAND POROT 
: L’organisation d’un spectacle de marionnettes en 1722 : à propos d’archives méconnues de Fuzelier 127
HERBERT SCHNEIDER :  
Les parodies d’opéra pour le Guignol lyonnais 155
DOMINIQUE QUERO 
: Momus et la Folie dans les parodies d’opéra 183
JUDITH LE BLANC : 
Parodies génériques : la notion de genre à l’épreuve de la parodie d’opéra dans la première moitié du XVIIIe siècle 203
PIERRE DEGOTT 
: Parodier, ou ne pas parodier ? Le ballad opera et l’opera seria haendélien sur la scène lyrique anglaise du XVIIIe siècle 219
RAPHAËLLE LEGRAND : 
Justine Favart parodiste 235
ENTRETIENS 
– Susan Harvey 255 
– Philippe Vallepin 258 
– Malou Rivoallan 261 
– Rosalie Boistier 262 
– Jean-Philippe Desrousseaux 265

 

 

 

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