Livres, compte rendu critique. Jérôme Bastianelli. Georges Bizet (Actes Sud)

bizet, georges biographie portrait jerome bastianelli presentation review account of compte rendu critique du livre sur CLASSIQUENEWS livres critiqueLivres, compte rendu critique. Jérôme Bastianelli. Georges Bizet (Actes Sud). On pensait tout connaître de la vie et de l’œuvre de Georges Bizet (1838-1875 ; mort à 37 ans), l’auteur de l’inusable opéra Carmen (créé en mars 1875) qui lui valut bien des déboires et surtout une dépression, prolongeant l’échec d’à peu près tous ses ouvrages lyriques portés à la scène, au cours de sa courte vie : Bizet ne devait pas se remettre de la déception du peu d’intérêt pour sa Carmen, et il meurt quelques mois après la création, en juin 1875. Le texte d’un style fluide et très documenté éclaire les épisodes d’une existence besogneuse marquée essentiellement par l’absence de vrai succès musical. Un comble pour celui qui est aujourd’hui unanimement célébré et joué partout sur la planète pour Carmen. Bizet se dévoile ainsi en pianiste virtuose qui rechignant une carrière de concertiste, préfère l’enfer de la pédagogie à quelques élèves privés ; le musicien admire au delà de tout, Bach et Mozart. Son maître ne fut pas Halévy (avec lequel il étudia un temps la composition) mais Charles Gounod dont il suit à la trace chaque création, dont il connaît chaque note et chaque séquence instrumentale… Désireux de se faire un nom sur la scène lyrique, Bizet ose vainement l’Opéra, puis se tourne vers le Théâtre Lyrique et l’Opéra comique : nombre de partitions sont proposées Ivan IV, et même un chef d’oeuvre détruit, La coupe… d’autres, les Pêcheurs de perles ou La Jolie fille de Perth, à peine remarqués par un public boudeur et versatile. Sa Symphonie en ut (jaillissement de son jeune génie, composée en 1855) montre le cas d’un jeune prodige qui dépasse toutes les tentatives symphoniques à son époque ! Et dire que la partition n’ a été découverte et créée qu’au XXème siècle (1935).

Le tempérament Bizet

Pourtant Bizet, Prix de Rome (en 1857) fut un orchestrateur de génie, dont la sensibilité reste exceptionnelle à son époque. Nietzsche, dans le conflit qui l’oppose à Wagner en fera son champion : soulignant la lumière du premier contre les brumes coupables du second. A travers cette récupération esthétique, on voit bien que le cas Bizet résiste à toute réduction et à tout étiquetage : non l’auteur de Carmen ne se réduit pas à ce seul opéra qui clôt une vie difficile et frustrante. De pages en page, à travers les quatre chapitres (“Orchestre, Piano, Théâtre, Destinées“), la présentation des oeuvres et leur analyse première dévoilent enfin un tempérament raffiné, qui porte en lui, les promesses de la tradition française, portée vers la transparence, le raffinement instrumental, la couleur et la construction dramatique. Même Berlioz loua le génie du jeune Bizet (lequel assure la partie de piano lors des répétitions pour la création de L’enfance du Christ). Le portrait affirme une invention puissante, dopée à l’échec, désireuse de dépassement, et porteuse d’accomplissement. Il n’y a pas comme il est indiqué au verso du livre et de façon surprenante et incorrecte, ce «  compositeur lyrique indécis ». Toute sa vie, Bizet fut inspiré par le feu sacré, malgré sa bonhommie naturelle et son naturel aimable : sans cette autodétermination qu’exprime bien le texte dans sa globalité, l’auteur de Carmen n’aurait jamais pu accouché d’un tel chef d’oeuvre en mars 1875.

Livres, compte rendu critique. Jérôme Bastianelli. Georges Bizet (Actes Sud, collection Classica). Parution : septembres 2015. 176 pages. ISBN 978-2-330-05306-2. Prix indicatif : 17,80€.

Comments are closed.