Livres, compte rendu critique. Erik Satie par Romaric Gergorin (Éditions Actes Sud, avril 2016)

satie erik actes sud livre review compte rendu critique livre CLASSIQUENEWS 9782330061333Livres, compte rendu critique. Erik Satie par Romaric Gergorin (Éditions Actes Sud, avril 2016). Pour son 150ème anniversaire, Satie est défendu ici par un texte d’une limpide érudition dont l’apport essentiel s’intéresse au contexte, milieu social, artistique et politique dans lequel Satie a tenté de percer… L’auteur tente et réussit à souligner l’éternelle modernité du créateur né en 1866, mort en 1925. Cette modernité se dévoile pas à pas, depuis la fameuse évocation de Proust, celui lui même témoin observateur dans Les Plaisirs et les jours, où la figure de Satie affiche son indiscutable et infaillible modernité y compris vis à vis de Debussy (!). C’est après la mort du compositeur, l’apport non des moindres des américains pour lesquels Satie est la référence indiscutable du goût comme de l’expérience artistique : personnalité puissante satellisant autour de Dada, Picasso et Cocteau, Satie est le chaînon manquant d’une équation qui permet à John Cage entre autres, après la guerre (1949) de réaliser sa propre expérimentation de la modernité : en particulier à partir de la découverte et de son explicitation du manuscrit fondateur des Vexations, “exercice spirituel de 1893 (“un Ring des Nibelungen du pauvre”, dit Gavin Bryars, élément de la mouvance répétitive, comme Steve Reich et Philip Glass).

Erik Satie ou l’inclassable modernité

CLIC_macaron_2014La Satimania aux States était lancée : elle est depuis l’une des sources du mythe Satie. Lequel devrait définitivement s’imposer en France, sa patrie qui lui refuse toujours une pleine et entière reconnaissance. Car le profil du compositeur avec sa collection de faux cols, de parapluies, comme sa production de cartons calligraphiés / enluminés, – découverts dans le désordre de sa chambre d’Arcueil après sa mort- dévoilant tout un imaginaire fabuleusement tenu secret, dérange ou déroute, déconcerte ou désoriente.
Atypique, inclassable, Satie est pourtant l’un des expérimentateur les plus passionnants de son époque, en marge des Debussy et Ravel. Son œuvre est rare, intimiste (pas d’opéras ni de grandes pages symphoniques… quoique). L’homme était un dépressif solitaire auquel on ne prête selon ses propres témoignages qu’une seule aventure amoureuse (aussi fugace que malheureuse), avec la peintre et muse Suzanne Valadon (1893, il a 27 ans). Ensuite plus aucune mention de liaison d’aucune sorte… comme c’est le cas du mystérieux Ravel.
Esprit mordant, critique, d’une ironie analytique affûtée, Satie aurait pu être le premier des Dadas s’il n’était pas venu précédemment. Lui qui soulignait le retard systématique de la musique par rapport à l’avant-garde picturale, appelait de tous ses voeux à suivre et à s’inspirer des peintres et des plasticiens, une posture universelle, une vision à 360 degrés qui composent peut-être la clé de sa faculté à inventer l’avenir… Qui d’autres que lui aurait pu créer et imposer naturellement comme le Chopin des Nocturnes et des Polonaises, le concept même de Gnossiennes, ou de Gymnopédies ? Il y a chez Satie un discours constant avec les autres disciplines de la pensée artistique, évidemment la poésie et la littérature… 91 ans après sa mort, le cas Satie demeure toujours aussi percutant, comme une interrogation sur les formes musicales et sur le sens même du métier, d’une indiscutable justesse. Texte opportun dont la lecture se révèle passionnante.

Livre événement : Erik Satie par Romaric Gergorin (Editions Actes Sud, collection Classica ISBN 978 2 330 06133-3, mars 2016, 18 €, 170 pages). CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

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