Livres, compte rendu critique. Carl Nielsen par JL Caron (Bleu Nuit éditeur).

Livres, compte rendu critique. Carl Nielsen par Jean-Luc Caron (Bleu Nuit éditeur). L’aube du XXème voit l’éclosion des grands symphonistes. A l’époque où Mahler, Sibelius ou Strauss s’imposent sur la scène symphonique, Nielsen le danois affirme une singularité égale qui trouve dès son vivant, son public ; comme son contemporain finnois Sibelius, Carl Nielsen (1865-1931) devient la figure emblématique de la musique danoise, étendard original et puissant de l’identité danoise, d’autant plus exacerbée dans le concert des nations européennes de la fin du XIXème siècle. C’est pourtant une figure nationale qui frappe surtout  par sa puissante originalité.

Nielsen le magnifique

Nielsen carl bleu nuit editeur livres classiquenewsFils de paysans, Nielsen se forge très vite une solide culture, dévorant livres, et aussi à la façon de Liszt en Italie, se passionne pour la peinture et les arts en général. Ses séjours hors du Danemark le premier avec sa future épouse le sculptrice Anne Marie Brodersen rencontrée dans la colonie des artistes danois à Paris (1891), est le terreau de découvertes esthétiques formatrices. Nielsen est une oreille mais aussi un regard sur le monde qui saura exprimer dans sa musique les ressorts d’une vitalité foisonnante. Formé au Conservatoire de Copenhague, il rejoint l’orchestre du Théâtre royal comme second violon ; il en sera nommé ensuite chef d’orchestre à partir de 1908 jusqu’en 1914. Son œuvre symphonique – au total 6 Symphonies -, en particulier sa 4ème Symphonie « L’Inextinguible » comme la vie elle même, défi pour tous les grands chefs dignes de ce nom, son fameux Concerto pour violon (créé en 1912, opus essentiel comme l’est celui de Sibelius) affirme d’abord un tempérament singulier, original, qui synthétise les anciens (Beethoven Brahms, les Viennois Haydn et Mozart, Wagner aussi), les manières contemporaines, puis les recycle totalement pour produire un monde « à part ». Son poème symphoniques Helios (1903 : inspiré par son séjour en Grèce) ou Sommeil indiquent clairement une inspiration personnelle, certainement influencée par sa connaissance de la poésie (comme celle de son compatriote Jacobsen), mais aussi des légendes nordiques. Ses chants et recueils pour la voix sont bientôt des hymnes entonnés par tous les danois, et l’Europe reconnaît, à l’époque de Sibelius, Grieg, Mahler, le chant d’un grand symphoniste.

nielsen carl portraitMais Nielsen est encore ce génie de l’opéra qu’il convient de redécouvrir aujourd’hui : où joue-t-on Saül et David (1902), surtout l’admirable Maskarade de 1906 (renouvellement de la comédie mozartienne) ? Le livre édité par Bleu Nuit éditeur n’écarte aucun aspect de l’oeuvre ni de la vie intime du compositeur qui… aimait trop les femmes (il se sépare de son épouse Anne-Marie à 50 ans). Aux côtés de Sibelius son exact contemporain, Nielsen incarne la liberté du geste créateur, assumant et son statut officiel de compositeur emblématique, et sa personnalité qui le rend inclassable, figure de la « danité » mais aussi créateur hors normes au chant personnel spécifique. En conciliant l’intime, le privé et une reconnaissance nationale, Nielsen appartient aux plus grands compositeurs du début du XX ème siècle.
L’ouvrage présente et commente nombre d’oeuvres. Il récapitule aussi sous forme de tableau synoptique, tout l’oeuvre de Nielsen comparé aux événements contemporains, historiques et artistiques.

Livres, compte rendu critique. Carl Nielsen par JL Caron (Bleu Nuit éditeur). 175 pages. ISBN : 978-2-35884-042-2. Parution : mars 2015.

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