LIVRE événement, compte-rendu critique. Stéphane Leteuré : Camille Saint-Saëns, le compositeur globe-trotter (1857 – 1921), Actes Sud.

saint-saens_camille_age_ioioioLIVRE événement, compte-rendu critique. Stéphane Leteuré : Camille Saint-Saëns, le compositeur globe-trotter (1857 – 1921), Actes Sud. MUSIQUE et POLITIQUE. Voici l’étendue des déplacements et un premier portrait du Saint-Saëns voyageur, en Europe (Allemagne, Angleterre, Italie), dans cet Orient « africain » qu’avant lui Delacroix ou Félicien David ont parcouru (Algérie et Egypte), mais aussi en USA. L’auteur entend nous dévoiler à travers l’expérience du compositeur romantique français, une première analyse inédite celle développée sous le prisme d’une « géopolitique musicale ». A l’heure de la mondialisation artistique, et aux projets esthétiques qui s’expatriant en atteignant une internationalisation standardisée, le cas Saint-Saëns confronté aux convulsions politiques de son époque, met a contrario en avant l’obligation pour l’artiste créateur de prendre parti, selon le mouvement des nationalismes affrontés (en particulier entre France et Allemagne), selon les postures de la diplomatie dont, dans ses propres déplacements, il ne peut écarter les implications. Intéressant d’interroger ainsi la conscience politique d’un compositeur au hasard de ses déplacements… Surtout à notre époque où bien peu (trop peu) de musiciens, artistes ou compositeurs, prennent parti pour tel ou tel combat : ce n’est pourtant pas les causes qui manquent dans notre monde déréglé, perverti, corrompu. Bref. Ici, le monde de Saint-Saëns ne connaît pas l’horreur de nos temps présents.

 

Actes sud, camille saint saens globe trotter politique et musique CLIC de classiquenews, review critique presentation livres de CLASSIQUENEWS 9782330077464La mission « volontaire » et assumée de Saint-Saëns favorise le rayonnement de la culture française à travers la diffusion de sa musique, c’est bien ainsi que l’auteur entend privilégier cette préférence nationale, cette volonté de suprématie dans le goût international, surtout à partir de 1905, quand il rejoint les membres du Conseil supérieur des Beaux-Arts. D’autant que les deux Amériques, vers cet Ouest « futuriste et résolument moderniste » sont par exemples estimées tels de nouveaux eldorados, – opportunes issues aux compositeurs français qui peinent à se faire entendre et jouer dans leur propre pays. D’ailleurs l’axe France-USA se cristallise encore après la première guerre avec la création du Conservatoire américain de Fontainebleau.
Dans ce concert des nations où Saint-Saëns veut jouer sa propre partition, l’auteur montre par exemple s’agissant des relations avec l’Allemagne, comment le Français renforce peu à peu un combat direct contre le wagnérisme, s’insurgeant contre la divinisation du maître de Bayreuth dont il a été l’un des premiers festivaliers. Après la mort de Wagner, en 1882, et avec l’essor du wagnérisme, Saint-Saëns s’affirme en défenseur de l’art français, oeuvrant pour la création d’un réseau francophile international où des chefs sensibilisés / alliés sont nommés à des postes clés pour favoriser la musique romantique hexagonale, la soutenir, l’encourager, la faire jouer. Comment alors ne pas justement considéré ce goût pour l’orient comme la réponse du Français, au wagnérisme envahissant de son époque ?

 

 

saint_saens_globe-trotter-voyageur-sur-classiquenewsAinsi, « confirmées par ses voyages, les clairvoyances mondialistes de Saint-Saëns mettent en lumière les différentes formes de compétition engagées entre les puissances européennes à la Belle Epoque, c’est à dire à l’avènement de la politique mondiale ». On ne saurait mieux dire. Saint-Saëns dont la vie témoigne des deux premiers conflits avec l’Allemagne wilhelmienne (1870 puis 1914-1918) incarne aussi une sorte de modèle civilisationnel, non dénué d’un certain relent colonialiste, conscient ou non, en particulier vis à vis des pays méditerranéens abondamment visités et traversés : l’Algérie et l’Egypte. Indépendant malgré les pressions du contexte politique, Saint-Saëns défend néanmoins une direction originale et personnelle qui prétend défendre sa seule esthétique. Pourtant avec les années, et la pression du contexte, le conservatisme francofrançais du compositeur le rattrapent progressivement et c’est un Français de plus en plus fermé à la musique d’Outre-Rhin, comme à la modernité (de Ravel, Debussy, Stravinsky…) qui s’affirme jusqu’à sa mort.   L’apport du texte se révèle fondamentale pour qui veut mieux comprendre les mouvements et les échanges intercontinentaux, entre 1860 et 1920 ; surtout pour qui souhaite comprendre le fonctionnement et l’objectif des incessants voyages du Saint-Saëns globe-trotter. Passionnante nouvelle recherche. En guise de «  géopolitique musicale », l’approche renouvelle, rafraîchit même, l’approche musicologique traditionnelle.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014LIVRE événement, compte-rendu critique. Stéphane Leteuré : Camille Saint-Saëns, le compositeur globe-trotter (1857 – 1921), Actes Sud / Coédition : Palazzetto Bru Zane. Parution : mai 2017 – 240 pages – ISBN : 978 2 330 07746 4. CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

Sommaire

 

Le sens politique des voyages de Saint-Saëns : vers une géopolitique de la musique
L’orientalisme : le sens politique d’une esthétique en vogue
L’Algérie de M. Saint-Saëns : clichés et nuances du colonialisme
Le double rapport à l’Allemagne : de l’attraction à la répulsion

 

 

 

ACTES SUD : Camille Saint-Saëns, compositeur globe-trotter

 

 

 

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