Livre, critique. Gérard Mannoni : Une vie à l’opéra, souvenirs d’un critique (éditions Buchet-Chastel)

une vie a l opera buchet chastel livre critique livre par classiquenews gerard mannoniLivre, critique. Gérard Mannoni : Une vie à l’opéra, souvenirs d’un critique (éditions Buchet-Chastel). L’auteur rend compte de ses reportages, et sujets traités au fur et à mesure d’une carrière déroulée au contact des artistes à l’affiche, depuis le milieu des années 1940, jusqu’au début des années 2000 (terminant l’énoncé d’une vie bien artistiquement bien remplie à Tokyo et en évoquant à ses débuts alors, le phénomène Jonas Kaufmann)… ce sont les souvenirs d’un critique et envoyé spécial, salarié par divers medias de la presse écrite spécialisée (ou pas) pour couvrir les événements lyriques d’alors; au fil des pages (plus de 250 au total), se précisent dans les replis de la mémoire et après l’écoute de bandes d’entretiens enregistrés, conservées in extremis dans sa maison de campagne-, la personnalité des interprètes, surtout chanteurs d’opéra, qui pour certains, sont devenus des amis.

 

 

Gérard Mannoni raconte l’opéra du XXè
Petites et grandes histoires de la lyricosphère

 

 

La sphère opératique se dévoile dans la diversité des corps de métiers engagés ; à travers surtout la vie en coulisses, préparation et répétitions, petites histoires et anecdotes qui s’inscrivent dans une mémoire saturée d’instants surtout mondains, parfois magiciens. La galerie de portraits est digne d’un roman picaresque tant les profils et les comportements sont variés ; tous révélateurs d’une réalité : la personnalité humaine contredit parfois l’impression entretenue par la personnalité artistique. Voyez par exemple la froideur distante d’une Schwarzkopf – hautaine et se rendant inaccessible – comme une divinité allemande ; tout l’inverse d’une Montserrat Caballé, autrement plus chaleureuse et simple, à un même niveau artistique : d’ailleurs, le portrait de la diva catalane pourrait être un hommage parfait depuis sa disparition le 6 octobre dernier (p 25).

Ainsi s’égrènent les petites histoires du milieu lyrique (et aussi chorégraphique, car l’auteur a suivi de nombreux ballets à l’Opéra de Paris). Maurice Béjart, Yvette Chauviré, Balanchine, Barychnikov, Cuevas et ses ballets ou Serge Lifar… alimentent la chronique des danseurs et des chorégraphes. Un milieu à peine moins croustillant.
Mais l’auteur maîtrise son sujet : l’art de la narration et des évocations calibrées, demeurent parfaitement rythmé. Le journaliste connaît bien son métier. Toujours il raconte une histoire et à travers, décrit une situation qui en dit long sur ses acteurs… On le suit ainsi à Bayreuth, à l’époque de Wieland Wagner à la fin des années 1950, quand la Colline verte savait encore produire de superbes productions en particulier sur le plan vocal (Birgit Nilsson, Elisabeth Grümmer, Astrid Varnay,…) ; à Paris en 1958, pour le gala donné à l’Opéra par Maria Callas la Divine, alors au sommet d’une carrière surmédiatisée ; passent les divas devenues légendaires telles Tebaldi, Galina Vichnevskaia (qui habitait un superbe appartement parisien avec son époux Rostropovitch…) ; Régine Crespin, Germaine Lubin, la diva nazillarde ; et même une certaine Suzy Lefort, belle sœur du directeur de festival (Aix), Bernard : une dévoreuse délurée, tout à fait emblématique d’un certain milieu parisien tout à fait artificiel et sophistiqué pour lequel l’opéra est avant tout un faire valoir… mondain et politique. On sent alors une certaine émotion nostalgique à l’évocation de dîners d’après-première à l’Espace Cardin à Paris, où étaient présents Saint Laurent, Paloma Picasso et autres célébrités du gotha à connaître. Témoin sincère (ou affabulateur, mais alors dans une moindre mesure), l’auteur ressuscite tout un monde désormais perdu, qui et le temps de son activité, put éprouver l’illusion d’être éternel en accrochant les étoiles. Il nous reste pour le pire et le meilleur des vérités bien pesées, si révélatrices de la personnalité de certaines légendes lyriques du siècle passé (Fedora Barbieri et Leonie Rysanek, June Anderson et Jane Rhodes, surtout Beverly Sills, la plus grande coloratoure – avec Caballé, du XXè : une mère attentive avant d’être une artiste déjà exceptionnelle…) ; tout cela ne s’invente pas mais a été vécu simplement. La preuve que la réalité dépasse souvent la fiction. A lire absolument.

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CLIC D'OR macaron 200Livre, critique. Gérard Mannoni : Une vie à l’opéra, souvenirs d’un critique (éditions Buchet-Chastel) – Format : 14 x 20,5 cm, 264 pages – prix indicatif :20€ – ISBN 978-2-283-03076-9 – Parution : septembre 2018

 

 

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