Livre, compte rendu, critique. OTTORINO RESPIGHI par Norberto Cordisco Respighi (Edition Bleu Nuit).

Respighi-Ottorino-bleu-nuit-editeur-biographie-cordisco-respighi-la-critique-compte-rendu-du-livre-par-CLASSIQUENEWSLivre, compte rendu, critique. OTTORINO RESPIGHI par Norberto Cordisco Respighi (Edition Bleu Nuit). C’est la première biographie en français du compositeur si atypique et d’un tempĂ©rament original, Respighi. Le lecteur portĂ© par la narration biographique de ce texte de rĂ©fĂ©rence pour la comprĂ©hension de l’homme et de son Ĺ“uvre, dĂ©couvre l’itinĂ©raire d’un crĂ©ateur très dynamique, mobile et Ă©clectique, dont le catalogue des Ĺ“uvres ne se rĂ©duit pas Ă  son unique – et très cĂ©lèbre chef d’œuvre, Les Fontaines de Rome, trilogie orchestrale d’un raffinement singulier, – hymne Ă  la ville Ă©ternelle qu’il habite depuis 1913 – triptyque crĂ©Ă© par Toscanini en fĂ©vrier 1918. Il est vrai que sa rĂ©putation de couche tĂ´t, ayant besoin d’une bonne nuit de sommeil quotidien, n’aide pas au mythe du crĂ©ateur directement connectĂ© avec le cĂ©leste et le divin, en proie au spleen et aux Ă©tats de transe hautement spirituels. Rien de cela, pas de passion romantique chez Respighi, dont le gĂ©nie rĂ©el s’appuie sur une santĂ© solide et rĂ©gulièrement entretenue.
Son premier opéra Semirâma (sur le traces de la Sémiramide de Rossini d’après Voltaire) ouvre dès 1909 (à 31 ans), des horizons nouveaux, faisant montre d’une maîtrise de la langue orchestrale dans le style du Strauss de Salomé, en particulier dans le développement et l’explicitation du thème de la mort (Semramis, comme Phèdre, au désir incestueux, meurt à la fin de l’action).

Inspiré par une très solide culture musicale où pèsent de tout leur poids, les « anciens » (Ariosti, Locatelli, Porpora, Vitali, Vivaldi, Tartini, Bach… et Monteverdi), Respighi sait réconcilier passé et modernité.

ottorino-respighi-600x540-tt-width-600-height-630-fill-0-crop-1-bgcolor-ffffffNé en 1879, l’italien Ottorino Respighi se révèle en jeune voyageur intrépide et européen émigré … en Russie, qu’il rejoint dès sa vingtaine, à Saint-Petersbourg en novembre 1900 : il occupe le poste d’alto solo au sein de l’Orchestre Impérial de St-Petersbourg. Là, l’instrumentiste virtuose (car il est aussi violoniste expérimenté), et déjà le compositeur avéré, apprend davantage l’art de l’orchestration auprès du sexagénaire Rimsky-Korsakov. Puis, revenu en Italie, Ottorino devient professeur de composition à l’Académie Santa Cecilia de Rome entre 1903 et 1908.
Soucieux d’un renouveau de la musique italienne, asphyxié par des décennies de romantisme lyrique usé, Respighi participe au sursaut de revitalisation culturelle, mouvement de régénération de l’écriture musicale italienne (intitulée Lega dei cinque / Ligue des Cinq) propre au début du XXè, auquel collaborent aussi Pizzetti, Malipiero… (publication en 1911 de leur manifeste « Per un nuovo risorgimento »). Cette génération
des nouveaux pionniers de la musique italienne (la génération de 1880), croise en leur majorité, l’essor du facisme. Une idéologie totalitaire que Respighi prend soin de mettre à distance de son activité, contrairement à la plupart de ses contemporains dont l’allégeance à Mussolini et compars, devrait être un prochain sujet de recherche. Décédé en 1936, avant l’accomplissement de l’horreur, Respighi, esprit « réservé, fragile, tranquille », paraît ainsi comme emporté par le souffle de l’histoire moderne. Le texte éclaire le génie d’un compositeur italien qui malgré le peu d’intérêt que suscitent ses oeuvres hors La trilogie romaine, a écrit des opéras, aura marqué son époque aussi grâce à ses talents d’orchestrateur, mis au service des oeuvres du passé. Il était temps de brosser un premier portrait consistant, convaincant d’Ottorino Respighi. Lecture indispensable.

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Livre, compte rendu, critique. OTTORINO RESPIGHI par Norberto Cordisco Respighi (BNE /  Bleu Nuit Ă©diteur — parution : fĂ©vrier 2018 – 177 pages).

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