LILLE. Junichi Hirokami dirige l’Orchestre National de Lille

junichihirokamiLILLE, ONL. Le 16 novembre 2017. Brahms, Lalo. Sous le titre lumineux, « lumières du nord, … et du sud », le concert de ce 16 novembre promet un nouveau grand moment symphonique et concertant, où brillent deux tempéraments romantiques majeurs, le Français Lalo et le germanique schumannien, Johannes Brahms. Pour l’occasion, l’Orchestre National de Lille invite deux interprètes le chef japonais, actuel directeur du Kyoto Symphony Orchestra, Junichi Hirokami ; et pour le concerto de Lalo, le violoncelliste Johannes Moser. L’apparent éclectisme du programme, comprenant écritures romantiques française et allemande et partition contemporaine (Corrado) est assurée cependant par la proximité chronologique entre Brahms et Lalo : la Symphonie n°2 du premier date de 1877 ; le Concerto pour violoncelle de Lalo est créé en 1876. L’unité esthétique est aussi résolue grâce à l’engagement des interprètes invités.

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LILLE, Auditorium du Nouveau Siècle
jeudi 16 novembre 2017, 20h
Lumière du Nord,
Lumière du Sud

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http://www.onlille.com/saison_17-18/concert/lumiere-du-nord-lumiere-du-sud/

A 18h45, prĂ©sentation du concert et confĂ©rence « PrĂ©lude Brahms » par les Ă©lèves de l’École SupĂ©rieure Musique et Danse de Lille (entrĂ©e libre pour les spectateurs munis d’un billet de concert)

Orchestre National de Lille
Direction : Junichi Hirokami
Violoncelle : Johannes Moser

Programme

Corrado : Solo il tempo II / « Le temps effacera les blessures »…
La courte pièce orchestrale, du jeune compositeur italien Pasquale Corrado (nĂ© en 1979) se remĂ©more l’effroi et la terreur incarnĂ©s par les attentats de Capaci (Sicile, mai 1992) et de Via d’Amelio (Palerme, juillet 1992) pilotĂ©s par la mafia. Corrado qui n’était qu’adolescent alors (13 ans) entend fixer le choc traumatique que ces deux Ă©vĂ©nements apocalyptiques ont suscitĂ© chez tous les jeunes italiens, atteignant mĂŞme la conscience de toute la nation italienne. Entre ombre et lumière, l’œuvre rend hommage aux justes tuĂ©s par ces actes lâches : le juge Giovanni Falcone (tuĂ© dans l’attentat de Capaci) et le juge Paolo Borsellino (tuĂ© dans l’attentat de Via d’Amelio). C’est une prière aussi Ă  l’adresse de la Sicile, conçu comme un dramma antique, une tragĂ©die grecque (avec la rĂ©fĂ©rence au « PromĂ©thĂ©e enchaĂ®nĂ© d’Eschyle, archĂ©type de la libertĂ© de penser ; rĂ©fĂ©rence Ă  Ĺ’dipe, effrayĂ© par sa propre destinĂ©e de pĂ©chĂ© et de violence, Ă  Hercule, repoussant les limites humaines et Ă  l’impitoyable MĂ©dĂ©e, prenant en main son propre destin »). Dans son poème symphonique, le compositeur interroge le destin et la fatalitĂ©, le deuil et l’activitĂ© des hommes submergĂ©s par l’horreur ; il veut croire Ă  l’œuvre du temps qui soulage les souffrances, rassure et apaise… Que pouvons nous faire de plus ? Solo il tempo / Seul le temps (rĂ©conforte?). A l’aulne de cette question, la partition cible l’horreur insurmontable qu’il faut pourtant apprendre Ă  affronter. BrĂ»lante actualitĂ© au moment oĂą la France encore blessĂ©e, cĂ©lèbre le courage des hĂ©ros et pleure les victimes des attentats du 13 novembre 2015 – (CrĂ©ation Ă  Rome en 2007 – durĂ©e : 17 mn).

Lalo : Concerto pour violoncelle
MĂ©lodiste nĂ© et orchestrateur très raffinĂ©, Edouard Lalo compose en 1876, son Concerto pour violoncelle, entre sa Symphonie espagnole et la Rhapsodie norvĂ©gienne… : comme dans ses ballets remarquablement dramatique, d’une Ă©lĂ©gance toute française, la partition saisit par la formidable versatilitĂ© et flexibilitĂ© d’un orchestre fĂ©lin ; y brille l’éloquence Ă©clectique de Lalo, pleine de panache et de facĂ©tie contrastĂ©e (surtout sur le plan rythmique). Pour autant l’oeuvre cultive de très beaux contrastes (langueur sidĂ©rante et rĂŞveuse du second mouvement, – Intermezzo notĂ© andantino). La carrure diablement rythmique, les changements incessants d’épisodes expressifs, en particuliers des deux derniers mouvements indiquent la subtilitĂ© dont est capable Lalo. On se souvient d’un concert Ă  Venise oĂą c’était le canadien Jean-Guihen Queyras qui savait transfigurer une partition taillĂ©e pour les plus grands interprètes : ce soir, mĂŞme virtuositĂ© intĂ©rieure, formidablement inspirĂ©e. il faut une entente souple et dĂ©taillĂ©e entre l’orchestre et le soliste pour rendre toutes les facettes d’un Concerto que beaucoup rĂ©duise Ă  un simple exercice de virtuositĂ© dĂ©monstrative.

Brahms : Symphonie n°2
Brahms johannes-brahms-1327943834-view-0A l’Ă©tĂ© 1877 alors qu’il sĂ©journe dans les Alpes, au bord du magnifique lac du Wörthersee (Sud-Est de l’Autriche), Johannes Brahms se laisse inspirer, comme Gustav Mahler, par le spectacle de l’immense et impĂ©nĂ©trable Nature. DĂ©fenseur de la musique pure, sans trame narrative prĂ©cise (et rĂ©ductrice), Brahms dĂ©veloppe la notion de Dauerhafte Musik, ou “musique durable”, musique intemporelle, “non pĂ©rissable”, dĂ©connectĂ©e de tout Ă©lĂ©ment narratif. Ainsi naĂ®t en quelques mois la 2è Symphonie. Mais l’absence d’histoire et de prĂ©texte historiĂ©, ne veut pas dire que la forme n’exprime rien ; bien au contraire. Le monde sonore de Brahms s’inspire de Beethoven et de son mentor Robert Schumann, dont l’épouse, Clara, fut la grande amie (et plus) du jeune Johannes. La passion intime que sait distiller le compositeur est emblĂ©matique de son Ă©criture oĂą perce une Ă©vidente pensĂ©e musicale, ponctuĂ©e d’élĂ©ments autobiographique. Les pulsions de mort et de vie, le dĂ©sir inassouvi et l’espoir Ă  tout craint, la profonde dĂ©pression comme l’éblouissement fugace s’y succèdent, sans guère de rĂ©solution majeure et stable. Contradictoire mais riche, Brahms Ă©crit : « « voici une petite symphonie gaie, tout Ă  fait innocente” ;  ailleurs Ă  son Ă©diteur, je n’ai « encore rien Ă©crit d’aussi triste ».

Le souffle portĂ© par les cors majestueux qui traversent toute la partition, le tumulte victorieux du premier mouvement, puis la sombre mĂ©lancolie du second (Adagio non troppo) ; la tendre espĂ©rance du 3è (Allegretto grazioso quasi andantino / mouvement dansant Ă  trois temps inspirĂ© d’un Ländler ou pas Ă  trois temps), l’élan du dernier Allagro (con spirito) ne cessent aujourd’hui de nous fasciner Ă  la manière des symphonies de Beethoven dont Brahms fut toujours un ardent disciple.

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