Les Enfants du Paradis: Carné,Kosma, Thiriet (1945)Arte, lundi 5 novembre 2012,20h50

Les Enfants du Paradis
Drame de Marcel Carné
(1945)
musiques de Joseph Kosma et Maurice Thiriet

Arte
Lundi 5 novembre 2012, 20h50

Né dans un prieuré du sud de la France (Prieuré des Valettes) où se cache alors Joseph Kosma (juif hongrois): Les enfants du paradis est le fruit d’une collaboration miraculeuse celle de Prévert qui écrit l’histoire, Kosma qui joue au piano, Mayo qui dessine les costumes, Marcel Carné, qui revenant de Paris, apportait de la documentation sur le Paris romantique, celui de 1828, qui est l’époque où se passe le film. Le tournage a lieu pendant la guerre, d’août 1943 à juin 1944, aux studios Victorine de Nice. Heureuse réalisation au temps de l’occupation.
Joseph Kosma compose une partition symphonique parmi les plus célèbres de sa carrière: les danses et pantomines, sous la pseudonyme de Georges Mouqué. Maurice Thiriet écrit quant à lui toute la musique complémentaire enregistrée et dirigée par Charles Munch avec l’Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire. Aujourd’hui, face à un massif musical d’une éclatante réussite, il reste difficile de démêler ce qui revient à l’un ou à l’autre des compositeurs: Kosma (les pantomimes) et Thiriet (les musiques de sources); les deux musiciens ont composé une page orchestrale d’une cohérence absolue. Comme Braque et Picasso quand ils réinventaient la modernité picturale par leurs natures mortes cubistes…

Paris, 1828. La libertaire et forte en tête, Garance retrouve le mime Baptiste au Théâtre des Funambules. Si elle se lie avec le jeune acteur Frédérick Lemaître (Pierre Brasseur), Garance (Arletty) aime Baptiste (Jean-Louis Barrault) qui est aussi admiré de la fille du directeur, Nathalie (Maria Casarès). Le temps les sépare: Garance a quitté Paris en devant la compagne du comte de Montray (Louis Salou); Baptiste et Nathalie se sont mariés; mais de retour à Paris, Garance renoue avec Baptiste… c’est compter sans l’esprit fourbe et vengeur de l’infâme Lacenaire… ancien ami de Garance.
Le spectateur demeure sous la charme d’Arletty dont la gouaille rocailleuse exprime au fond une mélancolie traînante qui arbore un faux détachement. Garance est une rêveuse qui s’ennuie des hommes, de la ville: elle songe à l’amour qui ne vient pas mais surgira bientôt quand Baptiste, le mime tout en blanc du boulevard du crime qui la sauve d’une fausse accusation, singe et ridiculise devant la foule et le gendarme le bourgeois qui l’accuse d’avoir volé sa montre en or… face au pur amour qui unit secrètement Garance et Baptiste, se dresse le profil mordant, cynique de Lacenaire, celui qui hait les hommes et reste libre parce qu’il n’en aime aucun..
Le trouble toujours intact que diffuse le film presque 70 ans après sa création, vient de la frontière indistincte entre scènes du théâtre des Funambules et vie réelle des acteurs sur le boulevard du crime… l’une des pantomimes les plus saisissantes reste le tableau du pierrot rêveur et dormeur qui se fait doubler par le polichinelle guitariste séducteur victorieux de la déesse Venus au parc public… Jamais Jean-Louis Barrault ne fut plus lunaire que dans cette scène dont le sujet renvoie directement à l’histoire des acteurs réels du Paris de 1828… Pierrot songeur c’est baptiste épris de Garance laquelle se laisse pourtant séduire par le jeune acteur Frédérik (Pierre Brasseur)… Dans la coulisse, alors que le comte se déclare à Garance, Baptiste dévoile sa désespérance de ne pas être aimé de Garance, la fille de Ménilmontant. Tout ici balance entre tendresse et légèreté, mélancolie et renoncement… mais au fond, seuls les vrais amoureux permettent que la vie mérite d’être vécue. Sous le masque des illusions, les cœurs savent encore s’ouvrir à l’amour, le pur, le véritable… car ils se reconnaissent, en dépit des autres.

Le film est divisé en deux parties ou deux époques: le boulevard du crime puis l’Homme en blanc. Poétique, onirique, Les Enfants du Paradis sont en résonance avec l’époque du tournage, une mise en abîme du cinéma, du théâtre, de la représentation, et donc de l’existence humaine… Version restaurée en haute définition de 2011.

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