Les deux Foscari à Marseille

Visu-IduefoscariMarseille, Opéra. Verdi : I due Foscari. Les 15 et 18 novembre 2015. Les deux Foscari de Verdi, inspiré de Lord Byron, demeure une œuvre méconnue, certes de la jeunesse de Verdi mais d’une rare intensité dramatique. Par son sujet, son traitement sombre et expressif, le profil des héros masculins, I due Foscari annonce le grand œuvre de la pleine maturité, Simon Bocanegra qui met en scène un doge, non plus à  Venise mais à Gênes (même si Bocanegra est créé à la Fenice). Dans les deux ouvrages, Verdi aborde un thème qui lui est cher : pouvoir et humanité. En d’autre termes, les puissants sont-ils condamnés à la corruption et la barbarie immorale ?
La famille Foscari dans la Venise décadente et cynique. Jacopo Foscari, le fils du Doge de Venise, est accusé de meurtre et de trahison. Malgré les supplications de sa femme et de son père, il est condamné à l’exil perpétuel, en particulier à cause d’un ennemi, le sénateur Loredano. L’opéra de Verdi, adapté de la pièce de Lord Byron du même nom, met en lumière l’impuissance d’un père face à la cruauté du monde. L’amour et la détermination de son père et de sa femme Lucrezia ne sauveront pas Jacopo qui meurt au moment même où une confession vient l’innocenter… la fatalité et les destins sacrifiés ont toujours inspiré Verdi. Opéra noir et sombre, mais dramatiquement très intense, I Due Foscari reste méconnu du grand public or il concentre déjà le meilleur de Verdi. L’écriture y est concise, efficace, serrée, comme précipitée précisément à l’acte III avec la scène flamboyante du carnaval…
Trop rare sur les scènes lyriques, l’opéra de Verdi I due Foscari qui annonce Simon Boccanegra, traite de la solitude et de l’impuissance des puissants. A Venise, le Doge Francesco Foscari éprouve la barbarie de l’exercice politique, tiraillé entre l’intérêt de sa famille et le bien public comme la nécessité d’Etat.
Créé au Teatro Argentina de Rome en 1844, I Due Foscari éclaire l’inspiration de Verdi fortement marqué par Byron dont il adapte pour la scène lyrique The two Foscari : sombre texte théâtral où le doge de Venise, le vieux Francesco Foscari doit exiler son propre fils Jacopo, malgré son amour paternel et les suppliques de sa belle-fille, Lucrezia. Finement caractérisée, épique et aussi, surtout, intime, la partition verdienne se distingue par sa justesse émotionnelle dans le portrait du Doge Foscari, immersion au cœur d’une âme humaine, tiraillée et par là, bouleversante. Verdi semble y prolonger ce réalisme lyrique déjà si touchant chez Donizetti.
le doge Dandolo par TitienLes déchirements intérieurs du Doge Foscari à Venise, annonce bientôt la sombre mélancolie solitaire, et comme irradiée du Doge de Gênes, Simon Boccanegra, où Verdi développe cette même couleur générale magnifiquement sombre et prenante. Le sens de l’épure, l’économie psychologique ont desservi la juste appréciation de l’oeuvre : ce regard direct sur le tréfonds de l’âme humaine, loin des retentissements et déflagrations collectives parfois assourdissantes voire encombrées (Don Carlos, La Forza del destino, Il Trovatore, sans omettre le défilé de victoire d’Aida… véritable peplum égyptien) sont justement les points forts de l’écriture verdienne. Un nouvel aspect que l’auditeur redécouvre et apprécie aujourd’hui. La scène finale en particulier qui explore l’esprit agité et sombre du Doge Foscari reste le tableau le plus impressionnant: un monologue comparable à la force noire de Boris Godounov de Moussorsgki et dans laquelle brilla le diamant profond de l’immense baryton verdien Piero Capuccilli… Comme Titien portraitiste affûté du Doge Francesco Venier dans un tableau déjà impressionniste (illustration ci dessus : où le politique paraît affaibli, hagard, défait, en rien aussi conquérant que le Doge Loredan auparavant peint par Bellini), Verdi brosse une figure saisissante par sa souffrance humaine: un politique, otage du Conseil des Dix, instance haineuse, policière, inhumaine : après avoir pris la vie de son fils Jacopo, le Conseil des Dix lui demande de se démettre de sa charge… ultime sacrifice duquel le Vénérable ne se relève pas. Heureux marseillais qui pourront mesurer le talent du baryton Leo Nucci (notre photo ci dessus) verdien devenu légendaire qui devrait en novembre 2015, éclairer l sombre diamant qui étreint le cœur du grave et humain Francesco Foscari…

boutonreservationI due Foscari de Verdi à l’Opéra de Marseille
Dimanche 15 novembre 2015, 14h30
Mercredi 18 novembre 2015, 20h
deux représentations événements – version de concert

Samedi 7 novembre 2015, 15h , Foyer de l’Opéra
Conférence présentation de l’œuvre, entrée libre dans la limite des places disponibles. Réservation obligatoire : 04 91 55 11 10

Opéra en 3 actes
Livret de Francesco Maria PIAVE
d’après la pièce de Lord BYRON
Création à Rome, Teatro Argentina, le 3 novembre 1844
Première représentation à l’Opéra de Marseille

Paolo Arrivabeni, direction

Lucrezia Contarini : Sofia SOLOVIY
Pisana : Sandrine EYGLIER
Francesco Foscari :  Leo NUCCI
Jacopo Foscari :  Giuseppe GIPALI
Jacopo Loredano :  Wojtek SMILEK
Barbarigo / Fante :  Marc LARCHER

Comments are closed.