Compte rendu, opéra. Marseille, Opéra, le 15 novembre 2015. Verdi : I due Foscari. Leo Nucci

1 due_foscariAtmosphĂšre lourde, grave d’émotion contenue Ă  l’OpĂ©ra de Marseille au lendemain des attentats qui ont endeuillĂ© le pays. Minute de silence intense  d’hommage aux victimes Ă  la demande de l’Adjointe DĂ©lĂ©guĂ©e Ă  l’OpĂ©ra-OdĂ©on et Art contemporain, remplaçant le Maire, Marie-HĂ©lĂšne FĂ©raud-GrĂ©gori. Comme je l’ai Ă©crit et dit ailleurs, malgrĂ© la terreur barbare, justement mĂȘme Ă  cause de cela, la culture saigne mais signe, existe, persiste, portes grandes ouvertes Ă  tous. Et sans doute la terrible circonstance n’a-t-elle fait que galvaniser encore plus un plateau exceptionnel pour une Ɠuvre, qui sans l’ĂȘtre, est tout de mĂȘme un jalon toujours intĂ©ressant Ă  visiter, surtout eu Ă©gard Ă  sa raretĂ©, dans la prolifique production de Verdi. À Marseille, pourtant si verdienne, l’Ɠuvre demeurait insolitement inĂ©dite et inouĂŻe et son Directeur Maurice Xiberras la prĂ©sentait en version de concert, sans doute moins par prudence que par la fatalitĂ© Ă©conomique des temps, mais avec une distribution oĂč la prĂ©sence de Leo Nucci, qui dĂ©sirait prĂ©senter l’opĂ©ra Ă  son ardent public de Marseille, justifiait Ă  elle seule, l’entreprise.

I Due Foscari  à Marseille : Hymne à la vie

L’Ɠuvre. CrĂ©Ă© en 1844 Ă  Rome, dirigĂ© par Verdi lui-mĂȘme pour les premiĂšres reprĂ©sentations, l’opĂ©ra fut un triomphe mais sombra ensuite dans l’oubli, peut-ĂȘtre balayĂ© par le succĂšs des compositions de la riche dĂ©cennie suivante ou Ă  cause de la difficultĂ© Ă©crasante du rĂŽle principal dĂ©volu Ă  un baryton. Francesco Maria Piave en tira le livret d’une piĂšce de Byron de 1821 situĂ©e dans la Venise du cuatrocento, du XVe siĂšcle, une affaire de pouvoir comme celle mettant en scĂšne le Doge de GĂȘnes dans Simone Boccanegra. Elle met en scĂšne un conflit cornĂ©lien entre le devoir et l’amour : le Doge Foscari, par respect des lois, mĂȘme dĂ©chirĂ© par l’amour paternel, laisse condamner son fils Ă  l’exil, l’autre Foscari, donc, qui a eu la maladresse d’entrer en contact avec une puissance Ă©trangĂšre ennemie de la SĂ©rĂ©nissime RĂ©publique, trahison qu’attesterait une lettre, par ailleurs inopportunĂ©ment perdue. Le SĂ©nat, le Conseil des Dix (magnifiques scĂšnes de chƓur), sont attisĂ©s par un ennemi implacable de rancƓur, de haine, d’ambition : perdant le fils, malgrĂ© les supplications et imprĂ©cations de sa femme, il tente politiquement de couler le pĂšre. Pas de justice : reconnu innocent trop tard, le fils mourra,  suivi du pĂšre,  Doge aussi dĂ©posĂ©. Pas de lieto fine,  l’impitoyable Loredano vaincra et peut Ă©crire : « Pagato ora sono ! », ‘je suis enfin vengé !’, un « enfin » qui ouvre une perspective rĂ©trospective Ă  la haine enfin satisfaite.

InterprĂ©tation. L’Ɠuvre, s’inscrit aprĂšs deux succĂšs de Verdi, Ernani la mĂȘme annĂ©e avec le mĂȘme librettiste et l’antĂ©rieur Nabucco (1841) dont il garde des traces, telle la scĂšne d’hallucination du roi, frappant ici le tĂ©nor, hĂ©ros et fils malheureux, et les priĂšres et malĂ©dictions de sa femme qui rappellent, par les sauts extrĂȘmes entre grave et aigus, ceux d’AbigaĂŻlle, mais des traits de I due Foscari annoncent des Ɠuvres postĂ©rieures : un bien modeste prĂ©lude de violoncelle est peut-ĂȘtre une Ă©bauche de la sublime entrĂ©e de l’air de Philippe II dans Don Carlo, la tessiture de baryton pour le rĂŽle essentiel au dĂ©triment du tĂ©nor prĂ©figure celle de Simone Boccanegra mais, surtout, les imprĂ©cations en faveur du Doge contre les Dix en dĂ©fense de son fils, sont dĂ©jĂ  celles de Rigoletto rĂ©clamant sa fille, son seul trĂ©sor.

À la tĂȘte de l’Orchestre Philharmonique de l’OpĂ©ra, Paolo Arrivabeni, d’une rare Ă©lĂ©gance, d’une prĂ©cision alliĂ©e Ă  la souplesse, attentif comme il sied dans l’opĂ©ra italien au confort des chanteurs, tire la quintessence d’une partition orchestrale qui n’a pas encore la richesse, bien plus tardive, du futur Verdi. Il met en relief des contrastes, dĂ©taille, certains timbres, harpe, flĂ»te, clarinette, et cet alto et violoncelle d’un prĂ©lude, associĂ©s Ă  situations, Ă©tats d’ñme : ce sont de beaux brouillons d’Ɠuvres en devenir. Plusieurs valses ondulent dans la partition.

Les chƓurs, le premier cantonnĂ© Ă  mi-voix du murmure de la calomnie et de la conspiration (Emmanuel Trenque), sont farouches et grandioses dans la haine collective et pleins d’allĂ©gresse dans la scĂšne finale oĂč la liesse populaire fait un fond cruel Ă  la dĂ©tresse dĂ©chirante du vieux Doge maudissant le SĂ©nat et mourant de chagrin. Les comparses, le tĂ©nor Marc Larcher (Barbarigo, Fante et Servo) et la soprano Sandrine Eyglier (la confidente Pisana) existent malgrĂ© la fugacitĂ© de leurs apparitions. HabituĂ© de notre scĂšne, la basse Wojtek Smilek, en sombre et cruel Loredano, sans mĂȘme un air, rĂ©ussit le prodige d’imposer une prĂ©sence malĂ©fique en demi-teinte, sans Ă©clat, dans la noirceur de sa grande voix.

HĂ©ros malheureux byronien traĂźnant sa mĂ©lancolie morbide, victime expiatoire, le premier Foscari, est campĂ© par le tĂ©nor Giuseppe Gipali, qui dĂ©ploie une voix belle, souple, un beau legato, un sens des nuances et des Ă©clairs de rĂ©volte dans un combat perdu d’avance : ce n’est pas « une force qui va » comme l’Hernani de Hugo, c’est une Ăąme dont on ne voit que faiblesse et fragilitĂ©, qui coule, sombre dans une dĂ©pression que l’on dirait romantique, qui naufrage enfin dans la folie, mourant de lui-mĂȘme comme une flamme qui s’éteint.À l’inverse, vive flamme,sa femme, incarnĂ©e par la belle soprano, l’Ukrainienne Sofia Soloviy, remplaçant Virginia Tola, se lance avec passion et vaillance dans tous les affects et effets d’une partition terrible, des aigus arrachĂ©s Ă  partir de graves, des vocalises cascadantes, dĂ©fiant prudence au profit d’une expression superbe de l’accablement, de l’indignation, de la rĂ©volte, avec une grande vĂ©ritĂ© dramatique. La cantatrice triomphe avec justice si le personnage est vaincu par l’injustice.

On comprend que Leo Nucci ait voulu nous offrir ce rĂŽle : il a trois grandes scĂšnes impressionnantes, prĂ©cĂ©dĂ©es de rĂ©cits obligĂ©s dramatiques oĂč tout son art scĂ©nique se dĂ©ploie d’émouvante façon : Doge gardien inflexible des lois, pĂšre blessĂ© par ce qu’on croit la trahison de son fils, pĂšre ulcĂ©rĂ© par le refus obtus du SĂ©nat de rejuger une cause douteuse, pĂšre imprĂ©cateur face au complot avĂ©rĂ©, tout est juste, profond, avec une grande sobriĂ©tĂ© de signes, une main, un doigt, un regard, une dĂ©marche. Si l’on ne savait un Ăąge qu’il ne dissimule pas, on le dirait jeune comme au premier jour d’une voix homogĂšne, magistralement conduite, qui bouleverse dans la douleur et engage dans la rage auprĂšs de lui. HabituĂ© Ă  la performance en grandiose seigneur tout simple, il cĂšde en souriant Ă  une salle en dĂ©lire qui lui rĂ©clame le bis de son terrible dernier grand air.

En ce jour de deuil national, le public marseillais a fait un triomphe à la culture, à la musique : à la vie.

I due Foscari de Verdi Ă  l’OpĂ©ra de Marseille. Le 15 novembre 2015. OpĂ©ra en 3 actes, livret de Francesco Maria Piave, d’aprĂšs la piĂšce de Lord Byron. Version de concert. 

Orchestre et Choeur de l’OpĂ©ra de Marseille
Direction musicale :  Paolo Arrivabeni.
Chef de ChƓur : Emmanuel Trenque.
Distribution : Lucrezia Contarini : Sofia Soloviy ; Pisana : Sandrine Eyglier ; Francesco Foscari : Leo Nucci. Jacopo Foscari : Giuseppe Gipali ; Jacopo Loredano : Wojtek Smilek. Barbarigo/ Fante/ Servo : Marc Larcher. Photo © Christian Dresse.

Les deux Foscari Ă  Marseille

Visu-IduefoscariMarseille, OpĂ©ra. Verdi : I due Foscari. Les 15 et 18 novembre 2015. Les deux Foscari de Verdi, inspirĂ© de Lord Byron, demeure une Ɠuvre mĂ©connue, certes de la jeunesse de Verdi mais d’une rare intensitĂ© dramatique. Par son sujet, son traitement sombre et expressif, le profil des hĂ©ros masculins, I due Foscari annonce le grand Ɠuvre de la pleine maturitĂ©, Simon Bocanegra qui met en scĂšne un doge, non plus à  Venise mais Ă  GĂȘnes (mĂȘme si Bocanegra est crĂ©Ă© Ă  la Fenice). Dans les deux ouvrages, Verdi aborde un thĂšme qui lui est cher : pouvoir et humanitĂ©. En d’autre termes, les puissants sont-ils condamnĂ©s Ă  la corruption et la barbarie immorale ?
La famille Foscari dans la Venise dĂ©cadente et cynique. Jacopo Foscari, le fils du Doge de Venise, est accusĂ© de meurtre et de trahison. MalgrĂ© les supplications de sa femme et de son pĂšre, il est condamnĂ© Ă  l’exil perpĂ©tuel, en particulier Ă  cause d’un ennemi, le sĂ©nateur Loredano. L’opĂ©ra de Verdi, adaptĂ© de la piĂšce de Lord Byron du mĂȘme nom, met en lumiĂšre l’impuissance d’un pĂšre face Ă  la cruautĂ© du monde. L’amour et la dĂ©termination de son pĂšre et de sa femme Lucrezia ne sauveront pas Jacopo qui meurt au moment mĂȘme oĂč une confession vient l’innocenter
 la fatalitĂ© et les destins sacrifiĂ©s ont toujours inspirĂ© Verdi. OpĂ©ra noir et sombre, mais dramatiquement trĂšs intense, I Due Foscari reste mĂ©connu du grand public or il concentre dĂ©jĂ  le meilleur de Verdi. L’écriture y est concise, efficace, serrĂ©e, comme prĂ©cipitĂ©e prĂ©cisĂ©ment Ă  l’acte III avec la scĂšne flamboyante du carnaval…
Trop rare sur les scĂšnes lyriques, l’opĂ©ra de Verdi I due Foscari qui annonce Simon Boccanegra, traite de la solitude et de l’impuissance des puissants. A Venise, le Doge Francesco Foscari Ă©prouve la barbarie de l’exercice politique, tiraillĂ© entre l’intĂ©rĂȘt de sa famille et le bien public comme la nĂ©cessitĂ© d’Etat.‹CrĂ©Ă© au Teatro Argentina de Rome en 1844, I Due Foscari éclaire l’inspiration de Verdi fortement marquĂ© par Byron dont il adapte pour la scĂšne lyrique The two Foscari : sombre texte thĂ©Ăątral oĂč le doge de Venise, le vieux Francesco Foscari doit exiler son propre fils Jacopo, malgrĂ© son amour paternel et les suppliques de sa belle-fille, Lucrezia. Finement caractĂ©risĂ©e, Ă©pique et aussi, surtout, intime, la partition verdienne se distingue par sa justesse Ă©motionnelle dans le portrait du Doge Foscari, immersion au cƓur d’une Ăąme humaine, tiraillĂ©e et par lĂ , bouleversante. Verdi semble y prolonger ce rĂ©alisme lyrique dĂ©jĂ  si touchant chez Donizetti.
le doge Dandolo par TitienLes dĂ©chirements intĂ©rieurs du Doge Foscari Ă  Venise, annonce bientĂŽt la sombre mĂ©lancolie solitaire, et comme irradiĂ©e du Doge de GĂȘnes, Simon Boccanegra, oĂč Verdi dĂ©veloppe cette mĂȘme couleur gĂ©nĂ©rale magnifiquement sombre et prenante. Le sens de l’épure, l’économie psychologique ont desservi la juste apprĂ©ciation de l’oeuvre : ce regard direct sur le trĂ©fonds de l’ñme humaine, loin des retentissements et dĂ©flagrations collectives parfois assourdissantes voire encombrĂ©es (Don Carlos, La Forza del destino, Il Trovatore, sans omettre le dĂ©filĂ© de victoire d’Aida
 vĂ©ritable peplum Ă©gyptien) sont justement les points forts de l’écriture verdienne. Un nouvel aspect que l’auditeur redĂ©couvre et apprĂ©cie aujourd’hui. La scĂšne finale en particulier qui explore l’esprit agitĂ© et sombre du Doge Foscari reste le tableau le plus impressionnant: un monologue comparable Ă  la force noire de Boris Godounov de Moussorsgki et dans laquelle brilla le diamant profond de l’immense baryton verdien Piero Capuccilli
 Comme Titien portraitiste affĂ»tĂ© du Doge Francesco Venier dans un tableau dĂ©jĂ  impressionniste (illustration ci dessus : oĂč le politique paraĂźt affaibli, hagard, dĂ©fait, en rien aussi conquĂ©rant que le Doge Loredan auparavant peint par Bellini), Verdi brosse une figure saisissante par sa souffrance humaine: un politique, otage du Conseil des Dix, instance haineuse, policiĂšre, inhumaine : aprĂšs avoir pris la vie de son fils Jacopo, le Conseil des Dix lui demande de se dĂ©mettre de sa charge
 ultime sacrifice duquel le VĂ©nĂ©rable ne se relĂšve pas. Heureux marseillais qui pourront mesurer le talent du baryton Leo Nucci (notre photo ci dessus) verdien devenu lĂ©gendaire qui devrait en novembre 2015, Ă©clairer l sombre diamant qui Ă©treint le cƓur du grave et humain Francesco Foscari…

boutonreservationI due Foscari de Verdi Ă  l’OpĂ©ra de Marseille
Dimanche 15 novembre 2015, 14h30
Mercredi 18 novembre 2015, 20h
deux reprĂ©sentations Ă©vĂ©nements – version de concert

Samedi 7 novembre 2015, 15h , Foyer de l’OpĂ©ra
ConfĂ©rence prĂ©sentation de l’Ɠuvre, entrĂ©e libre dans la limite des places disponibles. RĂ©servation obligatoire : 04 91 55 11 10

Opéra en 3 actes
Livret de Francesco Maria PIAVE
d’aprĂšs la piĂšce de Lord BYRON
Création à Rome, Teatro Argentina, le 3 novembre 1844
PremiĂšre reprĂ©sentation Ă  l’OpĂ©ra de Marseille

Paolo Arrivabeni, direction

Lucrezia Contarini : Sofia SOLOVIY‹Pisana : Sandrine EYGLIER
Francesco Foscari :  Leo NUCCI‹Jacopo Foscari :  Giuseppe GIPALI‹Jacopo Loredano :  Wojtek SMILEK‹Barbarigo / Fante :  Marc LARCHER

I due Foscari depuis le Royal Opera House, Londres

Vague verdienne en juin 2014CinĂ©ma. Verdi : I due Foscari, le 27 octobre 2014, 20h en direct du Royal Opera House de Londres.  Les deux Foscari de Verdi, inspirĂ© de Lord Byron, est diffusĂ© en direct au cinĂ©ma depuis le Royal Opera House. En vedette le tĂ©nor cĂ©lĂ©brissime devenu baryton Placido Domingo chante le rĂŽle principal : Francesco Foscari. A ses cĂŽtĂ©s, le tĂ©nor Francesco  Meli interprĂšte son fils Jacopo. Le drame sombre, Ă©touffant pose les bases du thĂ©Ăątre intensĂ©ment dramatique de Verdi. L’Ɠuvre n’était plus jouĂ©e au Royal Opera House depuis 1995. Antonio Pappano en assure la direction musicale.

Informations et réservation sur http://www.rohaucinema.com/ ou aux caisses information des salles de cinéma partenaires.

royal opera house londres logoLa famille Foscari dans la Venise dĂ©cadente et cynique. Jacopo Foscari, le fils du Doge de Venise, est accusĂ© de meurtre et de trahison. MalgrĂ© les supplications de sa femme et de son pĂšre, il est condamnĂ© Ă  l’exil perpĂ©tuel, en particulier Ă  cause d’un ennemi, le sĂ©nateur Loredano. L’opĂ©ra de Verdi, adaptĂ© de la piĂšce de Lord Byron du mĂȘme nom, met en lumiĂšre l’impuissance d’un pĂšre face Ă  la cruautĂ© du monde. L’amour et la dĂ©termination de son pĂšre et de sa femme Lucrezia ne sauveront pas Jacopo qui meure au moment mĂȘme oĂč une confession vient l’innocenter
 la fatalitĂ© et les destins sacrifiĂ©s ont toujours inspirĂ© Verdi. OpĂ©ra noir et sombre, mais dramatiquement trĂšs intense, I Due Foscari reste mĂ©connu du grand public or il concentre dĂ©jĂ  le meilleur de Verdi. L’écriture y est concise, efficace, serrĂ©e, comme prĂ©cipitĂ©e. L’opĂ©ra au Royal Opera de Londres marque les dĂ©buts du metteur en scĂšne Thaddeus Strassberger. La richesse de la mise en scĂšne culmine Ă  l’acte III avec la scĂšne flamboyante du carnaval. Acteur hors pair, ayant un souci constant du verbe et du bien chanter, Placido Domingo impose un jeu Ă©conome oĂč tout passe par le chant.

En lire + sur le site du Royal Opera House, voir la liste des cinémas partenaires qui diffuse I Due Foscari

Titien: le doge Francesco VenierTrop rare sur les scĂšnes lyriques, l’opĂ©ra de Verdi I due Foscari qui annonce Simon Boccanegra, traite de la solitude et de l’impuissance des puissants. A Venise, le Doge Francesco Foscari Ă©prouve la barbarie de l’exercice politique, tiraillĂ© entre l’intĂ©rĂȘt de sa famille et le bien public comme la nĂ©cessitĂ© d’Etat.
CrĂ©Ă© au Teatro Argentina de Rome en 1844, I Due Foscari éclaire l’inspiration de Verdi fortement marquĂ© par Byron dont il adapte pour la scĂšne lyrique The two Foscari : sombre texte thĂ©Ăątral oĂč le doge de Venise, le vieux Francesco Foscari doit exiler son propre fils Jacopo, malgrĂ© son amour paternel et les suppliques de sa belle-fille, Lucrezia. TrĂšs caractĂ©risĂ©e, Ă©pique et aussi, surtout, intime, la partition verdienne se distingue par sa justesse Ă©motionnelle dans le portrait du Doge Foscari, immersion au cƓur d’une Ăąme humaine, tiraillĂ©e et par lĂ , bouleversante.

Placido Domingo chante Foscari en direct de Londres le 27 octobre au cinĂ©maLes dĂ©chirements intĂ©rieurs du Doge Foscari Ă  Venise, annonce bientĂŽt la sombre mĂ©lancolie solitaire irradiĂ©e du Doge de GĂȘnes, Simon Boccanegra, oĂč Verdi dĂ©veloppe cette mĂȘme couleur gĂ©nĂ©rale magnifiquement sombre et prenante. Le sens de l’épure, l’économie psychologique ont desservi la juste apprĂ©ciation de l’oeuvre : ce regard direct sur le trĂ©fonds de l’ñme humaine, loin des retentissements et dĂ©flagrations collectives parfois assourdissantes voire encombrĂ©es (Don Carlos, La Forza del destino, Il Trovatore, sans omettre le dĂ©filĂ© de victoire d’Aida
 vĂ©ritable peplum Ă©gyptien) sont justement les points forts de l’écriture verdienne. Un nouvel aspect que l’auditeur redĂ©couvre et apprĂ©cie aujourd’hui. La scĂšne finale en particulier qui explore l’esprit agitĂ© et sombre du Doge Foscari reste le tableau le plus impressionnant: un monologue comparable Ă  la force noire de Boris Godounov de Moussorsgki et dans laquelle brilla le diamant profond de l’immense baryton verdien Piero Capuccilli
 Comme Titien portraitiste affĂ»tĂ© du Doge Francesco Venier dans un tableau dĂ©jĂ  impressionniste (oĂč le politique paraĂźt affaibli, hagard, dĂ©fait, en rien aussi conquĂ©rant que le Doge Loredan auparavant peint par Bellini), Verdi brosse une figure saisissante par sa souffrance humaine: un politique, otage du Conseil des Dix, instance haineuse, policiĂšre, inhumaine : aprĂšs avoir pris la vie de son fils Jacopo, le Conseil des Dix lui demande de se dĂ©mettre de sa charge
 ultime sacrifice duquel le VĂ©nĂ©rable ne se relĂšve pas.

Verdi : I Due Foscari au Royal Opera House de Londres

Diffusé en direct au cinéma depuis le Royal Opera House le lundi 27 octobre à 20h15.
Rediffusé en novembre en différé dans les salles de cinéma partenaires

Chef d’orchestre : Antonio Pappano
Francesco Foscari : Plåcido Domingo
Jacopo Foscari : Francesco Meli
Lucrezia Contarini : Maria Agresta
Jacopo Loredano : Maurizio Muraro
Barbarigo : Samuel Sakker
Pisana : Rachel Kelly
ChƓurs du Royal Opera 
Orchestre du Royal Opera House

Mise en scÚne de Thaddeus Strassberger
DĂ©cors : Kevin Knight
Costumes  : Mattie Ullrich
Éclairage : Bruno Poet

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, 16 mai 2014. Verdi: I due Foscari. Gianluigi Gelmetti : direction musicale. Stefano Vizioli: mise en scÚne.

Les idĂ©es fausses ont parfois la vie dure. I due Foscari est tout sauf un opĂ©ra de jeunesse Ă  oublier et Verdi a Ă©crit une partition superbe, injustement mĂ©connue contrairement Ă  ce qui a souvent Ă©tĂ© dit et Ă©crit. Rendons grĂące au directeur FrĂ©dĂ©ric Chambert qui a rĂ©unis tous les moyens pour faire de cette production du Capitole une rĂ©ussite totale. Le public a semblĂ© ravi et a fait un beau triomphe Ă  cette production. La mort rode dans Venise et la vengeance dĂ©cime une famille sous les yeux du spectateur. Le rĂŽle du « mĂ©chant » Jacopo Loredano, est dĂ©volu Ă  une basse mais n’est pas aussi dĂ©veloppĂ© que Wurm, Macbeth, le Grand Inquisiteur ou Iago dans les opĂ©ras futurs ; pourtant ses machinations sont terriblement efficaces. Il parvient Ă  devenir Doge Ă  la toute fin de l’ouvrage ayant conduit le fils du Doge et le Doge Ă  la mort par dĂ©sespoir. Le ressort psychologique est assez fin car finalement toutes les valeurs conduisent les hĂ©ros Ă  la mort. Le pĂšre en tant que Doge doit participer Ă  la condamnation de son fils et son refus d’utiliser son pouvoir pour sauver son enfant le conduira Ă  condamner un innocent. Le fils de ce noble Doge a hĂ©ritĂ© de fortes valeurs patriotiques et d’amour de la famille qui ne lui permettent pas de survivre Ă  l‘injustice de sa condamnation et Ă  la sĂ©paration dĂ©finitive par l‘exil de tout ce qui compte pour lui : sa patrie, son rang,  sa famille. La femme du condamnĂ© avec noblesse demande Ă  suivre son mari en exil 
 ce qui lui est refusĂ©. Elle aussi est donc brisĂ©e, privĂ©e de soutien, mĂšre de deux orphelins Ă  l‘avenir bien sombre.

 

 

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La douleur est superbement source de musiques trĂšs belles du jeune Verdi. Des grands airs sont offerts aux solistes et la  grande scĂšne  de la soprano Ă  l’acte I est dans les pas du Miserere du TrouvĂšre. La scĂšne de folie du tĂ©nor Ă  l’acte II est un grand air, beau et puissant. Quand au rĂŽle du Doge dĂ©volu Ă  un baryton, il requiert un artiste Ă  la vocalisĂ© impeccable, ayant une sens du drame et des mots avec en particulier une grande scĂšne au dernier acte sur la vanitĂ© du pouvoir, de haute inspiration. L’orchestration est richement colorĂ©e et de superbes moments sombres accompagnent le drame. Certes Verdi se soumet encore aux formes de l‘opĂ©ra romantique italien de ses prĂ©dĂ©cesseurs, ainsi des cabalettes terminent souvent les airs fermĂ©s, mais des moment plus libres font Ă©clater le cadre.

Un sombre verdi inconnu et superbe

Dans la production capitoline, la mise en scĂšne, les dĂ©cors, les costumes et les lumiĂšres se complĂštent pour rendre justice au drame verdien. Le dĂ©cors avec l’immense tĂȘte du vrai Francesco Foscari et ensuite l’énorme tĂȘte de lion sont les uniques Ă©lĂ©ments de dĂ©cor ; mais ils offrent une puissance d’évocation peu commune. Les costumes sont riches avec des velours lourds aux couleurs variĂ©es. Globalement l’époque des faits est respectĂ©e et rien d’incongru ne vient divertir de l‘action. La sobriĂ©tĂ© des acteurs sied bien Ă  cette action intĂ©riorisĂ©e plongeant dans l’ñme des personnages. Musicalement, la direction de Gianluigi Gelmetti est efficace, prĂ©cise : on devine son plaisir Ă  faire sonner le superbe orchestre du Capitole en pleine forme. Il peut se permettre cette puissance car les chanteurs ont tous des moyens adĂ©quats. Tamara Wilson est un grand soprano verdien spinto. Capable d’aigus tranchants et charnus, ses graves sont corsĂ©s et le mĂ©dium, homogĂšne. In Loco, sa LĂ©onora du TrouvĂšre avait dĂ©jĂ  convaincu. Elle porte le rĂŽle de Lucrezia au mĂȘme niveau d’intensitĂ©. Le tĂ©nor vĂ©nĂ©zuelien, Ă©lĂšve d’ Alfredo Krauss Ă  Madrid, Aquiles Machado, est une voix Ă  suivre. La puissance alliĂ©e Ă  la finesse des nuances avec de superbes messe di voce lui permet de briguer bien des rĂŽles verdiens. TrĂšs engagĂ© scĂ©niquement, il porte lâ€˜Ă©motion de ce rĂŽle de condamnĂ© perdu d’avance, avec Ă©loquence et noblesse. Les deux voix sont superbes de couleurs, de textures, de richesses harmoniques ; leur duo est donc un trĂšs grand moment. Le baryton Sebastian Catana incarne le rĂŽle du Doge et du pĂšre qui perd tout espoir avec une intensitĂ© vocale et scĂ©nique d’une grande efficacitĂ©. Verdi demande dĂ©jĂ  pour ce rĂŽle une longue voix de baryton, des couleurs variĂ©es et un sens du texte inhabituel. Le compositeur reviendra Ă  cette figure de pouvoir meurtrie avec Simon Boccanegra mais dĂ©jĂ  ici le rĂŽle est magnifique.

La distribution des trois rĂŽles principaux est donc proche de l’idĂ©al. Les choeurs puissants ont rendu hommage Ă  l‘inspiration verdienne bien connue. Le rĂŽle pas trĂšs dĂ©veloppĂ© de la « mĂ©chante » basse est trĂšs intensĂ©ment incarnĂ© par le jeune Leonardo Neiva Ă  l’autoritĂ© dĂ©jĂ  impressionnante. Les autres petits rĂŽles y compris ceux sortis du choeur sont excellents,  ce qui dans ce niveau vocal n’est pas peu dire.

Au final  les deux Foscari a été représenté dans une production de haute tenue à Toulouse. La retransmission le vendredi 23 mai sur Radio Classique permettra à chacun de découvrir avec plaisir un bel opéra de Verdi dans une distribution magnifique.

 

 

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Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, 16 mai 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901): I due Foscari, OpĂ©ra tragique en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs une piĂšce de Byron, crĂ©Ă© le 3 novembre 1844 au Teatro Argentina, Rome. Stefano Vizioli: mise en scĂšne; Cristian Taraborrelli : dĂ©cors; Annamaria Heinreich : costumes ; Guido Petzold : lumiĂšres ; Avec:Sebastian Catana, Francesco Foscari ; Aquiles Machado, Jacopo Foscari; Tamara Wilson, Lucrezia Contarini; Leonardo Neiva, Jacopo Loredano ; Francisco Corujo, Barbarigo ; AnaĂŻs Constans, Pisana ; Choeur du Capitole,Alfonso Caiani direction; Orchestre National du Capitole; Gianluigi Gelmetti : direction musicale.

Illustrations : I Due Foscari de verdi à Toulouse © P. Nin 2014

 

Il Due Foscari Ă  Toulouse

Vague verdienne en juin 2014Radio  classique. Le 23 mai 2014, 20h. Verdi: I Due Foscari, en direct de Toulouse. Trop rare sur les scĂšnes lyriques, l’opĂ©ra de Verdi I due Foscari qui annonce Simon Boccanegra, traite de la solitude et de l’impuissance des puissants. A Venise, le Doge Francesco Foscari Ă©prouve la barbarie de l’exercice politique, tiraillĂ© entre l’intĂ©rĂȘt de sa famille et le bien public comme la nĂ©cessitĂ© d’Etat.
CrĂ©Ă© au Teatro Argentina de Rome en 1844, I Due Foscari éclaire l’inspiration de Verdi fortement marquĂ© par Byron dont il adapte pour la scĂšne lyrique The two Foscari : sombre texte thĂ©Ăątral oĂč le doge de Venise, le vieux Francesco Foscari doit exiler son propre fils Jacopo, malgrĂ© son amour paternel et les suppliques de sa belle-fille, Lucrezia. TrĂšs caractĂ©risĂ©e, Ă©pique et aussi, surtout, intime, la partition verdienne se distingue par sa justesse Ă©motionnelle dans le portrait du Doge Foscari, immersion au cƓur d’une Ăąme humaine, tiraillĂ©e et par lĂ , bouleversante.

le doge Dandolo par TitienLes dĂ©chirements intĂ©rieurs du Doge Foscari Ă  Venise, annonce bientĂŽt la sombre mĂ©lancolie solitaire irradiĂ©e du Doge de GĂȘnes, Simon Boccanegra, oĂč Verdi dĂ©veloppe cette mĂȘme couleur gĂ©nĂ©rale magnifiquement sombre et prenante. Le sens de l’épure, l’économie psychologique ont desservi la juste apprĂ©ciation de l’oeuvre : ce regard direct sur le trĂ©fonds de l’ñme humaine, loin des retentissements et dĂ©flagrations collectives parfois assourdissantes voire encombrĂ©es (Don Carlos, La Forza del destino, Il Trovatore, sans omettre le dĂ©filĂ© de victoire d’Aida
 vĂ©ritable peplum Ă©gyptien) sont justement les points forts de l’écriture verdienne. Un nouvel aspect que l’auditeur redĂ©couvre et apprĂ©cie aujourd’hui. La scĂšne finale en particulier qui explore l’esprit agitĂ© et sombre du Doge Foscari reste le tableau le plus impressionnant: un monologue comparable Ă  la force noire de Boris Godounov de Moussorsgki et dans laquelle brilla le diamant profond de l’immense baryton verdien Piero Capuccilli
 Comme Titien portraitiste affĂ»tĂ© du Doge Francesco Venier dans un tableau dĂ©jĂ  impressionniste (oĂč le politique paraĂźt affaibli, hagard, dĂ©fait, en rien aussi conquĂ©rant que le Doge Loredan auparavant peint par Bellini), Verdi brosse une figure saisissante par sa souffrance humaine: un politique, otage du Conseil des Dix, instance haineuse, policiĂšre, inhumaine : aprĂšs avoir pris la vie de son fils Jacopo, le Conseil des Dix lui demande de se dĂ©mettre de sa charge
 ultime sacrifice duquel le VĂ©nĂ©rable ne se relĂšve pas.

Verdi à Liùge: I due Foscari, d’aprùs Byron
en direct de Toulouse, sur Radio Classique.Le 23 mai 2013, 20h.
A l’affiche du Capitole de Toulouse, les 16,18,20,23,25 mai 2014.

Gianluigi Gelmetti, direction
Sebastian Catana, Francesco Foscari
Aquiles Machado, Jacopo Foscari
Tamara Wilson, Lucrezia Contarini
Leonardo Neiva, Jacopo Loredano
Orchestre et chƓur du Capitole