Lady Macbeth de Mzensk

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Samedi 27 fĂ©vrier 2016, 19h. Chostakovitch : Lady Macbeth de Mzensk. SoirĂ©e opĂ©ra sur France Musique.  Dès sa crĂ©ation Ă  Saint-Petersbourg, alors Leningrad en 1934, – Chosta est âgĂ© de 28 ans (!), l’ouvrage suscite un immense et durable succès. Après la 83 ème reprĂ©sentation, Staline, qui avait voulu suivre l’action lui-mĂŞme, Ă©crit dans la Pravda, une violente diatribe contre la “cacophonie musicale” ainsi incriminĂ©e. AussitĂ´t l’opĂ©ra est retirĂ© – puis rĂ©visĂ©e et adaptĂ©e sous un nouveau titre (Katerina Ismailova) et Chostakovitch sommĂ© de retourner dans la norme audible. Le compositeur est suspectĂ© de connivence occidentale, pas assez populaire et communiste. Un dĂ©voyĂ©… Ă  surveiller. Ainsi commencent les relations entre le compositeur et le rĂ©gime soviĂ©tique, passablement entachĂ©es de quiproquos, d’ambivalences troubles, qui n’en finiront pas de malmener psychologiquement l’auteur. Chostakovtich est prĂŞt Ă  partir de ce moment Ă  partir de sa maison, fuir la terreur ambiante, une valise dĂ©jĂ  remplie sous le lit… L’histoire est plutĂ´t scandaleuse mais emprunte au romantisme noir et cru de NikolaĂŻ Leskov : Ă©pouse d’un marchand, Katerina s’ennuie ferme ; elle trompe son Ă©poux en couchant avec l’u de ses employĂ©s, le beau SergueĂŻ ; puis Ă©trangle son mari et empoisonne son beau-père en lui servant un plat de champignons empoisonnĂ©s.  EN somme, un dragon domestique, obsĂ©dĂ© du sexe et prĂŞte Ă  tout pour satisfaire son dĂ©sir. Mais les deux amants criminels sont arĂŞtĂ©s et emmenĂ©s en SibĂ©rie : lĂ , SergueĂŻ trompe Katerina avec une captive plus jeune et dĂ©sirable : de dĂ©pit et de rage, Katerine pousse la jeune femme dans l’eau glacĂ©e et se jette avec elle.

dmitri-chostakovitchTout est donc glacial, froid, sordide. Mais la musique de Chostakovitch dĂ©voile un gĂ©nie dramatique aussi puissant et tragique que La Dame de Pique de Tchaikovski. Staline avait fustigĂ© le propos immoral du sujet, que le traitement orchestral magnifie davantage (le chant du cor descendant accompagnant la dĂ©tente des corps post coĂŻtum). De toute Ă©vidence le dictateur sanguinaire ne s’Ă©tait pas trompĂ© sur la violence sublime de la musique qui offre Ă  la cruditĂ© de l’action, un souffle d’une magnĂ©tique grandeur. Ce qui intĂ©resse Chostakovitch ici, c’est l’expression libre, fauve, fĂ©line de la sexualitĂ© tout Ă  coup libĂ©rĂ©e, accĂ©lĂ©rateur d’Ă©mancipation pour une femme jusque lĂ  sĂ©questrĂ©e, incomprise (voire humiliĂ©e par son beau-père), solitaire, impuissante.  MaĂ®tre de son orchestre, Chostakovitch cisèle les grincements acĂ©rĂ©s, incandescents des instruments. DĂ©jĂ , le compositeur se montre redoutable dans l’essor d’un style double : lyrique et parodique, satirique et dĂ©lurĂ©, d’une ivresse qui confine toujours au cauchemar, entre sincĂ©ritĂ© et masque. La rĂ©alitĂ© que la musique magnifie est plus psychologique que dramatique : de superbes climats d’angoisse et de terreur, hallucinations comme dans un songe dĂ©moniaque Ă©veillĂ©, surgissent avec un sens millimĂ©trĂ© du montage ; car Chostakovitch en fournissant nombre de musiques pour des films muets, a affĂ»tĂ© sa maĂ®trise des enchaĂ®nements, mais aussi du dĂ©veloppement et de la gradation de chaque tableau. Pour nous, Mstislav Rostropovitch et Myung Whun Chung ont signĂ© de très convaincantes versions de l’opĂ©ra interdit de Chostakovitch.

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