La Ville morte de Korngold à Nantes

korngold erich_korngold unelogo_francemusiqueRADIO.France Musique, samedi 25 avril 2015, 19h. Korngold: La Ville Morte. Production événement reprise par Angers Nantes Opéra en mars dernier, La Ville Morte, opéra de jeunesse de Korngold (composé avec son père) et créé en 1920, serait le dernier grand opéra romantique assimilant et Strauss, et Wagner et Lehar. Une fresque flamboyante et lyrique qui adapte au théâtre, l’univers symboliste du roman Bruges la morte de Rodenbach. Paul est un jeune veuf qui ne parvient pas à se remettre de la mort de sa femme, Marie : rêve-t-il ou vit-il chaque scène d’un songe cauchemardesque? La jeune comédienne Marietta qui lui rappelle tant son aimée perdue, ne cesse pourtant de parjurer son idéal de pureté et d’absolu religieux. Futur compositeur pour Hollywood, Korngold naîtrise déjà tout le langage de l’orchestre et de l’opéra dans ce chef d’oeuvre absolu qui recycle avec tempérament et originalité l’opéra fleuve, autre défi pour les metteurs en scène et les chefs, La Femme sans ombre de Strauss.

Lire aussi le contre rendu critique de notre rédacteur Alexandre Pham qui assistait à la représentation nantaise du 13 mars dernier : La Ville Morte de Korngold présenté par Angers Nantes Opéra :

« La Ville morte c’est Bruges selon la vision de Paul : un monde sans espoir ni rémission. Le veuf inconsolable depuis la perte de son épouse Marie, s’enfonce dans un état dépressif dont l’opéra offre plusieurs facettes délirantes quoi qu’intensément poétiques.  C’est le génie du compositeur qui la vingtaine triomphante, assure à l’orchestre une langue flamboyante inversement suractive à l’apathie du héros.

Mort et illusion

korngold-villl-morte-angers-nantes-opera-plan-general-acte-I-copyright-jeff-rabillon-2015-angers-nantes-operaSoulignons d’emblée, la direction qui souligne le flux organique la démesure délirante et orgiaque de l’écriture orchestrale tout en n’oubliant pas toutes les autres sources et climats auxquels le jeune prodige Kongold a su puiser : l’incroyable sensualité de la Salomé de Strauss (pour les scènes de Marietta), les accents épiques et l’atmosphère mystérieuse et fantastique de La femme sans ombre du même Strauss,  l’expressionnisme post romantique d’un Schoenberg,  l’instrumentation mahlérienne aussi (ses climats et alliances instrumentales singulières), sans omettre l’orientalisme mélodique caressant, élégantissime d’un Lehar.  Cette culture musicale plutôt dense, se révèle dans la direction du chef Thomas Rösner et tout le mérite lui revient de porter l’architecture dramatique d’une oeuvre miroitante, en bien des points de vue fascinante : la succession des épisodes si contrastés dont il rétablit sous l’ampleur cinématographique de l’écriture symphonique,  la charge satirique et souvent grinçante du drame : tout le tableau dyonisiaque et délirant (parodie de Robert le Diable à l’acte II) où Paul imagine Brigitta en nonne – un nouvel avatar pour celle qui vit dans l’adoration,  de Paul puis de Dieu,  selon les propres termes de l’excellente mezzo Maria Riccarda Wesseling. C’est surtout un tableau charge contre la pensée corsetée du veuf, contre l’image de Brugges la morte (et la très pieuse) qui s’interdit tout nouveau souffle.

korngold-juntunen-helena-marietta-opera-nantes-graslin-jusqu-au-17-mars-2015Dans ce parcours spirituel et chaotique qui met en images le délire dépressif du héros percent plusieurs scènes et tempérament. La romance fascinée du Pierrot,  véritable double parodique de Paul, (somptueuse valse nostalgique “mon désir,  mon délire….”) la propension du drame pour le cauchemar et l’angoisse déformante qui fait naître dans l’esprit dépressif du pauvre Paul,  une tangible course à l’abîme. Le timbre articulé et subtilement suave du jeune baryton John Chest est à saluer. L’ivresse dont se réclame la si lascive Marietta est exprimée par l’enflure océane de l’orchestre,  un prolongement naturel du Strauss de La Femme sans ombre dont l’effectif orchestral est, comme ici, le plus vaste du répertoire. La proposition scénique de Philipp Himmelmann donne à voir la folie diffractée de Paul sous l’aspect d’une plateforme divisée en 6 cubes espaces, tour à tour éclairés, dont l’action est parfois simultanée. LIRE  la critique complète de La Ville Morte de Korngold par Alexandre Pham

VOIR notre reportage vidéo complet La ville Morte Die Töte stadt de Korngold présenté par Angers Nantes Opéra en mars 2015

France Musique, samedi 25 avril 2015, 19h. Korngold: La Ville Morte.

 

Angers Nantes Opérakorngold la ville morte angaers nantes operaville
Erich Wolfgang Korngold : Die Tote Stadt : La Ville Morte
Production créée à Nancy le 9 mai 2010

Thomas Rösner, direction
Philipp Himmelmann, mise en scène

Daniel KirchPaul
Helena JuntunenMarietta
Allen BoxerFrank
Maria Riccarda WesselingBrigitta
Elisa CenniJuliette
Albane CarrèreLucienne
Alexander SpragueVictorin et Gaston
John ChestFritz
Rémy MathieuLe Comte Albert

Nantes, Théâtre Graslin : les 8, 10, 13, 15 (14h30), 17 mars 2015 à 20h.

 

 

 

 

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