La Juive de Halévy à Strasbourg

juive-halevy-opera-du-rhin-presentation-pertinence-opera-classiquenewsSTRASBOURG. Opéra du Rhin, du 3 au 14 février 2017. La Juive de Halévy. Le grand opéra français romantique s’offre en 1835 avec Halévy, à l’époque où Donizetti fixe dans Lucia di Lammermoor, l’archétype de l’opéra romantique italien, une lecture sauvage et franche de la manipulation religieuse. Un père peut-il se venger sur sa propre fille (même adoptive) des humiliations vécues à cause de sa foi ? Les apparences sont parfois trompeuses : la jeune Rachel n’est peut-être pas si juive qu’elle en a l’air. Dans une ville en proie à l’antisémitisme le plus virulent, l’orfèvre Eléazar possède une arme secrète qu’il s’apprête à faire éclater pour punir ceux qui le maltraitent. Mais a-t-on le droit de sacrifier un enfant au nom de ses convictions ?
La Juive n’est pas qu’une oeuvre pharaonique, connue et applaudie par le public bourgeois, après la Monarchie de Juillet, pour l’ampleur et le spectaculaire de ses décors. Avant l’effroyable génocide perpétré par les nazis au XX ème siècle, l’ouvrage clame déjà son chant de tolérance en 1835, contre toutes les formes de fanatisme, revêtant de ce fait, une violence visionnaire assez troublante.
CONTRE TOUS LES FANATISMES… A son époque, La Juive fut unanimement acclamée, -certes davantage pour son décorum que pour son idéologie humaniste-, citée par Proust dans La Recherche… Un tel succès, durable, permit à son auteur, Halévy, d’être élu à l’Académie des Beaux-Arts dès 1836. En mars 2017, l’Opéra Bastille selon le voeu de Gérard Mortier avait accueilli la partition emblématique de l’opéra romantique français, tout en soulignant combien, – colloque à la clé, il s’agissait d’une oeuvre militant pour la tolérance.
Halevy Fromental_Halevy_by_Etienne_Carjat-cropEcrite entre 1833 et fin février 1835, puis créée à Paris en 1835, La Juive suscita lap participation active du librettiste Scribe, mais aussi du ténor Adolphe Nourrit qui se battit pour obtenir le rôle d’Eléazar. Le drame, édifiant, éloquent, spectaculaire et aussi fortement psychologique, grâce au rôle captivant terrifiant d’Eleazar où brilla le ténor mythique pour le personnage, Neil Schikof, reçut l’enthousiasme de Wagner puis de Mahler, que la question du juif à l’opéra, a lui aussi passionné. Les méfaits du fanatisme y sont abordés crûment : “le Judaïsme est montré comme la religion d’un dieu sévère et vengeur, alors que celui du catholicisme est clément et bienveillant“. Ainsi s’affirment, chacun selon ses croyances, les protagonistes de cette fresque historique : Ruggiero, Eléazar, Rachel, Eudoxie et Leopold… la psychologie des caractères est réévaluée sous le prisme de la religion, en fonction du passé de chaque individu. L’auteur aurait pu reprendre mot pour mot le titre du chapitre précédent. Hymne pour la tolérance, contre toutes les formes de radicalisme, La Juive révèle l’horreur d’une action conduite par l’intolérance et par la haine de l’autre. Dans l’oeuvre de Scribe et Halévy: “Tout fanatisme entraîne en fin de compte la destruction des enfants”. Quels parents peuvent-ils défendre une telle vision criminelle, barbare, anti humaniste ?
C’est aussi d’une certaine façon, non plus la dénonciation du groupe en déni, passif et absent mais plutôt e un réalisme porteur de vérité visionnaire, véritable foule haineuse, prête à tuer, dévorer, massacrer au nom d’une cause “juste” et partagée. La haine de l’autre devient “mort par le feu” quand la lapidation n’est plus de mise. C’est le principe cyclique et permanent de “l’assassinat collectif”.
Dans La Juive, se précise la réussite du grand opéra, romantique et français. Comment expliquer que La Juive, connut le haut de l’affiche 562 fois jusqu’à son retrait en 1934, sous la montée du nazisme? La longévité d’une oeuvre adulée explique a contrario de notre connaissance contemporaine, que le “grand opéra” était la forme la plus admise de l’Opéra français au XIX ème siècle. Ainsi emblématique de la politique artistique du directeur de l’Opéra de la salle Le Pelletier d’alors, Véron, l’opéra de Fromental Halévy est-il devenu le divertissement privilégié du public bourgeois, après la Monarchie de Juillet. C’est la raison pour laquelle l’opéra La Juive inaugure le nouvel opéra de Garnier, le 5 janvier 1875. En tant que parfaite réalisation du “grand genre”, l’ouvrage est alors représenté aux côtés de La Muette de Portici, du Guillaume Tell, des Huguenots, composant désormais le quatuor emblématique du “grand opéra” à la française.

LA QUESTION JUIVE EN 1835. En 1835, l’égalité civile reconnue aux juifs de France a été instituée (en 1791), et même Napoléon va plus loin encore en proclamant en 1806, le Consistoire et le grand Sanhédrin. Composer un opéra sur La Juive, avant les événements de la Shoah, que nous avons, hommes du XX ème et du XXI ème siècle, tous en mémoire, paraît d’autant plus visionnaire. Fouillant les multiples enseignements d’une partition unique, qui dévoile aussi les méandres de la psyché tout en convoquant avec scrupule l’histoire, Halévy conçoit presque malgré lui – car en avait-il conscience alros, une scène théâtrale qui donne une clé à l’humanité pour son futur meilleur: “…tout l’opéra baroque impose aux hommes la loi divine (Idomeneo de Mozart) et même Don Giovanni cultive in fine après la fin de l’homme la confiance dans le Ciel. A l’inverse, La Juive s’adresse à des hommes ayant appris de l’histoire que c’est à eux de vaincre la fatalité ancestrale et fratricide en devenant eux-même maitres de leur destin. L’humanité hérite au travers de son histoire de fronts de guerre et de barbarie de plus en plus nombreux. Il nous reviendrait donc par obligation morale comme par salut pour la continuité de notre espèce, de renouer avec la paix. L’opéra comme scène révélatrice offre un rappel de ce constat.

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STRASBOURG, Opéra du Rhin : La Juive
Opéra en cinq actes  – Livret d’Eugène Scribe
Créé le 23 février 1835, à l’Opéra de Paris, Salle Le Peletier

Direction musicale : Jacques Lacombe
Mise en scène : Peter Konwitschny
Éléazar: Roberto Saccà
Rachel: Rachel Harnisch
La Princesse Eudoxie: Ana-Camelia Stefanescu
Léopold: Robert McPherson
Le Cardinal Brogni: Jérôme Varnier
Ruggiero: Nicolas Cavalier

Chœurs de l’Opéra national du Rhin
Orchestre symphonique de Mulhouse

Les 3, 6, 9, 12 (15h) et 14 février 2017, à 20h

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