José de Nebra: Amor aumenta el valor, 1728. France Musique, mardi 25 septembre 2012 à 20h


José de Nebra


Amor Aumenta el valor
, 1728

France Musique
Mardi 25 septembre 2012, 20h

Concert enregistré lors du dernier festival de Sablé 2012 (24 août 2012): le programme présenté reprend le sujet du dernier disque de l’ensemble ibérique baroque, Los Musicos de su Alteza. Luis Antonio Gonzalez, direction et orgue..
Lisbonne, janvier 1728: les deux dynasties
ibériques, portugaises et espagnoles célèbrent leurs doubles noces par
la création d’un opéra du cru. Quand le Prince des Asturies, futur
Ferdinand VI d’Espagne, épouse Marie Barbara de Bragance, infante du
Portugal (princesse mélomane, élève de Domenico Scarlatti) et que
simultanément l’infante espagnole Marie Anne Victoire s’unit au Prince
du Brésil, héritier de la couronne portugaise, trois compositeurs de la
Cour lisboète s’accordent pour créer un opéra de circonstance: Amor aumenta el valor
(Amour redonne du courage), donné dans le petit théâtre du palais de
l’Ambassadeur espagnol près la Cour portugaise, Don Carlos Ambrosio
Spinola. Le compositeur espagnol José de Nebra et les
deux italien, Filippo Falconi, Giacomo Facco s’emparent du livret de
José de Cañizares: ils en font une perle lyrique, parmi une
programmation qui en comprenaient bien d’autres dont un opéra de
Domenico Scarlatti. La dépense fut telle que l’Ambassadeur en resta
endetté toute sa vie!

Les interprètes s’intéressent en
particulier à l’acte composé par l’espagnol Nebra (premier acte):
originaire de Calatayud et Cuenca, le jeune organiste bénéfice malgré
son jeune âge, d’une commande de cour qui montre la notoriété dont il
est l’insigne porteur. Organiste à Madrid (Real monasterio de las
Descalzas), élève du compositeur de zarzuelas José de San Juan, Nebra
éblouit par son génie dramatique entre poésie suave et rage expressive.
En fait la coopération entre le librettiste Cañizares et Nebra est
attestée depuis 1725 pour comedias et autosacramentales. Le premier acte
d’Amor aumenta el valor démontre un Nebra dramaturge
superlatif, capable musicalement d’exprimer la psychologie des
personnages, en variant les épisodes, les climats émotionnels (coupe,
abattage des airs de Horatio et de Clelia: Sopla el boreas irritado où la ligne de chant et l’orchestre coloré, suragité expriment les mouvements de borrée et de la tempête marine évoqués!).

José Pizarro en Mimo est un ténor dramatique et vocalement subtil, hargne profane et désirante; même engagement de la soprano Marta Infante
(Porsenna), véritable incarnation pleine de flammes et d’un emportement
proche de la commedia dell’arte, au picaresque plein de panache surtout
dans ses récitatifs comme sculptés à vif. Beau timbre douloureux et
expressif d’Olalla Aleman dans le rôle d’Horacio (voix envoûtante et sincère accompagnée par les flûtes obligées de l’air développé: Ay Amor ay Clelia mia: lamento amoureux pleurant sa belle Clelia), digne de figurer dans un opéra du Saxon! Même ivresse pétulante de Maria Eugenia Boix qui
fait une Clelia pleine de piquant et même survoltée dans son dernier
air comme soliste… même si la voix n’est pas toujours juste et d’un
mordant parfois acide.

Le chef Luis Antonio Gonzalez démontre
une exceptionnelle vitalité expressive au service d’une partition
particulièrement contrastée, souvent passionnante. Nervosité chaloupée
et vivacité hargneuse, traversée par un noble sentiment d’urgence, le
continuo reste d’un bout à l’autre d’une fluidité épicée que renforce
l’éclat des combinaisons de timbres choisies (les cordes sont doublées
par les hautbois): voici un geste haendélien dans ses rebonds
expressifs, mais ibérique absolument par cette tenue cabrée, ce
précipité chorégraphique qui transforme chaque accent d’aria en vague
opulente et féline. En privilégiant surtout le théâtre et la passion
naturelle et vive, la réussite de cet enregistrement est totale,
particulièrement accomplie dans le duo final (Horatio/Clelia), ouvert,
qui laisse la fin s’écouler avec une élégance printanière et une
dignité aristocratique, très convaincantes.

José de Nebra (1702-1768): Amor Aumenta el valor (acte I), Lisboa, 1728. Los Musicos de su Alteza. Luis Antonio Gonzalez, direction et orgue. Extrait de la critique du cd ” José de Nebra (1702-1768): Amor Aumenta el valor (acte I), Lisboa, 1728. Los Musicos de su Alteza. Luis Antonio Gonzalez, direction et orgue.’ , par notre collaborateur Camille de Joyeuse

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