Ivo Pogorelich, piano. Concerts 2014

Pogorelich ivo portrait 2014 concert ivo pogorelich HD4©Alfonso Batalla Photography, BilbaoIvo Pogorelich, piano. Récitals, les 19 juillet, 8 et 14 octobre 2014. Interprète passionné à l’exigence radicale, le pianiste croate (comme son frère cadet Lovro) Ivo Pogorelich, – la cinquantaine radieuse-, revient sur la scène européenne avec quelques dates en France (forcément incontournables). Le magicien du piano, capable de transcender l’acte pianistique en autant de crépitements poétiquement fouillés, nous offre deux récitals : Chopin (à Nohant cet été) et Schumann (Concerto pour piano en octobre : consulter l’agenda en fin d’article). Tel un lutin facétieux, le pianiste semble jouer de l’énergie musicale, d’une main à l’autre. La pensée de l’interprète semble à force d’investissement faire jaillir l’esprit frondeur, troublant, contradictoire, expérimental de la matière sonore ainsi restituée : intimité de Chopin, et tout autant déflagrations dépressives, mais aussi ambition et volonté reconstructive de l’interprète qui a toujours ce don inouï pour exprimer comme s’il s’agissait des siens propres, les élans, arcanes, enjeux de chaque partition. C’est pourquoi son Schumann concertant annoncé (octobre prochain à Paris puis Aix) devrait au concert promettre bien des accomplissements majeurs, des perspectives inédites là encore qui procurent ce grand frisson tant espéré et donnent le sentiment de vivre dans l’instant suspendu, la force vitale de chaque partition. Certes sa vision engendre liberté (rubato personnel : accelerendos, diminuendos de la main droite, celle qui dessine les arabesques) mais aussi respect de la partition (tactus strict de la main gauche)… Emotionnel, intuitif, sanguin, Ivo Pogorelich l’est tout à la fois ; mais la sentimentalité dont on a parlé et qui reste manifeste, sert toujours la finesse et l’élégance flexible du discours musical. C’est pourquoi son jeu sait transmettre et la clarté de l’architecture et la violence des contrastes dramatiques.

La musique qui foudroie d’un Prométhée généreux

Transmetteur inspiré, passeur de rêve, Ivo Pogorelich est tout cela à la fois, avec cette nouvelle curiosité – nous vous l’avons dit : la cinquantaine radieuse- : un scrupule inégalé, inédit pour le son… un son filigrané, aux phrasés subtils et ciselés, qui interroge l’espace même de chaque note, comme s’il en creusait chaque résonance vers l’infini.
pogorelich-ivo-chopin-preludes-deutshe-grammophonOn se souvient qu’en 1980, candidat finaliste au Concours Chopin de Varsovie, Ivo Pogo fut éliminé malgré sa digitalité fougueuse et articulée, provoquant alors la démission au sein du jury, de l’impératrice du piano, Marta Argerich soi-même, attérée par une telle décision. Écarté de la compétition, le jeune favori soutenu par la prêtresse Argentine connut cependant sous étiquette Deutsche Grammophon, une carrière très médiatisée comme s’il avait remporté la compétition polonaise. Mais le destin allait l’éprouver gravement, profondément, indirectement : son épouse et ex professeure Aliza Kezeradze meurt subitement d’un cancer en 1996. Dès lors foudroyé, l’artiste sombre dans la solitude à l’écart des salles de concert et d’enregistrement. Les années 2010 marqueraient-elles la fin du repli, de l’éloignement et de l’introspection ? Tel Jupiter ornementant, ou mieux, Prométhée généreux, dispensant le feu sacré, voici à nouveau le prince éclatant d’une puissance de frappe et de caresses renouvelée, réellement enivrée, enivrante, Ivo Pogorelich pour plusieurs concerts en France… Récitals événements.

 

 

 

 

 

Ivo Pogorelich en concert en France

juillet, octobre 2014 – printemps 2015

 

Récital Chopin, Liszt
Nohant (Festival Chopin), le 19 juillet 2014
Bergerie-auditorium (36400 Nohant) à 20h30

Concerto pour piano en la mineur op.54 de Schumann
Paris (Cité de la Musique), le 8 octobre
Aix en Provence (Grand Théâtre de Provence), le 14 octobre 2014
avec le Brussels Philharmonic. Michel Tabachnik, direction

Printemps 2015
Récital Liszt, Stravinsky (Petrouchka) et Brahms
Arsenal de Metz puis Salle Gaveau.

Ivo Pogorelich, bio express. Fils d’un contrebassiste croate, il part étudier à 12 ans à Moscou auprès d’Aliza Kereradze qu’il épousera par la suite. D’elle il tient une virtuosité technique proche de la perfection et un art du son digne des plus grands de ses aînés. Sa légende naîtra en 1980 à Varsovie lors du Concours Chopin où, éliminé dès le deuxième tour, il n’obtiendra que le Prix de la Critique, provoquant la démission de Martha Argerich du jury. Quelques mois plus tard il donnera un premier récital triomphal à Carnegie Hall. Depuis, il n’a cessé de radicaliser ses interprétations, ses captivantes relectures, même des pages les plus célèbres, en font peut-être l’un des derniers vrais romantiques, un engagement total au clavier qui l’inspire aussi dans la vie, lui qui se consacra notamment de tous ses moyens à la reconstruction de Sarajevo.

Illustration : Ivo Pogorelich © Alfonso Batalia 2014

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