Haendel, génie de l’opéra baroque

Il est né saxon à Halle, se perfectionne à l’école italienne des compositeurs lyriques à Florence, Rome et Venise, s’impose sur la scène londonienne: Haendel est européen. Avant Gluck, son oeuvre opère une synthèse musicale à son époque toute occupée par le théâtre et la dramaturgie des passions humaines. Défenseur du seria, le compositeur s’ingénie à renouveler un genre pourtant mécanique et sec. Mais comme ses contemporains Vivaldi et Rameau, l’opéra trouve en lui, l’un des ses créateurs les plus innovants et les plus visionnaires.
Le mois de mars 2007 met à l’honneur l’oeuvre lyrique du plus grand compositeur baroque. Si Naïve nous émerveille grâce à son intégrale lyrique dédiée à Vivaldi, si le concert à défaut de la scène lyrique convoque avec maestrià Rameau, comme nous l’avons vu lors des Journées Gardiner à la Cité de la musique, Haendel, de son côté est bel et bien ancré sur nos scènes modernes. Il reste le créateur baroque le plus joué à l’opéra. En l’absence de ses contemporains tout autant méritants, qui s’en plaindra? Magie baroque, théâtre des illusions et des métamorphoses, plongez dans l’univers d’un enchanteur irrésistible. Dossier spécial.

Dossier
1. Biographie. Haendel, l’aventure lyrique. Par Adrien de Vries
2. Haendel et les castrats. Par Hugo Papbst
3. Handel à Londres. Par Stéphanie Bataille

CD

Floridante, 1721
Comme il l’a fait du Motezuma de Vivaldi, Alan Curtis dévoile et
réhabilite un opéra injustement écarté. Sensibilité dramatique,
exigence vocale et ici, superlative, respect de l’écriture palpitante
d’un Haendel sentimental et profond, le chef convainc. Mieux, il
enchante!

DVD

Intégral qui distribue en France, le label Arthaus Musik célèbre le génie dramatique de Haendel en proposant les divers titres du catalogue allemand, à prix “doux” pendant les mois d’avril et de mai 2007. Pour mieux vous permettre de sélectionner les opéras éligibles, voici nos coups de coeur:

Rinaldo, 1711
A l’Opéra de Munich, Harry Bicket dirige le premier grand triomphe
londonien du jeune Haendel, Rinaldo, en 1711. Mise en scène brouillonne
et diluée mais quatuor vocal percutant. Captée en 2001, au Prinzregententheater de Munich, la production
dirigée par Harry Bicket revisite l’épopée du Chevalier Chrétien
Rinaldo à Jérusalem, avec moultes références au cinéma et à la BD
américaine des années 40 et 50 (les fans d’Hitchcok apprécieront la
scène des enchantements et de la magie concoctée par Armida, qui
parodie Les oiseaux).

Teseo, 1713
Nicola Francesco Haym, le librettiste de Haendel, s’inspire de la
tragédie lyrique française, Thésée de Quinault et Lully, d’où sa
construction en cinq actes, quand trois actes suffisaient jusque là,
dans la tradition de l’opéra seria.
Haym concentre la tension
dramatique sur le couple Aeglé/Thésée, mis à mal par la jalousie de
Médée et les avances d’Egée (épris d’Aeglé).

Tamerlano, 1724
Pour son jubilé, en 2001, le festival Haendel de Halle s’offre sous la
baguette de Trevor Pinnock, l’un des ouvrages les plus accomplis et les
plus noirs de Haendel. Solistes de grande classe, baguette vive et
articulée: le témoignage est convaincant. La probité et la noblesse des chanteurs, l’élégance de la direction
rendent un superbe hommage à l’une des meilleures tragédies de Haendel,
de surcroît parfaitement filmée (mouvements fluides de la caméra, et
plans rapprochés sur les chanteurs).

Giulio Cesare, 1724
Sur les traces d’un Racine, le compositeur s’intéresse surtout à
fouiller le caractère des personnages, offrant une nouvelle carte
psychologique des sentiments humains. En témoigne son Giulio Cesare,
- un nouveau triomphe dès sa création le 20 février 1724 au King’s
Theatre de Londres-, qui affirme le dramaturge et l’excellent peintre
des âmes. Avec le castrat Senesino en Empereur romain, Haendel avait de
sérieux atouts pour séduire le parterre londonien. Ici, la
distribution de très haut vol, fixe l’art vocal et théâtral de Janet
Baker. Dans le rôle-titre la cantatrice signe là, l’un des
aboutissements de sa carrière.

Ariodante, 1735
La mise en scène du New Yorkais David Alden, présentée pour la première
fois en 1993 à l’English National opera, fait preuve d’une indiscutable
force de fascination. Décor cuivré, fenêtre et scène à la fois, qui
parodie dans l’action, les registres du théâtre, donnent au déroulement
de l’intrigue, son caractère mystérieux, à la fois ténébriste et
tendre.

Alcina, 1735
Comme Ariodante, Alcina plonge dans l’irréalité et le fantastique à une
époque où Haendel cherche une nouvelle syntaxe dramatique. Comme
Ariodante, la magicienne Alcina voit tout un monde décliner, une
réalité se dérober. Et son impuissance est d’autant plus explicite que
ses pouvoirs en théorie omnipotents, ne peuvent rien changer

Xerxes, 1738
Serse est une oeuvre de transition et de révélation: Haendel tente de
régénérer le genre asséché du seria en y glissant des éléments de la
farce comique et du genre buffa (le personnage truculent d’Elviro pour
basse chantante en est l’incarnation la plus frappante). Créé en 1738,
l’opéra ne connut aucun succès, comptant à peine cinq représentations.
Il est le dernier opus lyrique de Haendel représenté au Haymarket de
Londres. Totale réussite pour cette version chantée en anglais, au plateau vocal racé et stylé

Agenda
1. Hercules. Mezzo du 10 au 30 mars 2007.
Dossier Hercules de Haendel. Par Alban Deags

2. Poro. Arte, le 10 mars 2007 à 22h30.
Dossier Poro de Haendel. Par Guillaume-Hugues Fernay

3. Ariodante. Paris, TCE, du 14 au 22 mars 2007.
Dossier Ariodante de Haendel. Par Alexandre Pham

4. Teseo de Haendel à l’Opéra de Nice. Du 18 au 22 mars 2007.
Par Adrien de Vries

Comments are closed.