Grand entretien avec Maude Gratton

gratton maude portrait festival presentation festival musiques en gatine classiquenews 2016 infos reservations Maude-Gratton-concert-10-24-mai-e1431718761429Grand entretien avec MAUDE GRATTON, directrice artistique du Festival MUSIQUES EN GĂ‚TINE, – premier festival de musique classique au printemps en Poitou. ACCOMPLISSEMENT. Dans la vie d’un soliste, claveciniste et pianofortiste, la rencontre et le travail avec un orchestre est dĂ©terminante. VoilĂ  plusieurs annĂ©es que la claveciniste et pianofortiste Maude Gratton jouait entourĂ©e de complices musiciens… une entente et un plaisir cultivĂ©s sur la durĂ©e que prolonge aujourd’hui un projet plus ambitieux dĂ©diĂ© Ă  Mozart. Pilotant le festival de printemps, Musiques en Gâtine, en Poitou, Maude Gratton rĂ©alise un rĂŞve tenu cachĂ© depuis plusieurs annĂ©es : constituer son propre orchestre et dĂ©fendre des programmes qui consolident la complicitĂ© et le plaisir collectif ; ainsi est lancĂ© cette annĂ©e, son orchestre Il Convito. C’est un pari pour la jeune instrumentiste qui comme directrice du festival Musiques en Gâtine entend favoriser l’expĂ©rience musicale, ancrĂ©e loin des villes, oĂą la musique classique doit toujours trouver, conquĂ©rir, fidĂ©liser ses publics. Entretien avec une combattante de l’ombre dont le nouvel orchestre Il Convito porte toutes les espĂ©rances d’une belle âme musicienne…

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Pouvez-vous nous présenter le profil de votre orchestre Il Convito?

MAUDE GRATTON : L’ensemble Il Convito a été fondé en 2005 sur des bases chambristes ; avec à mes côtés Stéphanie Paulet au violon, et Claire Gratton au violoncelle, nous avons parcouru plusieurs pays, au gré des programmes et des amitiés musicales nouées avec plusieurs invités selon les répertoires. Nous n’avions pas de fil rouge, que l’envie de travailler et le plaisir de partager de la belle musique ; ainsi, l’ensemble a existé pendant dix ans, discrètement. Ce sont de très bons souvenirs. Dix ans plus tard, j’ai décidé de de lui donner un second souffle ; avec les années, la question d’une responsabilité musicale se pose de manière plus aiguë, les projets s’affinent et deviennent plus engagés. Cet orchestre est le résultat d’une volonté personnelle de m’engager plus activement, mais aussi d’une énergie commune car j’ai été encouragée et soutenue dans cette démarche. Il y a une continuité entre le travail effectué en musique de chambre et ce qu’il va se passer au sein d’un effectif plus important, j’espère sous la forme de projets réguliers et variés dans les années à venir. Un dénominateur commun est le fait que je sois au clavier : les programmes se forment autour d’un grand orgue, d’un clavecin ou d’un pianoforte, et j’envisage la « direction »  musicale tout simplement à partir du clavier.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelles sont les qualités qui forment son identité artistique et sonore?

MAUDE GRATTON : Ce premier projet d’orchestre rassemble vingt musiciens qui ont dĂ©jĂ  l’habitude de travailler ensemble ; les chefs de pupitre sont les membres du quatuor Edding, d’autres musiciens faisaient dĂ©jĂ  partie du Convito avant ce rendez-vous Mozart ; les instrumentistes Ă  vent sont pour la plupart des amis avec lesquels le quatuor ou moi-mĂŞme avions des projets communs rĂ©guliers. Il ne s’agit pas d’un nouvel orchestre, mais plutĂ´t d’une suite, qui arrive de façon naturelle en 2016, chacun apportant son expĂ©rience. L’emploi des instruments historiques ne serait qu’une rĂ©ponse mitigĂ©e : ils sont certes bien prĂ©sents, mais le travail de fond se situe bien au-delĂ .

 

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi le programme Mozart est il emblématique de votre démarche avec vos musiciens et partenaires interprètes ?

MAUDE GRATTON : Les instrumentistes concernĂ©s sont habituĂ©s Ă  jongler entre diffĂ©rents types d’instruments, baroques, classiques, romantiques… Moi-mĂŞme je navigue entre le clavecin, le pianoforte, l’orgue, les rĂ©pertoires anciens, romantiques ou contemporains… C’est le quotidien, je crois, de beaucoup de musiciens d’aujourd’hui. J’essaye de pousser ma curiositĂ©, de repousser petit Ă  petit les limites de mes possibilitĂ©s techniques et physiques, car je n’ai pas de formation de pianiste Ă  l’origine. Un premier projet d’orchestre se devait d’être portĂ© par un immense compositeur.  Le gĂ©nie lumineux de Mozart nous rassemble tous ; cela nous a permis d’imaginer un programme glissant du Concerto Ă  l’OpĂ©ra, de mettre en lumière cette vocalitĂ© qui nous est chère, et de nous retrouver au sein de cette pĂ©riode d’effervescence crĂ©atrice qu’est la fin du XVIIIè siècle. On est souvent tentĂ© de vouloir nommer et dĂ©limiter des courants historiques, ou de ranger les musiciens dans des cases qui semblent leur convenir ; pourtant les termes baroque, classique ou romantique, semblent n’avoir finalement aucune dĂ©finition exacte tant ils ont de dĂ©finitions possibles, et rien n’est figĂ© dans l’apprentissage musical et instrumental s’il est portĂ© par la curiositĂ© et le goĂ»t de la dĂ©couverte. C’est cette « confusion »  qui m’intĂ©resse, car elle peut ĂŞtre porteuse d’un travail passionnant, et la musique de Mozart est un formidable  pour cela.

 

 

 

“La musique classique est une catĂ©gorie qu’il faut oublier”

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Qu’est-ce qui fonde le lien entre les différents programmes que vous présentez dans le cadre du festival Musiques en Gâtine ?

Gatine musiques en gatine festival 2016 maud gratton presentation concerts festival 2016 classiquenews 582 vignetteMAUDE GRATTON : Le travail de direction artistique d’un festival m’a appris avec les annĂ©es Ă  prendre davantage soin du lien Ă  tisser avec le public. Je me suis rendue compte qu’une programmation Ă©tait un Ă©quilibre subtil dont les ingrĂ©dients  devaient ĂŞtre soigneusement choisis, et que les choix n’était pas anodins : il s’agit en effet de dĂ©fendre un accès Ă  la culture en-dehors des grandes villes, d’encourager un jeune public Ă  se dĂ©placer, de montrer que la culture peut rassembler encore, et toujours. Je n’ai pas souhaitĂ© tisser un fil rouge Ă©vident tout au long du festival, mais plutĂ´t faire voyager le public d’un univers Ă  un autre, en lui donnant des clefs autant que je le pouvais, notamment grâce aux rencontres d’avant et d’après-concerts avec les musiciens ou avec d’autres intervenants comme le luthier Charles RichĂ©, ou l’historienne d’Art Anne Bernadet Delage. Pour faire tomber certaines barrières qui peuvent ĂŞtre un frein, j’essaye d’amener le public Ă  dĂ©couvrir comment la musique contemporaine peut s’écouter bien plus facilement qu’on ne le croit, ou que musique populaire et musique savante se sont pendant longtemps entremĂŞlĂ©es bien plus qu’il n’y paraĂ®t ; en bref, la musique « classique » n’est qu’une catĂ©gorie qu’il faut oublier !

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quels sont vos projet pour le futur ?

Maude Gratton : J’ai envie de continuer Ă  enregistrer ; je suis nĂ©e entourĂ©e de disques, je continue Ă  en acheter. MĂŞme si c’est parfois une Ă©preuve de se retrouver derrière les micros, cela reste avec un peu de recul, un formidable enseignement. En projet, bientĂ´t, un disque de clavecin, car cela fait aussi longtemps que je ne me suis pas retrouvĂ©e seule avec l’instrument.  Avec le Convito, il s’agit de poursuivre la lancĂ©e de ce premier projet d’orchestre ; la pĂ©riode du milieu du XVIIIè au dĂ©but du XIXè siècle est passionnante, avec Ă  son cĹ“ur, cette opposition complexe entre Lumières et contre-Lumières. Je rĂŞve aussi de pouvoir jouer un jour un Concerto pour piano de Beethoven ; mais je n’exclus pas pour autant les projets consacrĂ©s au rĂ©pertoire des XVIè et XVIIè siècles.

 

 

 

Propos recueillis en mai 2016.

 

 

 

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