Giacomo Puccini (1858-1924). Portrait

Giacomo Puccini (1858-1924)
Portrait

Né à Lucca le 22 décembre 1858, Giacomo Puccini est le dernier musicien de quatre générations d’artistes et d’interprètes qui ont voué leur vie à la musique. L’un de ses ascendants s’appela même Giacomo Puccini comme lui, et fut un proche du célèbre Padre Martini. Cinquième enfant d’une famille de sept, le jeune Puccini connaît à peine son père, il a six ans, quand Michele Puccini, maître du chœur, et organiste dans l’Eglise San Martino, et enseignant de musique au collège Ponziano, meurt. Vivant entre Lucca et Celle, l’enfant, au tempérament déjà affirmé voire rebelle, inquiète sa mère Albina. A neuf ans, en 1867, il entre au séminaire pour devenir chantre et organiste dans la cathédrale de Lucca. A l’institut musical de la même ville, le jeune garçon est initié par son professeur, Angeloni, à la musique de Verdi.

Héritier d’une famille musicienne
Il compose d’abord pour l’orgue et quelques pièces sacrées. Mais ce cadre ne correspond ni à sa sensibilité ni à ses projets. En 1876, il marche (à pied) jusqu’à Pise pour suivre une représentation d’Aïda, le dernier opéra de Verdi: il en sort transporté. Ayant l’intuition d’autres disciplines musicales que le service liturgique, Puccini, jeune adolescent de 16 ans, désire intégrer le conservatoire. A la fin de l’année 1880, le prix qu’il obtient en composition avec sa Messe à 4 voci, lui permet enfin de gagner le Conservatoire de Milan où il suit les classes de Bazzini et de Ponchielli. Malgré une bourse allouée par la reine Marguerite et un complément versé par son oncle, le procurateur Nicola Ceru, les années milanaises sont misérables: dans ses mémoires, il évoquera le souvenir des privations et l’”oubli” de l’indigence par de fréquentes promenandes en ville. Seule compensation, la complicité de ses camarades de chambrée dont Pietro Mascagni. Cette période austère mais riche sur le plan amical devait le conduire à s’intéresser au roman de Burger qui deviendra sur la scène, La Bohème, comme un miroir de ses propres années de galère.

Le théâtre plutôt que l’église
L’année 1883 est décisive: elle impose un jeune musicien de 25 ans, décrochant son diplôme d’études qui valident une maîtrise réelle. A Milan, le musicien a approfondi la connaissance des oeuvres théâtrales et aussi le style des contemporains reconnus, dont surtout Arrigo Boito. Le Capriccio Sinfonico atteste de sa personnalité vive et directe qui à l’annonce du concours des éditions fondées par le riche industriel Eduardo Sanzogno, récompensant la composition d’un opéra (1er avril 1883), s’attèle immédiatement à la tâche. Puccini livre Le Willis (qui deviendra La Villi) mais le manuscrit passe inaperçu, vite écarté par le jury de sélection. Heureusement, avec le soutien de Boito qui avait remarqué la partition, le compositeur réussit à produire son premier ouvrage au Teatro Dal Verme, le 31 mai 1884: succès retentissant. Un nouveau compositeur est né. Comblé Puccini télégraphe à sa mère: “Tous espoirs dépassés. Dix-huit rappels. Premier finale trissé. Suis ravi“. C’est l’époque où aucun débouché professionnel pour un compositeur ne peut se réaliser sans la collaboration d’un éditeur. Puccini a trouvé le sien: Ricordi. Ainsi, le jeune homme est pressé de composer un nouvel opéra: Edgar. Créé sans succès à la Scala de Milan le 21 avril 1889, Puccini ayant 31 ans, la partition ne suscite pas le résultat attendu. Entre temps, le compositeur a remanié La Villi en deux actes, version définitive aujourd’hui adoptée sur la scène. Mais Ricordi renouvelle sa confiance: son opiniâtreté se révèlera payante. Puccini compose un nouvel ouvrage, Manon Lescaut (postérieur à la Manon de Massenet de 1884) dont la création au Teatro Regio de Turin, le 1er février 1893, rencontre à nouveau public et critiques: Puccini, à 35 ans, est un génie lyrique enfin reconnu.

Elvira l’aimée
En 1885, Puccini a fait la connaissance de celle qui deviendra sa compagne de coeur, Elvira Bonturi. La jeune femme est mariée (à son ami Geminiani) et la mère de deux enfants, Renato et Fosca. Elle décide de suivre Giacomo à Milan avec sa fille Fosca. Quelques mois plus tard, le couple se fixe à Monza où naît le fils de Puccini, Antonio, le 23 décembre 1886. Privé de l’aide financière de son oncle choqué par la liaison immorale de son neveu, le ménage s’endette: Puccini redouble de travail et Elvira travaille dans la compagnie des frères Bocconi. Quand meurt Geminiani, en 1904, Puccini et Elvira se fixent à Torre del Lago.

Sur les rives du Massaciuccoli

C’est là, sur les bords du lac de Massaciuccoli, que le compositeur écrit les chefs d’oeuvre à venir, tous miroirs d’un principe féminin omniprésent qui revêt oeuvre après oeuvre, une facette particulière, entre la soumission: Mimi dans La Bohème (Teatro Regio de Turin, 1er février 1896), ou Butterfly (Teatro de la Scala de Milan, 17 février 1904)) et la fierté arrogante: Tosca (Teatro Costanzi de Rome, 14 janvier 1900, éreintée par la critique mais applaudie par le public), Turandot (son ultime opéra laissé inachevé) … Artiste contemplatif, Puccini aime retrouver entre amis, membre de la confrérie qu’il a fondé, “le club de la Bohème”, les plaisirs de la chasse, des belles voitures et les repas fraternels. L’exigence dont le compositeur fait preuve au moment de la production de ses opéras, dans le choix des solistes, et les partis pris de la scénographie, augmente la qualité des créations. Il a commencé de collaborer avec deux librettistes, Illica et Giacosa. Leur trio rénouvelle totalement l’opéra italien, jusqu’en 1906, mort de Giacosa. Comme inspiré par la complicité des ses deux interlocuteurs, Puccini enchaîne les chef-d’oeuvres. Sa réputation grandit: elle atteint un statut international. Désormais célèbre, Puccini voyage en Europe et en Amérique. Il y suit en particulier la mise en scène et la création de ses nouveaux ouvrages: ainsi La Fanciulla del West (Metropolitan Opera House, New York, 10 décembre 1910), La Rondine (Opéra de Monte Carlo, 27 mars 1917), la trilogie “il Trittico” d’après Dante (enfer, purgatoire, paradis): Il tabarro, Suor Angelica et Gianni Schicchi (Metropolitan Opera House, New York, 14 décembre 1918). Succès mitigé même si Gianni Schicchi est unanimement porté en triomphe.

En 1920, le compositeur commence son ultime partition, Turandot, d’après la comédie éponyme de Carlo Gozzi. A l’automne 1924, son équilibre est dangereusement atteint et sa santé s’aggrave à cause d’une tumeur à la gorge. Il doit être opéré. Hélas le patient meurt dans une clinique de Bruxelles, le 24 novembre 1924. D’abord enterré à Milan, ses restes sont transférés à l’initiative de son fils Antonio, dans une petite chapelle privée de la villa de Torre del Lago, qui fut la retraite bienheureuse du musicien.

Laissée inachevée, Turandot dont Puccini laissa le matériel des deux premiers actes, fut terminée par Franco Alfano d’après les notes de son maître. Le travail fut difficile, mené par un Alfano pressé par Toscanini, désireux de créer au plus vite le dernier ouvrage du plus grand compositeur italien du XXème siècle. La première représentation posthume de Turandot, à la Scala de Milan, le 25 avril 1926, était ainsi dirigée par Arturo Toscanini, qui fixa la tradition des chefs puristes et srcupuleux, de marquer une interruption à l’endroit exacte de la partition où Puccini a cessé de composer, avant les complément d’Alfano.

CD

Pour les 150 ans de la naissance du compositeur italien, Sony Bmg réédite en juin 2008, en un coffret incontournable l’intégralité des opéras du musicien, soit 12 ouvrages lyriques comprenant aux cotés des célébrissimes Butterfly, Manon Lescaut, Turandot, les partitions moins connues telles Edgar, Le Villi, La Rondine… Sous la direction de Lorin Maazel, Zubin Mehta, Georg Solti (La Bohème), les plus grands pucciniens dont Renata Scotto, Ileana Cotrubas, Montserrat Caballé, Placido Domingo, Sheril Milnes expriment la passion puccinienne… Réédition majeure. Coffret Puccini, The complete opera (20 cd Sony Bmg)

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