George Onslow: Quatuors opus 54, 55, 56 Quatuor Diotima. 1 cd Naïve

Le style d’Onslow
marque l’écriture chambriste française des années 1830: souci de la
cohérence, renouvellement constant de la mélodie et des passages
harmoniques, son art est bien celui d’un grand maître du romantisme
français. Grâce au geste subtil et introspectif des Diotima, cet album
est une révélation


Le Beethoven français

Superbe révélation que ce programme en tout point jubilatoire qui nous
offre enfin ce que nous espérions: la preuve d’un chambrisme français
parfaitement original propre au début des années 1830 (1834
précisément), apport supportant ô combien la comparaison avec les opus
de Haydn et surtout du dernier… Beethoven.
La sonorité lumineuse et introspective des Diotima fait merveille dans
ce cycle tripartite d’une mordante amertume, tempérée par éclairs, de
tendres apaisements. George Onslow (1784-1853), récemment révélé lors du Premier
festival de Musique romantique à Venise présenté par le nouveau Centre
de Musique romantique Palazetto Bru-Zane (“Aux origines du Romantisme
français, octobre 2009, reportage vidéo exclusif: Symphonie n°1 de
George Onslow
), relève bien le défi d’être comparé à Beethoven. Il fut même appelé “le Beethoven français”, non sans raison.
Si le festival vénitien précédemment cité a dévoilé sa verve et son
énergie sur le plan symphonique, le cd Naïve complète le tableau en
soulignant la délicatesse profonde de son écriture chambriste,
acclimatée aux exigences de la forme quatuor (on compte pas moins de 70
Quatuors dans son catalogue!). Des 3 opus ici réunis, le dernier
s’impose par sa gravité équilibrée et lumineuse qui porte comme les
autres pièces, l’éblouissement ressenti par le Français face aux
derniers Quatuors de Beethoven, ceux de l’opus 131 et 135 (écoutés à
Paris, en 1828). Aux inflexions proches des Viennois (et aussi de
Mendelssohn son contemporain, plus évident dans l’art d’un Théodore
Gouvy), Onslow, auvergnat d’origine anglaise par son père, ajoute une
couleur spécifiquement française: la clarté, la fibre colorée, le souci
de transparence.

Défis expressifs que réussissent les Diotima grâce à un sens
remarquable du dialogue: tension incarnée, vive et palpitante du
premier mouvement (allegro maestoso e espressivo);
activité ciselée et articulée minuetto successif. Onslow fut formé par
les compositeurs germaniques dont Dussek et Reicha, alors établi à
Paris; pianiste, il compose dans le culte du genre sérieux et savant,
le quatuor. Ecoutez seulement l’adagio cantabile e sostenuto,
du même opus 56 pour mesurer son génie du repli sombre, de l’ombre vive
et exaltée, douée d’une élégance mesurée, qui chante à la façon de
Schubert, et réassimile le choc éprouvé dans la quarantaine face aux
ultimes opus de Beethoven.

Le
style d’Onslow marque l’écriture chambriste française des années 1830:
souci de la cohérence, renouvellement constant de la mélodie et des
passages harmoniques, son art est bien celui d’un grand maître du
romantisme français. Révélation. Album coup de coeur de janvier 2010.

George Onslow (1784-1853): Quatuors opus 54, 55 et 56 (1834). Quatuor Diotima. Parution: le 20 janvier 2010.

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