Thomas Hengelbrock joue Iphigénie en Tauride

IPHIGENIE-fresque-opera-opera-critique-annonce-dossier-opera-mythe-explication-classiquenews-GLUCK-iphigenie-en-tauride-en-aulide-Diane-classiquenews-sacrifice-iphigenie-1France Musique, sam 31 août 2019. Gluck : Iphigénie en Tauride. Chez les Scythes dont elle doit affronter et négocier la barbarie permanente à travers les exigences du roi Thoas, Iphigénie en Tauride marque en mai 1779 le sommet de la carrière parisienne de Gluck ; 5 ans après son premier triomphe (Iphigénie en Aulide, 1774). Iphigénie en aulide évoque le sacrifice programmé de la princesse de Mycènes : face à l’ordre de Diane outragée, Agamemnon le père s’incline, mais Iphigénie montre sa mesure morale. Dans Iphigénie en Tauride, plus tardive donc, Gluck traite l’exil d’Iphigénie sauvée du sacrifice, sa retraite dans le temple de Diane, surtout ses retrouvailles avec Oreste, lequel est symboliquement l’agent de sa libération.
Concernant Iphigénie en Tauride, le succès parisien est immédiat, éclipsant même l’ascension du favori Piccinni (lequel devra attendre encore avant de créer sa propre Iphigénie, mais en 1781).

 

 

________________________________________________________________________________________________

La 2è Iphigénie du Chevalier Gluck à Paris
L’Antiquité inquiète

Les secrets de Gluck : une langue dépouillée, au relief épuré, touchant à un essentiel déclamatoire qui fusionne avec l’enjeu de chaque situation ; un choeur noble et halluciné ; surtout ce continuum orchestral, qui dès l’ouverture, affirme inquiétude et tension qui foudroient souvent par leur intensité fantastique. Un ballet final est ajouté (orchesté par Gossec et chorégraphié par Noverre). Iphigénie II occupe l’affiche de l’Académie royale de musique pendant 90 soirées : un record emblématique de cette fièvre Gluck à Paris (puis plus de 400 en … 1829).
GLUCKDans ce second volet de la vie d’Iphigénie, Gluck poursuit son illustration de la légendes des Atrides. Ici Iphigénie croise la route de son frère Oreste, le meurtrier de leur mère Clytemnestre, infidèle de leur père. Gluck exprime les tourments et vertiges dévorants l’esprit du Grec qui endormi, est le proie des attaques psychique des furieuses Euménides… (formidable tableau fantastique de l’acte II). Chez lui pèse le poids de la culpabilité. D’abord, la sœur ne reconnait pas son frère, jusqu’au sacrifice commandé à l’acte IV : alors qu’il avait exhorté son ami / amant Pylade à sa sauver et mourir sur l’autel de Thoas, Oreste, invoquant sa sœur qu’il croit être morte en Aulide, se dévoile alors aux yeux d’Iphigénie : comme plus tard Strauss, dans Electra (qui reconnaît elle aussi son frère Oreste), Gluck orchestre les fabuleuses et déchirantes retrouvailles du frère et de la sœur… Evidémment tout se finit bien et Pylade revenu à la tête de l’armée grecque, sauve Oreste du sacrifice où le condamnait Thoas. Protégé par Diane, Oreste règne à Mycènes, infléchit les scythes qui doivent rendre aux grecs le culte de la déesse.

 

 

________________________________________________________________________________________________

Gluck : Iphigénie en Tauride, 1779 – Tragédie lyrique en quatre actes.
Nicolas François Guillard, librettiste

Gaëlle Arquez, soprano, Iphigénie
Stéphane Degout, baryton, Oreste
Paolo Fanale, ténor, Pylade
Alexandre Duhamel, baryton, Thoas
Catherine Trottmann, mezzo-soprano, Diane, Seconde prêtresse
Francesco Salvadori, baryton, Un Scythe
Charlotte Despaux, soprano, Première Prêtresse, Femme grecque
Victor Sicard, baryton, un Ministre du Sanctuaire

Balthasar-Neumann-Chor
Balthasar Neumann Ensemble
Direction : Thomas Hengelbrock

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, sam 31 août 2019, 20h. Christoph Willibald von Gluck : Iphigénie en Tauride – « Concert donné le 22 juin 2019 à 19h30 au Théâtre des Champs-Elysées à Paris »

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Approfondir
Source : dans ses deux tragédies d’Iphigénie, Iphigénie à Aulis et Iphigénie en Tauride, Euripide portraiture la fille préférée d’Agamemnon, roi de Mycènes et d’Argos. Vaniteux, Agamemnonse vante d’être meilleur chasseur que Diane, laquelle retient la flotte grecque qui souhaitait rejoindre Troie : il s’agit de reprendre aux Troyens et à Paris (fils du roi Priam), Hélène, femme de Ménélas, roi de Sparte.
Chalcas le devin précise que s’il veut apaiser la colère de Diane outragée, Agamemnon doit lui sacrifier sa fille Iphigénie. Le père n’hésite pas : il fait venir Iphigénie et sa mère Clytemnestre à Mycènes prétextant de marier sa fille à Achille, roi des Myrmidons.
Iphigénie, consciente du destin collectif des Grecs et mesurant son fragile destin face à l’histoire des Grecs, sa sacrifie volontiers, pourvu que son peuple puisse rejoindre Troie et venger l’honneur de l’époux spatiate, Ménélas.
Eschyle a contrario d’Euripide souligne la résistance d’Iphigénie à l’ordre de son père : elle refuse d’être sacrifier (ce qui est représentée dans la fresque de Pompéi, reproduite ici). Portant la future sacrifiée, Ulysse mal à l’aise, yeux au ciel et son fidèle ami, Diomède ; à leur droite, le devin sacrificateur Calchas, voix de Diane, exigeant le sacrifice de la princesse. Dans le ciel au dessus d’eux (à gauche, Agamemnon drapé, se cachant la face), Artemis Diane paraît et déjà touchée par la grandeur morale d’Iphigénie, entend substituer à la fille du roi, non pas une biche comme il est souvent dit, mais ici un cerf… serait-ce Endymion transformé ?)… La fresque de Pompei s’inspire directement d’un canevas très célèbre au IVè BC, celui du peintre Timanthe de Kitnos actif au IVème siècle av. J-C, loué pour l’expressivité de ses personnages et pour l’intensité émotionnelle qui s’en dégageait.

Au moment de son sacrifice par Agamemnon, Diane change la jeune fille par une biche innocente. Iphigénie doit rejoindre le temple de Diane en Tauride, devant y sacrifier tous les mâles étrangers qui y débarquent.
Dans des versions plus tardives, Iphigénie en Tauride y retrouve son frère Oreste, meurtrier coupable de leur mère Clytemnestre ; bravant l’ordre meurtrier de Diane, le jeune femme fuit avec son frère à Athènes. Morte, elle rejoint ensuite l’île des élus bienheureux où elle épouse Achille ; immortalisée, elle y est assimilée à Hécate, le triple déesse.
Gluck a très bien compris et mesuré les ressources et le potentiel dramatique comme psychologique du drame d’Iphigénie : face à la barbarie apparente de la déesse, son exigence sanguinaire, la mortelle démontre une dignité morale exemplaire ; une tendresse aussi pour son frère Oreste. Tout œuvre à humaniser l’héroïne et la rendre dans l’esprit du spectateur, infiniment touchante, à mesure que son destin sombre dans la tragédie et l’innommable.

 

 

________________________________________________________________________________________________

Illustration / Iphigénie :
fresque de la Maison du Poète Tragique (Pompéi) – déposée au Musée Archéologique de Naples

Comments are closed.