Festival Voix du Prieuré (10ème édition), Bourget du Lac (73)

Festival Voix du Prieuré (10ème édition), Bourget du Lac (73). 23mai>14 juin 2014. Bourget du Lac (73) , 10e Festival Voix du Prieuré, Solistes et Choeurs Bernard Tétu, du 23 mai au 14 juin 2014. A la pointe nord  du lac savoyard  du Bourget (celui de Lamartine suspendant le vol du Temps…), Bernard Tétu fondait il y a dix ans un Festival d’avant l’été. Les Voix (celles du Prieuré, monument-centre) sont toujours à l’honneur et  fédèrent recherche et rencontres. En 2014, la Méditerranée rassemble, d’Italie en Egypte, de Grèce en   Bulgarie. 8 concerts, et de fort nombreuses actions ou rencontres associant les publics, notamment ceux du monde scolaire, pendant trois semaines…

 

 

Mère Méditerranée

Bernard_Tétu« Au Musée de Cagliari, sous une statuette sans âge  qui aurait pu être l’œuvre de Picasso ou de Giacometti, je lus comme légende : Madre Mediterranea … La Mère Méditerranée ! Une preuve de plus que l’association mer-mère n’est pas un jeu de mots. Mais quelle mère ici ! Je me souviens d’une autre vestige de  civilisation protohistorique : une grosse pierre en rase campagne, érigée en menhir et toute hérissée de bossages piriformes, une Déesse  Mère dépourvue de ses larmes liquidement    maternelles .    Quelles  idoles  splendidement   dressées ! La Grande  Mère bisexuelle, et l’italianissime fontaine de compassion et de tendresse… »   Il y a presque 50 ans, Dominique Fernandez en Sardaigne, hyper- spécialiste d’Italie  avant de devenir le prolixe  romancier que l’on connaît et admire, titrait « Mère Méditerranée » son mapitre-livre de voyage et d’interrogation sur ce domaine aux rivages civilisateurs, parfois conflictuels, toujours primordiaux pour l’histoire humaine.

 

 

Ulysse et les Sirènes

Et sans que Les  Voix du Prieuré placent  leur édition  2014 sous un tel titre, on peut en proposer la formulation pour  cet « embarquement dans un grand voyage autour de la Méditerranée », comme l’écrit Y.Deschamps, le Président de l’Association : « en ce 10e anniversaire, pour les valeurs défendues par le Festival : autour des Voix, création, actions de formation et d’éducation artistique, ouverture aux pratiques amateurs locales, ancrage sur les ressources du territoire ». Et Bernard Tétu, en bon conteur et éveilleur de conscience par les images, raconte : « C’est le voyage d’Ulysse – « en retour vers sa patrie » selon l’opéra de Monteverdi – qui me vient à l’esprit, Ulysse attaché par ses compagnons au mat du navire pour ne pas succomber aux chants mortifères des Sirènes : c’est aussi la longue quête d’un héros curieux de tous les univers, d’un découvreur fasciné par chaque nouvelle rencontre. »

 

 

Un chercheur entre les civilisations

Et de nommer les « terres abordées par le Festival : la Mésopotamie où Noé construit sn arche, le monde hellénistique avec Pandore, les amazones et les autres personnages mythiques, Dionysos, la Vallée du Nil, les univers poétiques des poètes et compositeurs en Italie… » Oui, le « Patron » des Voix du Prieuré a toujours privilégié la recherche autour des musiques entre civilisations, sans se limiter à son domaine préféré, le XIXe français et allemand et le XXe français. En bon Européen, cet élève d’Alfred Deller, conseillé par Cathy Berberian, s’est beaucoup investi dans « le bel aujourd’hui »sans frontières  d’inspiration et d’écriture : Kagel, Ohana, Boulez, Jolas, Hersant, Amy, Evangelista, Dusapin,Pecou. Enseignant pilote – au CNSMD de Lyon, la 1ère classe en France pour la formation des chefs de chœurs professionnels-,  il avait  fondé – il y a… 35 ans !- les Chœurs et Solistes qui portent son nom, et a maintenant dirigé un millier de concerts, enregistré…35 disques avec ses fidèles, qui participent évidemment depuis 2004  à l’aventure des Bords du Lac.

 

 

SOS Arche

Les concerts sont naturellement  les moments les plus « spectaculaires » de chaque session. En 2014, on aura commencé par un hommage…mésopotamien à Britten (né en 1914) : le compositeur anglais avait «écrit « dans la jubilation » et selon une perspective pédagogique (jeunes interprètes du chant) l’histoire  de Noé, qui apprenant l’avis rouge de catastrophe absolue, embarque sur son paquebot géant côté humains, Noé avec sa famille, côté animaux, un couple de chaque espèce animale, rampante ou volante. Et vogue l’Arche pendant 40 jours, jusqu’à ce que la colombe ramène un rameau d’olivier, promesse  du sauvetage terminal. Beaucoup de monde sur l’eau : maîtrise et solistes de l’Opéra de Lyon, classes multi-savoyardes de formation musicale, mise  en espace diluvien par Jacques Gomez, tous dirigés par Karine Locatelli.

 

 

Itinéraires vers l’Orient

Puis les Chœurs et Solistes dirigés par Bernard Tétu,  un chorégraphe(R.Cottin), une danseuse (A.Bonnéry) et un pianiste (D.Puntos) entraînent  « en rêve ou projet utopique » à partir des partitions françaises XIXe et début XXe, en voyage avec amazones(Cécile Chaminade), hymne védique (Chausson), Pandore mis en boîte (Pierné) ou Troyens (Berlioz, bien sûr),et sans se noyer – prudence ! – dans « le mirage de l’ailleurs » (de Samuel Sighicelli, né en 1972, très lié  avec acousmatique et vidéo, dramaturgie plus symphonique que pop, fondateur du groupe Caravaggio).  Histoire aussi de se rapprocher  des poètes et peintres XIXe fascinés, de ré-itinérer  avec Chateaubriand de Paris à Jérusalem, de Voyager en Orient avec Nerval, de maghrébiser avec Delacroix…

 

 

Un dieu éthylique et des nonnes provençales

Nouvelle Italie,(Vola alta parola) avec sept compositeurs ( d’Antignani à Solbiati) qui jouent le jeu d’une pièce de 5 minutes sur texte du grand poète Mario Luzi. La pianiste Ancuza Aprodu, Six Voix « attaché depuis longtemps au travail musical  en milieux handicapés mêlés aux musiciens professionnels (Percussions de Treffort), créateur en 1987 de Résonance Contemporaine. Et Dionysos, le Florestan de Nietszche qui le préférait à un Eusebius trop…Apollon(ien), le Dieu  créateur, alcoolique et probablement psychopathe… Le cycle a «  deux sources d’inspiration : chant  traditionnel méditerranéen dans le profane et le sacré, timbre vocal et transformations. Voix ivre, en transe, tendre, souffle et respiration, « traitée » en numérique », voilà Dionysos hier et aujourd’hui. Alexandros Markeas et Zad Moultaka « traduisent » les proférations dionysiennes, avec le concours des interprètes de Musicatreize que dirige  depuis 1987 à Marseille –  Propylées avec vue imprenable sur  la Méditerranée – Roland Hayrabédian, l’une des personnalités les plus décisives de la création contemporaine. Au fait, avez-vous déjà vu une « « beatiho » : c’est « boîte vitrée confectionnée par les Nonnes des couvents provençaux au XVIIIe » ? A partir de cet objet magico-musical d’art populaire, l’expérience poétique menée par Guylaine Renaud (chanteuse, conteuse, compositrice :ethnoartiste, en somme !)) et le Basque Benyat Atchary emmènera dans les univers où résonnent les « voix » des mystiques Thérèse d’Avila et Jean de la Croix, sous le signe bénéfique des vers de Lorca et en « troubadourisme » moderne.

 

 

Nuit du Prieuré, Voix Buissonnières

Un concert, Les Voix Buissonnières, rassemble dans le thème Egypte entre  tradition et création des œuvres de compositeurs de ce pays (T.Abdallah, Imam Issa, S.Darwish, S.El-Charnoubi), avec dialogues entre scolaires et créateurs. Et puis vient un haut moment du Festival,en sa clôture :  la Nuit du Prieuré, partagée entre Egypte et Bulgarie. T.Abdallah, également  chanteur et virtuose  du oud, en compagnie de  Shams El Din célèbre le Dandana (fredonnement, associé au oud, instrument si proche de la voix humaine). Plus au nord, les chanteurs bulgares d’Eva Quartet et de l’ensemble Dvuglas proposent un parcours entre l’héritage de la polyphonie médiévale religieuse(liturgies orthodoxes)  et l’ouverture sur une écriture contemporaine.

 

 

La plage de Sète et les rivages du  Lac

Ces trois semaines continuent des formules dont l’expérience a montré la convivialité, tels ces aperos vocaux animés par les chorales amateurs, et soulignés par la participation chorégraphique de Véronique Elouard. Les concerts partagés sont moments privilégiés de rencontres entre chanteurs et musiciens « pros » et amateurs : voix nomades de Résonance Contemporaine, « Embarquement immédiat » avec Jacques Mayoud, qui se définit comme « musiculteur » et s’adressera aux scolaires, apéritif musical en compagnie de l’artiste malgache L. Andriamboavonjy, Randonnée vocale (X.Olagne conduit des chanteurs du CRR de Lyon et du Conservatoire d’Aix). On ne saurait oublier d’autres »actions », à destination du grand public, des chorales amateurs, des milieux scolaires, ou même les Dionysies –une table ronde de spécialistes autour de Bernard Tétu, ici philosophe et historien, voire un « partage gourmand » qui fera goûter, sous la bénédiction du dieu-toujours-contrôlé-positif, vins et recettes de Savoie !  « Hydre absolue, ivre de ta chair bleue », chantait un certain qu’on eût pu enterrer sur la plage de Sète. Le Lac du Bourget ne fait-il pas jolie « mise en abyme » – encore meilleure les jours de beau temps – de la Mère Méditerranée ? C’est du moins ce que chanteront au Prieuré tant de voix claires ou profondes…

 

 

Le Bourget du Lac (73) et autres lieux de Savoie (Chambéry, Bassens, Aix-les-Bains…) Festival des Voix du Prieuré, du 23 mai au 14 juin 2014. 8 concerts : samedi 24 mai, 18h, Le Bourget ; mercredi 28 , 20h30, Chambéry ; dimanche 1er juin, 19h, Le Bourget, ainsi que mercredi 4, 21h ; mercredi 11, 20h30 ; vendredi 13, 15h ; samedi 14, 17h et 21h. Programmes d’actions, rencontres, interventions tout au long de la période. Informations et réservations : T.04 79 25 01 99 ; www.voixduprieure.fr

Illustration : Bernard Tétu (DR)

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