11ème Festival Voix du Prieuré (73)

Bourget du Lac (73), Festival des Voix du Prieuré (11e), solistes et chœurs autour de Bernard Tétu, du 27 mai au 14 juin 2015. « La voix dans tous ses états », de l’ancien au contemporain, de recréations en  création…. Le Festival du Bourget(du Lac, à la pointe sud, en cadre archéologique significatif) poursuit son avancée programmatique « en apnée » (à vous couper le souffle)….Les musiques médiévales, renaissantes  et baroques s’y mêlent harmonieusement aux halos ensoleillés d’Espagne et Portugal, aux escales méditerranéennes ou balkaniques, et la création (Sighicelli, Guérinel  pour  ce qui est des « hexagonaux ») a sa part  primordiale…Pour presque trois semaines  de manifestations conviviales.

 

 

 

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L’esprit, le cœur et le désir platoniciens

Ce n’est pas si fréquent, dans ces temps de mini-culture régnant jusque dans des programmations affichées et trompettisées par la comm, que de lire et savourer  des éditos-prières  d’insérer où Victor Hugo donne la réplique à Platon. Il faut dire que le Festival des Voix du Prieuré a toujours eu sa coloration – recherche, originalité, subtilité – en jonction de printemps finissant, et aussi parce que ses initiateurs ne sont en rien  gênés de rattacher leurs intentions à leur expérience artistique. Ainsi peut-on apprécier sous la  plume de  Bernard Tétu (le fondateur et directeur artistique), une définition « d’expérience profonde d’Unité  sous le signe des trois parties de l’homme, le Nous (l’Esprit), le Thumos (le Cœur) et l’Epithumia (l’Instinct, ou, ajoutent d’autres  traducteurs, le Désir, la Passion pour le Corps ». La référence – qui ne provient pas chez son auteur d’une consultation paresseuse d’Internet – permet en tout cas d’éclairer  le festival comme « quête ardente d’Unité » entre les trois « zones » platoniciennes.

Allumer des flambeaux dans les esprits

 Quant à Victor Hugo que cite Yvon Deschamps(Président de l’Association des Voix), ses métaphores sont, comme de coutume, …éclairantes : « on pourvoit à l’éclairage des villes, on allume tous les soirs des réverbères dans les carrefours et les places : quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire dans le monde moral et qu’il faut allumer des flambeaux dans les esprits ? » L’affiche de cette 12e  édition n’en est que plus piquante, avec sa jeune Louise Brooks-2015  aux cheveux bleus, à  bouche et  lunettes roses, qui vous interroge  au dessus d’une assemblée d’oiseaux, et  du cygne-logo-origami qui rappelle qu’au Bourget on est à la pointe sud du Lac lamartinien…

De Josquin à Sighicelli

Donc, sans thème vraiment  identifiable ou fédérateur, c’est une nouvelle fois  « la voix dans tous ses états »  qui armature les concerts-phares (5) et  les concerts partagés (3), pour le plus grand plaisir des quelque 5.000 spectateurs attendus de Savoie, de Rhône-Alpes et au-delà, placés dans « des lieux patrimoniaux-monuments historiques(église et prieuré Saint Laurent, le Bourget) ». Les Voix « valorise le répertoire du vocal contemporain (sans négliger les échos et les sujets du répertoire « plus ancien » ni le reste du monde), programme les ensembles français et européens, soutient la création par le biais des commandes, propose dans la Ville le spectacle vivant, mène des actions de formation et de pédagogie »…. Les Solistes-Bernard Tétu, avec  la Compagnie Chorégraphique Yuval Pick, mêle en Ouverture  4 juin) l’une des plus foisonnantes époques de la polyphonie vocale  européenne (l’emblématique Bataille de Marignan, de Janequin, Mille Regrets de Josquin des Prés, Adam de la Halle…) et la création de Samuel Sighicelli, un élève de Gérard Grisey, pianiste-improvisateur, ex-pensionnaire de la Villa Medicis, multiplement primé et joué, auteur aussi en courts métrages et vidéos pour la scène (« formes scéniques et tranversales »). On a vu cet hiver son… très bel  Hiver à venir (Renaissance d’Oullins, où  il a été  compositeur associé pendant trois ans, classiquenews, février 2015), adossé au Schubert tragique de l’ultime cycle de lieder D.911… La représentation du 4 juin est augmentée de rencontres avec auteurs et  interprètes, diffusées par RCF-Savoie : il y  sera expliqué le titre intriguant , Apnée (littéralement : sans  souffle)…

Mourir de ne pas mourir

Le lendemain (5 juin), pleine clarté sur « Iberia, soleils  d’Espagne et de Portugal » qui donne la main de la Renaissance ibérique ) aux  bien sombres éclairages de notre XXIe. Alfonso X le Sage, Guerrero, Manuel  Cardoso, F. de Magalhaes, et le génial mais  austère Tomas de Victoria – si digne interlocuteur des poètes  comme Jean de la Croix, sous l’invocation du célèbre « Je meurs de ne pas mourir », emblème mystique et baroque  – « appellent » des continuateurs-en-esprit : les ibériques Ivan Solano(Cielo Arterial) et A.Chagas Rosa (Lumine clarescet), et l’Anglais Jonathan Harvey (1939-2012) dont l’ardente recherche dans Sobre un Extasis de Alta Contemplacion puise aussi à Jean de la Croix.   C’est l’ensemble Les  Eléments – « depuis 1997, il s’est affirmé comme l’un des principaux acteurs de la vie chorale française »- qui unit si bien le répertoire ancien le plus exigeant et la création contemporaine (A.Markeas, I.Fedele, P.Hersant, V.Paulet, Ton That T iêt) qui porte ce regard croisé. Le chef-fondateur, Joël Suhubiette, chanteur avec W.Christie et Ph.Herreweghe – dont il devient l’assistant pendant huit ans – avait aussi créé en 1993  l’ensemble Jacques Moderne (vocal et instrumental). Fervent défenseur de « l’a cappella », il ne néglige cependant pas l’union des voix et de  l’orchestre, dans la musique religieuse mais aussi  l’opéra, tout spécialement mozartien. Le concert du Bourget est donné peu de temps après sa création toulousaine du début mai.

Voyages méditerranées en balkaniques

Voyages et escales en Méditerranée(9 juin) allie musiques traditionnelles et création de Fawzy Al-Aiedy : « tant de  ports, de voyageurs nomades sur les traces de Marco Polo et Simbad le marin » y sont convoqués par un musicien charismatique ». Fawzy Al-Aiedy est compositeur, auteur et interprète( chant, oud, hautbois, cor anglais), il apporte les échos du pays d’entre les fleuves (Mésopotamie) où cet Irakien « est né vers 1950 entre deux pluies, là où apparaissent les premiers témoignages de l’existence de la lyre, et il se passionne pour les musiques métisses, qui rapprochent les hommes ; citoyen du monde, il est un hôte chaleureux qui reçoit le spectateur à l’oriental, faisant partager les passions d ’une vie de voyageur, et il est devenu en tant que passeur Orient-Occident un, modeste et talentueux artisan de la paix ». Il est ici en Quatuor avec le percussionniste égyptien Sham el Din, le guitariste Frédéric Vérité et le « ténor de caractère » Eric Trémolières, lui aussi fervent  de partitions anciennes-baroques et de contemporain, travaillant à la Péniche-Opéra ou à 2E2M, interprète privilégié de B.Cavanna et J.Rebotier. C’est ensuite au cœur des Balkans que le 13 juin l’Ensemble bosniaque Corona (Sarajevo),né (1992)dans les conditions de tragédie et de courage que l’on  se rappelle (plus de 80 concerts pour les jeunes filles dans Sarajevo assiégée), nous emmène sous la direction de Tjana Vignjevic. Airs traditionnels  et compositions(de sept  musiciens) alternent.

Un humaniste raffiné…

Une dernière création rassemble autour de Lucien Guérinel, né en 1930, et qui occupe une place discrète mais déterminante dans le paysage français des écritures, car cet « humaniste raffiné, ce discret  qui a toujours vécu loin des médias », qui a passé son  enfance  en Tunisie avant de vivre quatre décennies à Marseille, n’est pas « seulement » l’auteur de plus d’une centaine de partitions, où  il privilégie la voix. Passionné par la littérature – il est aussi l’auteur de trois recueils  poétiques -, et il se consacre volontiers au « dialogue» avec l’image photographique, ainsi  pour  les travaux de Philippe le Bihan (Un pas de plus ; Nuptiales) : ainsi devant une  façade éclairée d’un soleil oblique, ce possible écho d’autoportrait : «  Je ne me construis pas. J’attends le soleil du soir pour montrer mes blessures. Le lierre grimpe sur moi, fraternel. J’ai quelque faste aussi, tout contre une misère, ce qui explique le mal à m’ouvrir pour de bon. En somme à défaut de logique, je me limite à je ne sais quel charme qui m’a valu ce regard passager mais si réconfortant. »

…et ses amis de longue date

 Ici, L.Guérinel  s’affronte à l’austérité dramaturgique des Sept Paroles du Christ en Croix – ah Schütz et Haydn ! – , et sera  en compagnie pour cette création dans le cadre du concert (14 juin) de ce qu’il nomme « un ami de longue date, Claudio Monteverdi », et de collègues compositeurs dont des partitions seront aussi données (Régis Campo, François Rossé, Daniel Meier et Jean-René Combes-Damiens). Le Corona-Sarajevo, l’Ensemble 20-21, Le CRR Annecy-Pays de Savoie, Résonance Contemporaine sont sous  la houlette fervente d’Alain Goudard, chaleureux compagnon de route pour Bernard Tétu et l’action vocale dans la région Rhône-Alpes. Avant même le concert en soirée, le public pourra aller (début de soirée) à la rencontre des compositeurs et des interprètes en dialogue.

Soleil malgache et liens savoyards

Une « artiste solaire, jongleuse des arts », la Malgache Landy Andriamboavonjy,  intervient à quatre reprises pour les enfants et les adultes en des spectacles  partagés avec pianiste, comédien et danseuse : Doudou vocal, qui célèbre les berceuses traditionnelles du monde, une Carte Blanche West Side Story, et un Voyage de Zadim. Le tissu régional scolaire   revêt des « rendez-vous insolites  et  concerts partagés » : chorales et ensembles instrumentaux de Savoie, ainsi qu’en des « apéros vocaux » . L’action pédagogique montre en « pactes scolaires, cultures du cœur, voix nomades, ateliers de pratique » son inventivité comme sa présence effective sur le terrain, pas seulement pendant le Festival. Et Le Prieuré affiche ses liens permanents avec ses « collègues » régionaux  : Musique et Nature en Bauges, Les Nuits d’été, le Bel-Air Claviers, les Nuits Romantiques du Lac.

 

 

bourget-voix-du-prieure-festival-2015-visuel-module-vignette-carre-classiquenews-selection-mai-201511e Festival Voix du Prieuré, Bourget du Lac (73), du 27 mai au 14 juin 2015. 5 grands concerts : Apnée (4 juin, 21h), Ibéria (5 juin, 20h30), Medi Terra (9 juin, 20h30), Souffle des Balkans (13 juin, 21h),Musique sacrée d’aujourd’hui (14 juin, 19h). Spectacles Jeune public (27 mai, 18h30 ; 2 juin, 19h ; 8 et 9, 14h30). Programmes d’actions de dialogues , d’interventions tout au long de la période. Informations et réservations : T. 04 79 25 01 99 ; office.tourisme@lebourgetdulac.fr et www.voixduprieure.fr

 

 

Festival Voix du Prieuré (10ème édition), Bourget du Lac (73)

Festival Voix du Prieuré (10ème édition), Bourget du Lac (73). 23mai>14 juin 2014. Bourget du Lac (73) , 10e Festival Voix du Prieuré, Solistes et Choeurs Bernard Tétu, du 23 mai au 14 juin 2014. A la pointe nord  du lac savoyard  du Bourget (celui de Lamartine suspendant le vol du Temps…), Bernard Tétu fondait il y a dix ans un Festival d’avant l’été. Les Voix (celles du Prieuré, monument-centre) sont toujours à l’honneur et  fédèrent recherche et rencontres. En 2014, la Méditerranée rassemble, d’Italie en Egypte, de Grèce en   Bulgarie. 8 concerts, et de fort nombreuses actions ou rencontres associant les publics, notamment ceux du monde scolaire, pendant trois semaines…

 

 

Mère Méditerranée

Bernard_Tétu« Au Musée de Cagliari, sous une statuette sans âge  qui aurait pu être l’œuvre de Picasso ou de Giacometti, je lus comme légende : Madre Mediterranea … La Mère Méditerranée ! Une preuve de plus que l’association mer-mère n’est pas un jeu de mots. Mais quelle mère ici ! Je me souviens d’une autre vestige de  civilisation protohistorique : une grosse pierre en rase campagne, érigée en menhir et toute hérissée de bossages piriformes, une Déesse  Mère dépourvue de ses larmes liquidement    maternelles .    Quelles  idoles  splendidement   dressées ! La Grande  Mère bisexuelle, et l’italianissime fontaine de compassion et de tendresse… »   Il y a presque 50 ans, Dominique Fernandez en Sardaigne, hyper- spécialiste d’Italie  avant de devenir le prolixe  romancier que l’on connaît et admire, titrait « Mère Méditerranée » son mapitre-livre de voyage et d’interrogation sur ce domaine aux rivages civilisateurs, parfois conflictuels, toujours primordiaux pour l’histoire humaine.

 

 

Ulysse et les Sirènes

Et sans que Les  Voix du Prieuré placent  leur édition  2014 sous un tel titre, on peut en proposer la formulation pour  cet « embarquement dans un grand voyage autour de la Méditerranée », comme l’écrit Y.Deschamps, le Président de l’Association : « en ce 10e anniversaire, pour les valeurs défendues par le Festival : autour des Voix, création, actions de formation et d’éducation artistique, ouverture aux pratiques amateurs locales, ancrage sur les ressources du territoire ». Et Bernard Tétu, en bon conteur et éveilleur de conscience par les images, raconte : « C’est le voyage d’Ulysse – « en retour vers sa patrie » selon l’opéra de Monteverdi – qui me vient à l’esprit, Ulysse attaché par ses compagnons au mat du navire pour ne pas succomber aux chants mortifères des Sirènes : c’est aussi la longue quête d’un héros curieux de tous les univers, d’un découvreur fasciné par chaque nouvelle rencontre. »

 

 

Un chercheur entre les civilisations

Et de nommer les « terres abordées par le Festival : la Mésopotamie où Noé construit sn arche, le monde hellénistique avec Pandore, les amazones et les autres personnages mythiques, Dionysos, la Vallée du Nil, les univers poétiques des poètes et compositeurs en Italie… » Oui, le « Patron » des Voix du Prieuré a toujours privilégié la recherche autour des musiques entre civilisations, sans se limiter à son domaine préféré, le XIXe français et allemand et le XXe français. En bon Européen, cet élève d’Alfred Deller, conseillé par Cathy Berberian, s’est beaucoup investi dans « le bel aujourd’hui »sans frontières  d’inspiration et d’écriture : Kagel, Ohana, Boulez, Jolas, Hersant, Amy, Evangelista, Dusapin,Pecou. Enseignant pilote – au CNSMD de Lyon, la 1ère classe en France pour la formation des chefs de chœurs professionnels-,  il avait  fondé – il y a… 35 ans !- les Chœurs et Solistes qui portent son nom, et a maintenant dirigé un millier de concerts, enregistré…35 disques avec ses fidèles, qui participent évidemment depuis 2004  à l’aventure des Bords du Lac.

 

 

SOS Arche

Les concerts sont naturellement  les moments les plus « spectaculaires » de chaque session. En 2014, on aura commencé par un hommage…mésopotamien à Britten (né en 1914) : le compositeur anglais avait «écrit « dans la jubilation » et selon une perspective pédagogique (jeunes interprètes du chant) l’histoire  de Noé, qui apprenant l’avis rouge de catastrophe absolue, embarque sur son paquebot géant côté humains, Noé avec sa famille, côté animaux, un couple de chaque espèce animale, rampante ou volante. Et vogue l’Arche pendant 40 jours, jusqu’à ce que la colombe ramène un rameau d’olivier, promesse  du sauvetage terminal. Beaucoup de monde sur l’eau : maîtrise et solistes de l’Opéra de Lyon, classes multi-savoyardes de formation musicale, mise  en espace diluvien par Jacques Gomez, tous dirigés par Karine Locatelli.

 

 

Itinéraires vers l’Orient

Puis les Chœurs et Solistes dirigés par Bernard Tétu,  un chorégraphe(R.Cottin), une danseuse (A.Bonnéry) et un pianiste (D.Puntos) entraînent  « en rêve ou projet utopique » à partir des partitions françaises XIXe et début XXe, en voyage avec amazones(Cécile Chaminade), hymne védique (Chausson), Pandore mis en boîte (Pierné) ou Troyens (Berlioz, bien sûr),et sans se noyer – prudence ! – dans « le mirage de l’ailleurs » (de Samuel Sighicelli, né en 1972, très lié  avec acousmatique et vidéo, dramaturgie plus symphonique que pop, fondateur du groupe Caravaggio).  Histoire aussi de se rapprocher  des poètes et peintres XIXe fascinés, de ré-itinérer  avec Chateaubriand de Paris à Jérusalem, de Voyager en Orient avec Nerval, de maghrébiser avec Delacroix…

 

 

Un dieu éthylique et des nonnes provençales

Nouvelle Italie,(Vola alta parola) avec sept compositeurs ( d’Antignani à Solbiati) qui jouent le jeu d’une pièce de 5 minutes sur texte du grand poète Mario Luzi. La pianiste Ancuza Aprodu, Six Voix « attaché depuis longtemps au travail musical  en milieux handicapés mêlés aux musiciens professionnels (Percussions de Treffort), créateur en 1987 de Résonance Contemporaine. Et Dionysos, le Florestan de Nietszche qui le préférait à un Eusebius trop…Apollon(ien), le Dieu  créateur, alcoolique et probablement psychopathe… Le cycle a «  deux sources d’inspiration : chant  traditionnel méditerranéen dans le profane et le sacré, timbre vocal et transformations. Voix ivre, en transe, tendre, souffle et respiration, « traitée » en numérique », voilà Dionysos hier et aujourd’hui. Alexandros Markeas et Zad Moultaka « traduisent » les proférations dionysiennes, avec le concours des interprètes de Musicatreize que dirige  depuis 1987 à Marseille –  Propylées avec vue imprenable sur  la Méditerranée – Roland Hayrabédian, l’une des personnalités les plus décisives de la création contemporaine. Au fait, avez-vous déjà vu une « « beatiho » : c’est « boîte vitrée confectionnée par les Nonnes des couvents provençaux au XVIIIe » ? A partir de cet objet magico-musical d’art populaire, l’expérience poétique menée par Guylaine Renaud (chanteuse, conteuse, compositrice :ethnoartiste, en somme !)) et le Basque Benyat Atchary emmènera dans les univers où résonnent les « voix » des mystiques Thérèse d’Avila et Jean de la Croix, sous le signe bénéfique des vers de Lorca et en « troubadourisme » moderne.

 

 

Nuit du Prieuré, Voix Buissonnières

Un concert, Les Voix Buissonnières, rassemble dans le thème Egypte entre  tradition et création des œuvres de compositeurs de ce pays (T.Abdallah, Imam Issa, S.Darwish, S.El-Charnoubi), avec dialogues entre scolaires et créateurs. Et puis vient un haut moment du Festival,en sa clôture :  la Nuit du Prieuré, partagée entre Egypte et Bulgarie. T.Abdallah, également  chanteur et virtuose  du oud, en compagnie de  Shams El Din célèbre le Dandana (fredonnement, associé au oud, instrument si proche de la voix humaine). Plus au nord, les chanteurs bulgares d’Eva Quartet et de l’ensemble Dvuglas proposent un parcours entre l’héritage de la polyphonie médiévale religieuse(liturgies orthodoxes)  et l’ouverture sur une écriture contemporaine.

 

 

La plage de Sète et les rivages du  Lac

Ces trois semaines continuent des formules dont l’expérience a montré la convivialité, tels ces aperos vocaux animés par les chorales amateurs, et soulignés par la participation chorégraphique de Véronique Elouard. Les concerts partagés sont moments privilégiés de rencontres entre chanteurs et musiciens « pros » et amateurs : voix nomades de Résonance Contemporaine, « Embarquement immédiat » avec Jacques Mayoud, qui se définit comme « musiculteur » et s’adressera aux scolaires, apéritif musical en compagnie de l’artiste malgache L. Andriamboavonjy, Randonnée vocale (X.Olagne conduit des chanteurs du CRR de Lyon et du Conservatoire d’Aix). On ne saurait oublier d’autres »actions », à destination du grand public, des chorales amateurs, des milieux scolaires, ou même les Dionysies –une table ronde de spécialistes autour de Bernard Tétu, ici philosophe et historien, voire un « partage gourmand » qui fera goûter, sous la bénédiction du dieu-toujours-contrôlé-positif, vins et recettes de Savoie !  « Hydre absolue, ivre de ta chair bleue », chantait un certain qu’on eût pu enterrer sur la plage de Sète. Le Lac du Bourget ne fait-il pas jolie « mise en abyme » – encore meilleure les jours de beau temps – de la Mère Méditerranée ? C’est du moins ce que chanteront au Prieuré tant de voix claires ou profondes…

 

 

Le Bourget du Lac (73) et autres lieux de Savoie (Chambéry, Bassens, Aix-les-Bains…) Festival des Voix du Prieuré, du 23 mai au 14 juin 2014. 8 concerts : samedi 24 mai, 18h, Le Bourget ; mercredi 28 , 20h30, Chambéry ; dimanche 1er juin, 19h, Le Bourget, ainsi que mercredi 4, 21h ; mercredi 11, 20h30 ; vendredi 13, 15h ; samedi 14, 17h et 21h. Programmes d’actions, rencontres, interventions tout au long de la période. Informations et réservations : T.04 79 25 01 99 ; www.voixduprieure.fr

Illustration : Bernard Tétu (DR)