DVD, compte rendu critique. WAGNER : LOHENGRIN (Netrebko, Beczala, Thielemann, Dresde 2016, 2 dvd Deutsche Grammophon)

wagner lohengrin dresde dvd deutsche grammophon anna netrebko piotr beczala par classiquenewsDVD, compte rendu critique. WAGNER : LOHENGRIN (Netrebko, Beczala, Thielemann, Dresde 2016, 2 dvd Deutsche Grammophon). Quand ANNA NETREBKO chante Elsa dans Lohengrin de Wagner, c’est toute la planĂšte opĂ©ra qui retient son souffle, curieuse de suivre les prises de rĂŽles de la chanteuse. AprĂšs ses Verdi qu’on a dĂ©clarĂ©s dangereux, et qui furent enivrants (Leonora du TrouvĂšre puis Lady Macbeth, de Salzbourg au Metropolitan de New York), la voici en mai 2016 (juste avant son disque PUCCINI oĂč elle osera incarner LiĂč et surtout TruandĂąt
 (cd VĂ©risme, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016) lĂ  encore enivrante), Ă  Dresde sous la baguette de Christian Thielemann dans Elsa
 Le DVD de cette production importante est publiĂ© en juillet 2017.

Pour l’anniversaire de Wagner, ce 22 mai, l’OpĂ©ra de Dresde, d’ordinaire si Straussien, retransmet ce Lohengrin sur la place de l’OpĂ©ra, en grands Ă©crans; Les 2 prises de rĂŽles mĂ©ritaient bien ce focus mĂ©diatique et populaire : Lohengrin et Elsa, soit Piotr Beczala et Anna Netrebko, prĂȘts Ă  relever les dĂ©fis de leurs personnages respectifs. PrĂ©cisĂ©ment, que donnent deux Verdiens avĂ©rĂ©s chez le jeune et romantique Wagner inspirĂ© par la lĂ©gende Arthurienne et Parsifalienne ?

D’emblĂ©e voilĂ  une Elsa moins miĂšvre qu’à l’ordinaire, trouvant la juste balance entre passivitĂ© romantique et autodĂ©termination digne quoique blessĂ©e. En robe blanche, – celle d’une princesse accusĂ©e et martyr, Anna Netrebko forge un personnage crĂ©dible et indiscutablement profond. Ce qui prime et saisit chez la soprano austrorusse qui multiplie depuis 3 saisons les prises de rĂŽles plutĂŽt surprenantes, c’est l’incandescente sincĂ©ritĂ© de son chant, portĂ© par un timbre sensuel et tendre, aux aigus charnels et ronds, toujours aussi percutants et irrĂ©sistibles. Ce, malgrĂ© une ligne parfois en dĂ©sĂ©quilibre, une intonation pas toujours Ă©gale, et un souffle incertain
 autant de limites qui avaient attĂ©nuĂ© ses Quatre derniers lieder de Strauss sous la direction de Barenboim. Mais l’allemand de son Wagner a progressĂ©. ConfĂ©rant au personnage d’Elsa, une intĂ©rioritĂ© poĂ©tique plus Ă©vidente. D’autant que la soprano ne manque pas d’intensitĂ© et d’ardeur radicale (comme une Mirella Freni), son angĂ©lisme pouvant rugir aussi
 aussi fort et intensĂ©ment que la manipulatrice qui finalement la soumet peu Ă  peu, Ortrud (Evelyn Herlitzius).
Piotr Beczala a le timbre ardent lui aussi et tendre de l’élu descendu sur terre, mais la voix peine Ă  couvrir les ensembles et le style se durcit, avec aigus claironnants pas rĂ©ellement nuancĂ©s, en particulier dans son grand air de rĂ©vĂ©lation : cf le rĂ©cit du Graal / In fernem Land, dans lequel le fils de Parsifal dĂ©voile son identitĂ© quasi divine et prĂ©tendument salvatrice
).

Le Talramund de Thomasz Konieczny autre prise de rĂŽle, manque parfois de nuances lĂ  aussi comme de profondeur, mais sa performance demeure noire, assurĂ©e, efficace. Roi diseur qui doit Ă  son expĂ©rience du rĂŽle, une belle assurance, Georg Zeppenfeld (Heinrich / Henri l’Oiseleur) incarne un souverain soucieux d’ordre comme de vĂ©ritĂ© et de justice. VocifĂ©rante, hallucinĂ©e, parfois manquant de prĂ©cision dans le contrĂŽle de l’émission, l’Ortrud d’Evelyn Herlitzius s’impose elle aussi aux cĂŽtĂ©s de Netrebko, campant une sorciĂšre jalouse, frustrĂ©e, haineuse qui contraste magnifiquement avec l’angĂ©lisme de façade de la belle Elsa.

UnknownEn piste de puis 1983, la mise en scĂšne de Christine Mielitz arborre ses Ă©videntes faiblesses et absences (de vision comme de rĂ©elle cohĂ©rence). Foule chaotique et confuse, costumes carnavalesques
 tout cela manque singuliĂšrement de profondeur et de synthĂšse (n’est pas Romeo Castellucci qui veut) et l’on a vu combien ces lectures narratives qui imposent un Moyen Âge de carton pĂąte Ă  la Disney pouvaient affaiblir le message esthĂ©tique, artistique, philosophique de Wagner Ă  l’opĂ©ra. Divertissement ou rĂ©flexion
 la metteure en scĂšne a visiblement choisi son camp.
Dans la fosse, l’Orchestre de Dresde suit les intentions du chef Thielemann, fidĂšle Ă  lui-mĂȘme : entre hĂ©donisme instrumental et dramatisme parfois Ă©chevelĂ© qui mĂ©riterait davantage de profondeur et de suggestivitĂ©. Pour autant Wagner gagne-t-il dans cette posture rien que spectaculaire et historique, au clinquant mĂ©diĂ©valiste ? Il y a quand mĂȘme une certaine intĂ©rioritĂ© chez les deux protagonistes, aux idĂ©aux, ni symĂ©triques ni complĂ©mentaires. car Wagner nous montre combien par tempĂ©rament comme par esprit, Lohengrin et Elsa n’avaient RIEN en commun. Est ce si visible dans cette production ?

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DVD, compte rendu critique. WAGNER : LOHENGRIN (Netrebko, Beczala, Thielemann, Dresde 2016, 2 dvd Deutsche Grammophon).

Lohengrin : Piotr Beczala
Elsa von Brabant : Anna Netrebko
Heinrich der Vogler : Georg Zeppenfeld
Friedrich von Telramund: Tomasz Konieczny
Ortrud : Evelyn Herlitzius

ChƓurs de l’OpĂ©ra d’Etat de Saxe
Staatskapelle de Dresde
Direction musicale : Christian Thielemann
Mise en scĂšne : Christine Mielitz

Dresde, Semperoper, enregistré en mai 2016
2 DVD Deutsche Grammophon – 3h25mn – 00440 073 5319

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