DVD, compte rendu critique. THEODORA de Handel / Haendel. Watson, Christie (2015, ERATO)

haendel handel theodora erato christie jaroussky watson spicer doustrac les arts florissants dvd erato dvdDVD, compte rendu critique. THEODORA de Handel / Haendel. Watson, Christie (2015, ERATO). Sans atteindre la version (lĂ©gendaire) de Peter Sellars Ă  Glyndebourne (rĂ©alisĂ©e en 1996, donc voilĂ  plus de 20 ans dĂ©jĂ ), cette « première » ThĂ©odora en version scĂ©nique montre les limites de l’exercice. Pourquoi vouloir dĂ©montrer davantage que la musique, qui se suffit largement Ă  elle-mĂŞme (c’est mĂŞme l’une des plus sublimes et recueillie qui soit nĂ©e sous les mains de Haendel), pourquoi s’obstiner Ă  dĂ©montrer par le visuel et les mouvements de scène ce qui Ă©tait, – et reste essentiellement, un oratorio, c’est Ă  dire un drame sacrĂ© et spirituel, sans dĂ©cors ?
Sur la scène parisienne, les décors se bornent à quelques parois coulissantes (pour mieux marquer l’espace étouffant d’un drame qui mène à la mort), ne font pas oublier les hors sujet total de l’orgie au II (délire accessoire du metteur en scène Stephen Langridge). Tout ce décorum visuel finit par encombrer une action qui par son essence épurée (musicalement) et très efficace, recherche a contrario, l’allègement, l’abstraction, la poésie pure. Côté conception des chanteurs / acteurs, l’interprétation survole une partition qui doit toucher par sa profondeur et son sens de la gravité où le silence et la lenteur disent cette transfiguration spirituelle et mystique de l’héroïne, laquelle emmène sur son chemin sacrificiel ses proches. Mauvais Valens, trop superficiel voire caricatural (Callum Thorpe) ; même limites dommageables pour le contre ténor Philippe Jaroussky, qui brille par son absence de graves et ses piètres talents d’acteur : son Didymus, premier compagnon de Theodora, en compassion et transcendance, se révèle bien lisse, tout au moins amoureux transi douloureux, mais sans aucune ambivalence ni souffrance morale. Tout un pan du personnage est écarté. En revanche le Septimus de Kresimir Spicer cisèle un héros tragique, véritablement traversé par le tiraillement intérieur, entre devoir et tentation de la ferveur : sa souffrance et sa présence humaine, comme son épaisseur émotionnelle sauvent le plateau. Voix limitée, et actrice trop réservée, la soprano britannique Katherine Watson dans le rôle-titre, doit forcer sa nature pour exprimer le souffle spirituel de plus en plus prenant, impérieux qui la submerge : vocalement tout est là ; mais émotionnellement, grâce aux plans serrés sur son visage, la tiédeur finit par susciter une « certaine » intériorité. Il ne s’agit pas d’avoir une « belle voix », surtout dans l’un des oratorios les plus introspectifs de Haendel. L’Irène de Stéphanie D’Oustrac tire elle aussi, comme Spicer, son épingle du jeu : suave et habitée, la cantatrice montre qu’elle est aussi une formidable interprète. D’autant que dans la fosse, se déploie la direction très précise et hautement dramatique de William Christie, insurpassable chez Haendel, entre élégance, noblesse, flexibilité, acuité et articulation dans l’expression du souffle spirituel de l’aristocrate et fervent Haendel à Londres.

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DVD, compte rendu critique. Theodora de Haendel / Handel. Kresimir Spicer, Stéphanie D’Oustrac, Katherine Watson, Philippe Jaroussky… Les Arts Florissants. William Christie, direction. Stephen Langdrige, mise en scène (2 dvd ERATO, enregistré à Paris, au TCE, en octobre 2015).

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