DVD, coffret MOZART, critique : The DA PONTE operas : OPUS ARTE (3 dvd Opus Arte).

da ponte mozart trilogy cosi nozze giovanni opus arte dvd review critique dvd par classiquenews 0809478012757DVD, coffret MOZART : The DA PONTE operas : OPUS ARTE (3 dvd Opus Arte). En un somptueux coffret intelligemment Ă©ditĂ©, OPUS ARTE ressemble le meilleur du chant mozartien rĂ©cemment remarquĂ© Ă  Covent Garden. L’homogĂ©nĂ©itĂ© des plateaux, le sens du thĂ©Ăątre, la direction souvent trĂšs affĂ»tĂ© concourent Ă  faire de cette trilogie filmĂ©e l’un des meilleurs coffret OPUS ARTE.

COSI FAN TUTTE (2016)
MalgrĂ© ses intentions pavĂ©es de sincĂšres motivations, le metteur en scĂšne Jan Philipp Gloger ne rĂ©ussit pas vraiment Ă  explorer et dĂ©monter la fine machinerie des cƓurs amoureux : cette Ă©cole des amants qui a inspirĂ© Mozart et Da Ponte. Le scĂ©nographe se parodie lui-mĂȘme en Alfonso, affĂ»blĂ© de son assistante, Despina : ainsi l’action se dĂ©roule dans divers lieux du thĂ©Ăątre (loge, rideau, parterre, bar
). C’est Ă  dire que l’on visite les lieux d’un thĂ©Ăątre oĂč la science de la reprĂ©sentation indique l’illusion de l’action qui se trame ici. Cependant l’effet tourne Ă  la foire aux idĂ©es, et dans cette grille de lecture qui aurait fonctionner avec plus d’économie et de synthĂšse, Gogler se noie Ă  force d’entassements gadgets et d’élucubrations qui s’écartent de la fine intelligence, dĂ©sespĂ©rĂ©e, du duo Mozart / Da Ponte. Sexe Ă  tous les Ă©tages, jusqu’au trop plein. Rayonne dans ce bain des dĂ©sirs lubriques : la gourgandine dĂ©lurĂ©e Despina.
Plus cohĂ©rent et d’une belle couleur juvĂ©nile dans son ensemble, le cast rehausse l’intĂ©rĂȘt de la nouvelle production de 2016 : Fiordiligi (Corinne Winter) tendue comme un roc (Come scoglio) ; Dorabella plus onctueuse (Angela Browers) mais moins percutante ; servante dĂ©jantĂ©e et initiatrice irrĂ©sistible, la Despina de Sabina PuĂ©rtolas ; Alfonso souverain et dramatiquement trĂšs juste de Johannes Martin KrĂ€nzle. Enfin les deux fiancĂ©s parieurs, pris Ă  leur propre piĂšge sont tout autant bien caractĂ©risĂ©s :
le baryton sĂ©ducteur Alessio Arduini fait un Gugliemo bien prĂ©sent parfois trop lisse et linĂ©iare ; rien Ă  voir et Ă  Ă©couter avec le Ferrando magistral de Daniel Behle, tout en nuances et finesse. C’est peut-ĂȘtre lui qui maĂźtrise le mieux et avec le plus de naturel le bel canto mozartien : son « Un’ aura amorosa » est bouleversant de suggestion pudique, de touchante sincĂ©ritĂ©. Rien Ă  dire Ă  la baguette ciselĂ©e de Semyon Bychkov, ex assistant de Karajan, et douĂ© de toutes les finesses lui aussi mozartiennes. Le legato de l’orchestre s’entend ici du dĂ©but Ă  la fin, amoureusement Ă©noncĂ©, puissant mais tendre.

DON GIOVANNI (2014)
DiffusĂ©e en direct au cinĂ©ma en fĂ©vrier 2014, ce nouveau Don Giovanni au Royal Opera House de Londres impose la vision labyrinthique de Kasper Holten pour lequel le plus grand sĂ©ducteur des LumiĂšres, Ă©volue symboliquement dans une maison unique dont piĂšces, escaliers, terrasse, balcons
 reprĂ©sentent autant de situations et de lieux qui lui permettent de piĂ©ger ses victimes, consentantes ou non. Le dispositif permet au thĂ©Ăątre de reprendre ses droits dans un ouvrage oĂč la musique risque toujours de dominer, et avec raison, car le gĂ©nie de Mozart s’y dĂ©ploie dans chaque situation.
Le duo Leporello / Giovanni est renforcĂ© et comme sublimĂ© par leur complicitĂ© Ă©gal Ă  Ă©gal grĂące Ă  l’excellent acteur qu’est Alex Esposito (Leporello) qui joue le double de son maĂźtre, plutĂŽt que son serviteur. Le jeu de miroir de l‘un Ă  l’autre, leur duplicitĂ© interchangeable, l’un apprenant de l’autre, quand l’autre est stimulĂ© et regaillardi par la tĂ©nacitĂ© de l’un
 Le duo fonctionne Ă  merveille et renforce la haute tenue de cette version londonienne. Humain tiraillĂ© (la prĂ©sence dĂ©multipliĂ©e du Commandeur assassinĂ© ensanglantĂ©), coupable et meurtrier Ă  la façon de Caravage, le Don Giovanni de Mariusz Kwiecien saisit par sa fĂ©rocitĂ© cynique, son intensitĂ© bestiale et animale, sa sauvagerie Ă  la fois blessĂ©e et lĂąche
 dont les nuances Ă©pousent lĂ  encore toutes les intentions d’un texte musical et dramatique, d’une sidĂ©rante vĂ©ritĂ©.
Digne et touchante par sa sincĂ©ritĂ© elle aussi, Donna Anna de Malin Byström ; tendue, presque criarde et peu Ă  l’aise, l’Elvira de la française VĂ©ronique Gens déçoit : manque de naturel et de fluiditĂ©, la diva ne maĂźtrise pas le legato mozartien, et cherche souvent le portrait admirable de cette amoureuse attendrie, Ă©ternelle compatissante Ă  l’égard d’un Don Giovanni qui l’a pourtant trahie et abandonnĂ©e. Autre tempĂ©rament Ă  en vouloir dĂ©coudre, la Zerlina autodĂ©terminĂ©e d’Elizabeth Watts : elle aussi veut sa part de plaisir et de jouissance. Aussi nuancĂ© et caractĂ©risĂ© demeure le Masetto du Sud-africain Dawid Kimberg, lui aussi bon acteur. Plus limitĂ© et en dessous du niveau de ses remarquables partenaires, l’Ottavio dĂ©passĂ© de Antonio Poli. Continuo allĂ©gĂ© expressif, ou orchestre rugissant, furieux ou murmurĂ©, la direction de Nicola Luisotti (au pianoforte) se distingue elle-aussi par sa finesse et son Ă©loquence.

LE NOZZE DI FIGARO
Autre rĂ©ussite pour ces Noces / Nozze Ă  la fois homogĂšnes et naturelles rĂ©unissant un plateau de chanteurs qui sont aussi de bons acteurs. Chant et thĂ©Ăątre se rĂ©alisent au diapason d’un orchestre lui aussi idĂ©alement articulĂ©, animĂ© par la progression dramatique. C’est donc un succĂšs global, un beau travail d’équipe canalisĂ© et façonnĂ© par Davd McVicar dont l’esthĂ©tisme et la clartĂ© de conception font merveille. Les deux Comte / Comtesse, Figaro / Susana sont trĂšs bien incarnĂ©s, ajoutant Ă  l’équilibre expressif et la caractĂ©risation de chacun. Les rĂ©citatifs sont vifs, nerveux, jamais Ă©pais : une leçon de piquante Ă©loquence. BientĂŽt Don Giovanni de poids et de charme, le Figaro alors de Erwin Schrott fait mouche par sa virilitĂ© souple et bien chantante, une force canalisĂ©e, parfaitement adaptĂ©e pour rĂ©sister et vaincre l’autoritĂ© du Comte. Belle ivresse et sĂ©duction sensuelle chez la Susanna de la suĂ©doise Miah Persson. Exemplaire depuis ses dĂ©buts baroques, Ă  la fois profonde, sincĂšre et Ă©conome, la bouleversante Comtesse de Dorotha Röschmann Ă©blouit par sa grĂące intĂ©rieure, sa noblesse d’ñme qui Ă©claire cette tendresse de Mozart pour les femmes. Subtil sans grossiĂšretĂ©, le Comte de Gerald Finley apporte au personnage ailleurs, rustre et caricatural, une finesse d’intention qui Ă©paissit considĂ©rablement le personnage. Le piĂšge et la bascule qui se retournent contre lui en fin d’action, gagnent une nouvelle profondeur. Saluons la tendresse juvĂ©nile trĂšs juste du ChĂ©rubino de Rinat Shahan, la Barbarina toute en sensualitĂ© piquante d’Ana James. MĂȘme maĂźtrise vocale et dramatique pour le trĂšs drĂŽle Basilio de Philippe Langridge : une classe mĂ©morable.
En fosse, pas moins que le directeur musical du Royal Opera House, Antonio Pappano, qui joue aussi du clavecin avec vivacité et entrain. La direction détaillée et nerveuse ajoute à cette remarquable approche de la Folle Journée mozartienne, frappée du sceau de la trépidante pulsation humaine, inconstante et douloureuse. Superbe production.

CLIC_macaron_2014LE NOZZE DI FIGARO : McVicar / Pappano
DON GIOVANNI : Holten / Luisotti
COSI FAN TUTTE : Gloger / Bychkov
Royal Opera Chorus and Orchestra – 3 dvd OPUS ARTE

Plus d’infos sur le site d’OPUS ARTE

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