COVID19. Quel plan pour la culture ?

macron-emmanuel-discours-plan-pour-la-culture-covid19-6mai2020EDITO. Quelle culture pour le monde d’après ? Au Palais de l’Elysée, devant une sélection d’artistes, et sans la présence d’instances représentatives, Emmanuel Macron a présenté ce 6 mai 2020, les grandes orientations de son plan Marshall pour la culture en France. Les organismes professionnels réclament des garanties.
MuselĂ©e, empĂŞchĂ©e, la culture en France est Ă  l’arrĂŞt. Une situation asphyxiante jamais Ă©prouvĂ©e auparavant. Salles d’opĂ©ras, de théâtre, de concert, festivals, studios d’enregistrement, espaces de travail… la France d’ordinaire si active en matière de crĂ©ations et de partages et de diffusion artistique, est condamnĂ©e au silence. Ce ne sont pas seulement les publics qui sont frustrĂ©s ; ce sont aussi les artistes qui ne peuvent plus rĂ©pĂ©ter ni jouer. De toute Ă©vidence, dĂ©confinement ou pas, la vie normale, la vie d’avant, ne reviendront pas tout de suite, et nombre d’établissements comme d’ensembles et de formations, qu’ils soient orchestres ou collectifs chambristes, Ă©quipes lyriques, troupes pluridisciplinaires, … ne voient pas le retour Ă  l’activitĂ© avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. VoilĂ  qui laissait espĂ©rer beaucoup de l’allocution du PrĂ©sident Macron, lequel se disait sensibilisĂ© Ă  la situation catastrophique de la vie culturelle et du spectacle vivant en France. Cet apocalypse n’est pas seulement Ă©conomique ; il pose la question de la vitalitĂ© dĂ©mocratique : comment accepter sur le long terme que la voix des artistes, que le geste et la libertĂ© des auteurs et des interprètes soient ainsi mis sous cloche ?

Le Président Macron a surtout énoncé de grands principes comme celui de « refonder une ambition culturelle pour le pays ».

Concrètement, des dĂ©cisions ont Ă©tĂ© annoncĂ©es, Ă  destination de la filière musicale. Le Centre national de la musique, encore rĂ©cent et donc fragile, va recevoir une dotation exceptionnelle de 50 millions d’euros (sans prĂ©cision de leur destination et utilisation finales). De mĂŞme, un « fonds festival en collaboration avec les collectivitĂ©s locales », un « grand programme de commandes publiques », favorisant les « jeunes crĂ©ateurs de moins de 30 ans qui sortent du Conservatoire, de l’Ă©cole » ont Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©s.

Côté déconfinement, le Président s’est montré favorable au retour au fonctionnement des établissements culturels (musées, théâtres, galeries d’art…) dans le respect de la distanciation, en particulier pour les séances de répétition ; une étape d’évaluation sera réalisée fin mai, début juin ; puis un retour du public serait envisagé en favorisant la distance et en écartant le brassage. Un pari difficile à relever (les musiciens d’un orchestre peuvents il jouer chacun à 1m voire plus de distance des autres ?…) et qui pose d’emblée de sérieux problème de rentabilité des spectacles et des salles (ce qui sera aussi le cas des salles de cinéma et des parcs de loisirs, comme des zoos). D’emblée le monde de demain sera plus digital à défaut de pouvoir concrètement toucher les spectateurs : c’est désormais une autre relation avec « le public, avec lequel il va sans doute falloir inventer un autre rapport : public moins nombreux, des captations, des interactions différentes » a lancé le Président.
Si les Festivals brassant plus de 5000 personnes ont été interdits cet été, qu’en est-il des plus petits festivals dont la majorité ne souhaitent pas annuler leur édition 2020 ? Même pour la rentrée de septembre, quelles directives ? Pour quel type de théâtre ? Dans quelles conditions ?

 

Captations, distance…
il faut réinventer l’accès à l’art et à la culture…

 

« Moi, je ne sais pas dire oĂą sera cette Ă©pidĂ©mie pour la saison prochaine » : par ses mots, le PrĂ©sident Macron laisse planer un mĂŞme doute sur le lancement et la tenue des saisons musicales et lyriques en France. Beaucoup d’établissements ne savent otujours pas si le dĂ©but de la saison 2020 – 2021 (septembre, octobre, novembre) pourra se tenir malgrĂ© la pandĂ©mie (et sa 2è vague annoncĂ©e). Rien de prĂ©cis donc.

Si l’emploi vient Ă  manquer, le PrĂ©sident ouvre de nouvelles perspectives, proposant un rapprochement de la culture et de l’éducation ; concrètement, appelant les artistes Ă  transmettre l’art Ă  l’école, par petits groupes, dans des conditions très encadrĂ©es sanitairement lĂ  encore. De mĂŞme sur le plan des revenus Ă  travers le rĂ©gime des intermittents, le PrĂ©sident n’a pas manquĂ© d’être clair voire rassurant : confirmant une prolongation des droits jusqu’Ă  fin aoĂ»t 2021, l’ « annĂ©e blanche » demandĂ©e par nombre de professionnels, est donc accordĂ©e : « Je veux qu’on s’engage Ă  ce que les artistes et les techniciens intermittents soit prolongĂ©s d’une annĂ©e au-delĂ  des six mois oĂą leur activitĂ© aura Ă©tĂ© impossible ou très dĂ©gradĂ©e, c’est-Ă -dire jusqu’Ă  fin aoĂ»t 2021 «  a prĂ©cisĂ© Emmanuel Macron, souhaitant cependant que chaque intermittent trouve sur la pĂ©riode Ă  venir les engagements nĂ©cessaires pour rĂ©aliser ses heures. Le PrĂ©sident a donc lancĂ© des perspectives de travail et invitĂ© directement les acteurs de la filière culturelle Ă  rĂ©inventer l’accès pour tous Ă  la culture et au spectacle vivant. A suivre.

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VIDÉO : voir un extrait du discours d’Emmanuel Macron au sujet de son plan Marshall pour la culture en France
https://www.youtube.com/watch?v=FiY_n4UfjGA

 

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