COMPTE-RENDU,Concert. La Roque d’Anthéron 2019, le 17 Août 2019. Récital FF Guy, piano. L.V. BEETHOVEN (Hammerklavier)

COMPTE-RENDU,Concert. Festival de La Roque d’Anthéron 2019. La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans, le 17 Août 2019. L.V. BEETHOVEN. F.F. GUY. La grande connaissance de la musique de Beethoven par François-Frédéric Guy est bien connue au concert. Il a également enregistré probablement toute la musique de Beethoven pour piano, sonates, pour piano seul et à deux, musique de chambre et concertos. Son allure calme, sa concentration sereine donnent immédiatement un sentiment de sécurité. Il débute son concert avec la 16 ème des 32 Sonates de Beethoven. Elle possède donc une position centrale dans cette production prodigieuse. Alors qu’elle est contemporaine du déchirant texte du Testament d’Heiligenstadt ; elle paraît joyeuse et pleine d’humour. Comme si le grand homme voulait bien rendre compte de son plaisir à vivre en société que la surdité le condamnait à éviter. Le jeu de François Frédéric Guy est justement capable de rendre cette légèreté et cet humour. Même si le mouvement lent se rembrunit. La beauté de la sonorité nous ravit et la délicatesse des phrasés est également admirable.

 

 

32 Sonates, Hammerklavier… 

François-Frédéric Guy excelle dans Beethoven

 

concert piano critique classiquenews Guy_© Christophe GREMIOT_17082019-6

 

 

 

L’élégance de l’écriture et celle de l’interprétation se rencontrent avec art sous les doigts de François-Frédéric Guy. Puis la Sonate n° 26 plus connue comme celle des adieux, est en fait celle « des adieux, de l’absence et du retour de l’ami ». Il ne s’agit pas d’une histoire amoureuse mais d’amitié. Beethoven voyait le frère de l’Empereur, son élève, ami et mécène quitter Vienne sous la menace Napoléonienne. Précédant de peu le cinquième concerto, l’écriture pianistique est virtuose et brillante. François-Frédéric Guy avec une belle autorité dramatique va nous faire vivre ses trois états avec une grande clarté de jeu. Nuances très développées, virtuosité maîtrisée et tristesse dans le mouvement lent non surjouée, mais exprimée avec noblesse. Le final est un moment de véritable allégresse.

Après l’entracte c’est la grandiose Sonate « Hammerklavier ». Peu de pianistes peuvent en rendre la véritable grandeur qui dépasse le seul jeu pianistique. Récemment à Salon-de-Provence le tout jeune Théo Fouchenneret nous avait éblouis par sa compréhension du message de Beethoven dans des qualités pianistiques rares. Il est certain que la maturité de François-Frédéric Guy lui permet d’aller plus loin. Il dépasse les traits pianistiques, se met complètement à nu dans une interprétation totalement bouleversante. Comment Beethoven a-t-il pu aller si loin ? Comment cet artiste fait-il pour rendre perceptible au public la confession de l’âme du compositeur ? Il y a presque quelque chose d’indécent à livrer au public une telle confession. Public dont une partie joue avec son téléphone portable, tousse, bouge ou somnole pendant qu’un artiste intègre livre en totale impudeur tout son amour pour cette partition incroyable. Le long mouvement lent (20 minutes) est l’expression, la confidence d’une âme au bord du désespoir mais qui garde faiblement la foi dans l’humanité.
C’est là que le Testament d’Heiligestadt prend tout son sens. Beethoven avait en lui cette page, et bien d’autres : il devait les offrir à ses frères humains. Voici l’extrait du testament auquel je fais allusion : « De tels incidents me portaient presque au désespoir et il s’en fallut de peu que je ne misse fin à ma vie, mais seul, lui, l’art m’en retint. Oh ! Il me semblait impossible de quitter ce monde avant d’avoir accompli ce à quoi je me sentais disposé et, ainsi je prolongeai cette vie misérable, vraiment misérable, cette nature si fragile qu’un assez rapide changement me fit passer du meilleur état dans le pire. »

Il me semble que l’organisation d’un concert, même dans un lieu magique comme celui-ci, touche à sa limite lorsque que l’artiste-interprète offre une si parfaite compréhension du message bouleversant du compositeur. François-Frédéric Guy domine non seulement techniquement cette Sonate, mais en comprend parfaitement et nous en fait comprendre, toute la grandeur.

 

 

piano concert critique festival classiquenews Guy_© Christophe GREMIOT_17082019-11

 

 

Ce grand moment de musique est à marquer d’une pierre blanche. François-Frédéric Guy est un artiste à la maturité magnifique. Il est en train de diffuser en CD son intégrale des Sonates de Beethoven. Elle est certainement admirable, mais assister à un concert de cette qualité n’a pas de prix. Car voir la charge émotionnelle maîtrisée de l’artiste, rend humble et reconnaissant. Le public a applaudi bruyamment et presque vulgairement après cette musique éthique si profonde. François-Frédéric Guy avec un bel humour a joué en premier bis la lettre à Elise. Son petit sourire semblait suggérer que savoir jouer la Hammerklavier est peut être un préalable à bien jouer cette petite et si belle lettre…. Que massacrent tant d’amateurs…
Puis dans la belle nuit provençale un nocturne de Chopin au legato de velours, a fermé la soirée avec beaucoup d’élégance. Plus qu’un pianiste François-Frédéric Guy est un grand musicien et il excelle dans la capacité à faire comprendre le génie de Beethoven.

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Compte- rendu, Concert. Festival de La Roque d’Anthéron 2019. La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans, le 17  août 2019. Ludwig Van Beethoven ( 1770-1827) : Sonate N°16 en sol majeur op.31 n°1 ; Sonate n°26 en mi bémol majeur Op.81a «  Les adieux » ; Sonate n°29 en si bémol majeur Op.106 «  Hammerklavier » ; François-Frédéric Guy, piano. Photos : © Christophe Grimiot

 

 

 

 

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