Compte rendu, récital. Paris. Festival Jeunes Talents, le 9 juillet 2014. « Entre Orient et Occident », recital. Bloch, Debussy, Bartok… Virgil Boutellis-Taft, violon. Antoine de Grolée, piano.

Les Archives Nationales accueillent deux jeunes virtuoses à l’occasion du Festival Jeunes Talents à Paris. Le récital de Virgil Boutellis-Taft et Antoine de Grolée est un voyage musical, mélangeant exubérance et intimisme, tradition et modernité, avec un programme riche en couleurs orientales et occidentales. A côté des pièces importantes du répertoire pour violon et piano comme les Sonates de Janacek et Debussy, le programme comprend aussi des extraits et transcriptions exaltant mettant en valeur les traits brillants des deux jeunes talents !

L’Orient et l’Occident, transfigurés

virgil boutellis taft et Antoine de GroléeLe récital commence avec Nigun, pièce centrale du triptyque Baal Shem (1923), pour piano et violon du compositeur Suisse-Américain Ernest Bloch. La composition de Bloch, hautement personnelle, illustre trois scènes de la vie spirituelle juive. Il s’agît d’une spiritualité transfigurée par le prisme créateur du compositeur, qui souhaitait davantage mettre en musique l’âme juive que faire une étude ethnomusicologique, comme le firent Kodaly ou Bartok pour le folklore hongrois et tchèque. Sans doute le morceaux le plus extraverti du triptyque, ici le violon chante la ferveur religieuse avec une mélodie tout à fait euphorique qui monte en intensité pour ensuite redescendre. Boutellis-Taft l’interprète avec une forte vigueur, démontrant aisément les qualités de son talent avec des effets sonores impressionnants. La complicité avec Antoine de Grolée au piano est déjà évidente. Lors de la Sonate en La mineur pour Violon et Piano de Janacek, il régale l’auditoire avec une dextérité, un entrain, et aussi une grande sensibilité. Quel brio des musiciens ! A l’attaque si juste du violoniste s’ajoute la réactivité du pianiste dans les mouvements rapides. Dans la Ballade et l’Adagio une sensibilité partagée ravit l’ouï. Un mélange de douceur et d’anxiété, d’inspiration folklorique et d’art savant. Mélange que nous retrouvons dans la Sonate pour Violon et Piano en Sol mineur de Debussy, la dernière composition du maître français. Antoine de Grolée exécute les délicieuses harmonies originelles de Debussy avec sentiment, tandis que le violon est insolent et exotique, ma non troppo dans les mains de Boutellis-Taft, qui montre un jeu finement nuancé, avec des vifs éclats d’humour et virtuosité, sans jamais perdre en musicalité. La sonate avec ses épisodes d’inspiration orientale a quelque chose de sensuel et hypnotisant, mais aussi une certaine joie et virilité dans cette performance.

La deuxième partie commence avec la transcription pour piano et violon du célèbre Poème pour Violon et Orchestre d’Ernest Chausson. Il s’agît à l’origine d’une commande de concerto du violoniste et compositeur Eugène Ysaÿe, dédicatoire et créateur de l’œuvre. Chausson préfère créer une œuvre de forme libre et plus courte qu’un concerto, mais avec des nombreux passages pour le violon solo. L’atmosphère sentimentale s’instaure rapidement et Virgil Boutellis-Taft offre une prestation spectaculaire, souvent brillante, toujours sincère. Il a une sensibilité exquise lors des passages mélancoliques et un brio resplendissant pour des moments d’une passionnante intensité. Après ce pseudo-concert pour violon, le jeune virtuose interprète une œuvre pour violon solo d’un compositeur vivant, Les Chants du Sud (1996) de Philippe Hersant, présent au récital et qui partage rapidement avec le public son admiration pour Bartok et l’inspiration folklorisante de sa partition. Chacun des six courts chants s’inspire librement des musiques traditionnelles du bassin méditerranéen ; le produit de l’imagination du compositeur a donc une allure traditionnelle mais révèle aussi une réelle modernité. L’œuvre, accessible, flatte le jeune interprète comme elle flatte l’audience. La composition qui finit le récital est le morceau de bravoure de la soirée, la transcription virtuose de Zoltan Szekely pour violon et piano, des Six Danses populaires roumaines de Bela Bartok. Virgil Boutellis-Taft est enflammé ; son approche est nostalgique, dramatique, langoureuse et piquante à la fois. Il se montre maître des doubles cordes et de l’harmonique artificiel propres à l’œuvre. Mais puisqu’en s’enflammant, ils enflamment le public également, les musiciens offrent un bis plein de brio et de virtuosité. La transcription pour violon et piano de la Danse Macabre de Saint-Saëns, qu’ils interprètent en un tempo endiablé, avec beaucoup de caractère et d’une façon plus qu’assurée.

Une fin éblouissante à un récital riche en couleurs par deux jeunes talents prometteurs d’une générosité superlative. A suivre désormais.

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