COMPTE-RENDU, opéra. TOURS, Opéra, samedi 26 mai 2019. GIORDANO : Andrea Chénier. B. Pionnier, PF Maestrini.

andrea-chenier-gerard-madeleine-de-coigny-uria-monzon-opera-de-tours-critique-opera-classiquenews-duo-gearrd-madeleineCOMPTE-RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 26 mai 2019. GIORDANO : Andrea Chénier. B. Pionnier, PF Maestrini. Avant Puccini, Giordano fixe un modèle de drame lyrique, qui sous l’intitulé « vériste », trouve un point idéal d’équilibre entre action et chant, temps dramatique et temps musical, réactivant même ce qui a fait auparavant l’efficacité du drame verdien (ou gluckiste) : la fusion du verbe et du geste. En prose (et non en vers comme dans Tosca, quelques années plus tard), Umberto Giordano (et son librettiste Illica, le même auteur pour Tosca, créé à Rome en 1900), fusionne texte et musique, en un théâtre qui frappe et saisit par son allant irrépressible ; les chanteurs ici ont à peine le temps de se chauffer : ils doivent immédiatement épouser et embraser la scène, en exprimant directement tous les enjeux de chaque situation.
L’orchestre et le chœur très sollicités apportent leur contribution spécifique dans ce drame musical total où chaque phrase pèse et imprime à l’action continue, son accent propre à enchaîner ce qui suit tout en soulignant la pertinence de ce qui a précédé.
Ainsi Giordano avec ce Chénier (créé à la Scala de Milan en mars 1896), marque la scène lyrique et inspire à l’Opéra de Tours, l’un de ses meilleurs spectacles. La nouvelle production portée par son directeur général Benjamin Pionnier qui assure aussi la direction musicale, souligne cet accomplissement visionnaire de Giordano, avant Puccini.

 

 

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A Tours, on se délecte aussi côté chanteurs de la prise de rôle de la soprano, féline, presque torturée de Béatrice Uria-Monzon qui éclaire le personnage de Madeleine de Coigny, d’une couleur fauve et passionnelle (de fait son air, sublime La Mamma morta au III est viscéral et âpre… comme le fut sa Gioconda à Bruxelles en début d’année) ; à ses côtés, dans le rôle-titre, Renzo Zulian a la vaillance bien accrochée pour exprimer l’idéalisme moral du poète dont l’éclat foudroie l’une des périodes les plus barbares et sombres de la Révolution française : chacun de ses airs, un pour chacun des 4 actes, veut coûte que coûte soutenir une espérance fraternelle et amoureuse malgré la terreur environnante et sourde; parmi les comprimari, se détache le chant habile de l’excellent ténor Raphaël Jardin qui incarne un « Incroyable » aussi léger, funambule qu’intriguant et sournois. C’est lui qui mine de rien, inspire à Gérard devenu membre du Tribunal révolutionnaire, l’acte qui signe l’arrêt de mort de Chénier… Justement dans le rôle de Gérard, notons aussi le poids et la cohérence du chant du baryton Marco Caria dans le rôle du serviteur devenu juge et malgré son amour pour Coigny, décide cependant d’aider (mais vainement) les deux amants maudits.

 

 

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Sur les traces du peintre Suvée (portrait au musée de Tours), le metteur en scène (dont c’est la 3è coopération à Tours), Pier Francesco Maestrini évoque Chénier dans la prison de Saint-Lazare (avec Roucher) ; Robespierre paraît aussi … en idôle précieuse autant que vivante. La vision est fidèle à l’esprit de la Révolution, dans ses excès, ses vices, ses espoirs… déçus. Illica invente l’idylle entre la jeune aristocrate Madeleine (de Coigny) et le poète libertaire et séditieux André : c’est que la petite histoire (amoureuse) rééclaire les milles bassesses de la grande. Mais le chœur (brillamment préparé par sa nouvelle cheffe, Sandrine Abello) et l’orchestre lui aussi crépitant et très présent, assurent le souffle et la puissance, la tension continue d’un opéra qui comme bientôt dans Tosca, possède un arrière plan historique particulièrement fouillé. Le spectateur est selon la coupe originelle de Giordano, comme happé et entraîné dans une course à l’abime : la machine révolutionnaire hache menu ses enfants trop idéalistes : fussent-ils aussi sublimes que Madeleine et André, deux martyrs de la guillotine.

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La fresque historique est présente, son souffle et ses espérances de fraternité aussi ; les profils des amants, Madeleine et André, bien dessinés, auxquels répond la présence plus trouble et modulable de Gérard, jaloux qui compatit. Belle production, cohérente et « cinématographique », prenante et claire à l’affiche ce mardi 28 mai 2019 à l’Opéra de Tours, puis bientôt en second souffle à l’Opéra de Nice. Incontournable. / Illustrations : © Sandra Daveau / Opéra de Tours 2019

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. TOURS, Opéra, samedi 26 mai 2019. GIORDANO : Andrea Chénier. B. Pionnier, PF Maestrini.

Direction musicale : Benjamin Pionnier
Mise en scène : Pier Francesco Maestrini
Décors : Nicola Boni
Costumes : Luca dall’Alpi
Lumières : Bruno Ciulli

André Chénier : Renzo Zulian
Madeleine de Coigny: Béatrice Uria Monzon
Charles Gérard : Marco Caria
Bersi : Ahlima Mhamdi
Madelon: Christine Tocci
Roucher : Marc Scoffoni
Mathieu : Pierre Doyen
L’incroyable : Raphaël Jardin
Fléville / Fouquier Tinville : Virgile Frannais
L’abbé : Mickaël Chapeau

Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours

Chorégraphie : Elodie Vella

 

 

 

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