Compte-rendu Opéra. Toulouse. Capitole, le 30 mai 2017. Donizetti : Lucia di Lammermoor. Nadine Koutcher, Lucia. Maurizio Benini / N. Joël.

donizetti opera classiquenews gaetano-donizettiCompte-rendu Opéra. Toulouse. Capitole, le 30 mai 2017. Donizetti : Lucia di Lammermoor. Nadine Koutcher, Lucia. Maurizio Benini / N. Joël. Il est bien agréable de revoir au Capitole cette magnifique production qui date de l’ère Nicolas Joël. Sans tomber dans le mythe de l’Age d’Or, rappelons toutefois que cette production a été partagée avec le prestigieux Metropolitan Opera de New York saison 1998. Cela permet également de constater combien un travail rigoureux, esthétisant à souhait et de grande qualité, ne perd rien avec les ans de sa grande beauté. Décors somptueux, costumes magnifiques, éclairages encore plus beaux que lors des premières représentations,  toute la beauté des tableaux concoctés par Nicolas Joël, envoûte toujours autant.  Le décorateur Ezio Frigerio, sans oublier les costumes de Franca Squarciapino et surtout les lumières si poétiques de Vinicio Cheli, participent à la fête des yeux.

 

 

INCROYABLE VITALITÉ D’UNE LUCIA CAPITOLINE

 

La direction d’acteurs est une épure qui permet aux chanteurs virtuoses de toujours se trouver face au public ; elle favorise toujours la meilleure position pour que l’expression vocale donne toute sa plénitude à la musique de Donizetti.
Dans la fosse officie Maurizio Benini. L’illustre chef et l’Orchestre du Capitole se connaissent très bien. Disons tout de go combien la direction extrêmement dramatique trouve dans l’Orchestre du Capitole des interprètes  à la mesure du projet. Il est rare de voir la partition de Donizetti être défendue avec autant de fougue, de passion,  voire de violence.
Les nuances sont extrêmement creusées avec des fortissimi à un niveau rarement atteint dans une musique de pur bel canto. Les instrumentistes sont magnifiques avec l’envoûtante clarinette appariée à Lucia, ou la flûte dans la scène de la folie et une mention toute particulière pour la harpe.
Une telle direction compense largement la relative simplicité de la mise en scène du point de vue du jeu scénique des acteurs. Car le drame se développe avec une force rarement présente à ce point.

 

 

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Il faut dire que la distribution est absolument époustouflante ; elle aurait pu également faire honneur à une maison comme le Metropolitan Opera. Nadine Koutcher est une Lucia historique… et je pèse mes mots. La voix est absolument somptueuse, nous l’avions beaucoup aimée dans la Comtesse des Noces de  Figaro pour son moelleux, son pulpeux, la rondeur absolue de son timbre. Que dire aujourd’hui de plus ? Cette incarnation est absolument majeure tant vocalement que scéniquement. Sa Lucia est une femme d’un courage extraordinaire qui se bat contre un milieu d’une violence incroyable. La voix de Nadine Kouchner est à la fois volumineuse, admirablement projetée, capable de couleurs et de nuance des plus diverses. La beauté du timbre est incroyablement équilibrée du grave au suraigu, en passant par le médium et l’aigu, tout aussi élégants. Aucune force, tout en souplesse, le volume se déploie au long des phrases avec une mélancolie, une révolte ou un abandon absolument exquis. La voix est si large qu’elle fait penser à Joan Sutherland et si belle avec des harmoniques si riches qu’elle fait penser à Anna Netrebko. Un tel  phénomène vocal, une telle classe, une si parfaite technique vocale, méritent vraiment toute notre admiration de lyricophile plutôt exigeant.
Le reste de la distribution évidemment paraîtrait secondaire à côté d’un tel phénomène qui suffirait à notre bonheur total. Ne négligeons pas son amoureux à la scène, le ténor  Sergey Romanovsky qui est un Edgardo aussi élégant scéniquement que vocalement. La voix est magnifique, homogène sur toute la tessiture et la technique vocale est parfaite. Sa prestance et son jeu d’acteurs sont des plus convaincants. Le couple maudit est désarmant de sincérité.
En Enrico, Vitaly  Billyy est fidèle à lui-même. Il fait tonner son instrument puissant et joue sans subtilité. Grande voix qui chante tout de la même manière que ce soit Verdi, Donizetti et probablement Puccini…
Les petits rôles sont à la hauteur de ces monstres vocaux ce qui n’est pas peu dire. Le chœur du Capitole est admirable de présence vocale, même avec un jeu de scène très réduit, la splendeur sonore est son maître mot ce soir.

Au final nous avons vécu une soirée d’opéra extrêmement réjouissante avec une plénitude  sonore et dramatique rarement atteinte dans le chef-d’œuvre de Donizetti.
La scène de folie de Lucia avec la flûte magique de Sandrine Tilly a été le point d’orgue d’une soirée absolument magnifique.
Il est donc possible de réunir une distribution éblouissante afin de contenter le public toujours exigeant du Capitole. Il est probable que les reprises de magnifiques productions de Nicolas Joël, l’an prochain,  si les distributions sont aussi belles,  seront encensées de la même manière par le public toulousain. Il a fait une véritable ovation aux artistes : encore un grand soir au Capitole !

 

 

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Compte rendu Opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 30 mai 2017. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor,  Opéra en trois actes sur un livret de Salvatore Cammarano d’après La Fiancée du Lammermoor de Sir Walter Scott créé le 26 septembre 1835 au Teatro San Carlo de Naples. Production du Théâtre du Capitole (1998). En collaboration avec le Metropolitan Opera de New York. Nicolas Joël, mise en scène. Stéphane Roche, réalisation de la mise en scène ; Ezio Frigerio, décors. Franca Squarciapino, costumes. Vinicio Cheli lumières. Avec : Nadine Koutcher, Lucia ; Sergey Romanovsky, Edgardo ; Vitaliy Bilyy, Enrico ; Maxim Kuzmin-Karavaev, Raimundo ; Florin Guzgă, Arturo ; Marion Lebègue, Alisa ; Luca Lombardo, Normanno. Orchestre National du Capitole. Chœur du Capitole, Alfonso Caiani direction.  Maurizio Benini, direction musicale.

 

 

 

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A VENIR; prochaine production lyrique au Capitole :

meyerbeer_dapres_p_0TOULOUSE, Capitole. MEYERBEER : Le Prophète. 23 juin / 2 juillet 2017. Nouvelle production. Au sommet de son écriture et de sa gloire, Meyerbeer conçoit Le Prophète créé en 1849. 7 ans auparavant, le compositeur juif est devenu directeur musical général de la ville de Berlin (à la succession de Spontini), sur décision de Frédéric-Guillaume IV, couronné depuis 1840 et grand mélomane. C’est aussi un amateur d’opéra qui a très vite décelé chez Giacomo Meyerbeer un sens inné, voire magistral du spectacle total, bientôt perfectionné par Wagner à la fin du siècle. C’est que Meyerbeer pense en terme autant visuel que musical et dramatique. LIRE NOTRE PRESENTATION

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