Compte-rendu, opéra. Strasbourg. Opéra National du Rhin, le 22 mars 2017. Strauss : Salome. Helena Juntunen, Constantin Trinks / Olivier Py.

Compte-rendu, opéra. Strasbourg. Opéra National du Rhin, le 22 mars 2017. Richard Strauss : Salome. Helena Juntunen, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Susan Maclean, Robert Bork. Constantin Trinks, direction musicale. Olivier Py, mise en scène. La rencontre entre Olivier Py et la figure de Salomé nourrissait bien des attentes, autant dire qu’elle restera dans les mémoires, mais davantage par l’éblouissement d’une scénographie spectaculaire imaginée par Pierre-André Weitz, complice toujours plus affirmé du metteur en scène français, que par la force d’une ligne directrice. A moins que, brouillée par une multitude de concepts, cette ligne nous ait quelque peu échappé. Tout commence dans les coulisses d’un théâtre de music-hall, Salomé est danseuse et s’admire dans le miroir de sa loge. Puis avec l’apparition de Jochanaan, le mur occupant le fond de la scène s’effondre avec fracas, dans un nuage de poussière,pour révéler un décor de jungle tropicale qui se déplie à la manière d’une image tirée d’un livre animé, tandis que la jeune femme revêt une tenue de peau-rouge.

 

 

Salomé en livre d’images…

 

 

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L’action se concentrant principalement à l’avant-scène, les décors se succèdent ainsi comme un ouvrage dont on tourne les pages, chacun dévoilant un impressionnant décor en relief. La jungle fait place à un sommet enneigé, à une forêt de gratte-ciels, puis à une église dont le sol est tapissé de lys et dans laquelle Salomé entamera sa Danse des sept voiles, secondées par sept danseurs. L’église fait très vite place à des flammes peintes qui se déploient pour symboliser la concupiscence irrépressible du Tétrarque, avant que le livre se referme, formant un escalier menant aux étoiles. C’est sur ces marches que Salomé embrassera la bouche de Jochanaan, serrant contre elle la tête du prophète. Ce sont ces mêmes marches que la jeune femme empruntera pour se jeter dans le vide, tandis que, tracée par des néons, apparaît la citation de Nietzsche : « Gott ist tot ».
Une conclusion philosophique pour une œuvre où la religion demeure abordée sur toute sa durée, ainsi de ces cinq juifs devenus chacun représentant d’une religion du Livre – un cardinal, un pasteur protestant, un pope, un rabbin et un imam, dont la chamaillerie ne prend que davantage de sens aujourd’hui dans la surenchère –. En outre, ce grand Christ en bois, trainé par les protagonistes et accroché aux cintres la tête en bas par Salomé au fil où elle pendra plus tard la tête de Jochanaan, planant ainsi au-dessus de la scène, restera dans les mémoires. Très belle idée aussi que cet ange nu tout entier peint en rouge et pourvu de deux immenses ailes, qui apparaît dès que la mort est évoquée et justifie ainsi les hallucinations auditives d’Hérode, et qui s’endormira sur les marches avant la mort de l’héroïne.

Une succession de tableaux et de symboles dont on peine parfois à saisir la cohérence, mais qui subjugue pleinement, et à l’issue de laquelle on se prend à imaginer le suicide de Salomé comme la seule issue face à l’irrépressible et brûlant désir charnel qui la dévore pour la première fois et qui signe la fin de son enfance dont le livre se referme ainsi définitivement.
Parmi la superbe distribution réunie ce soir, saluons pour commencer d’excellents seconds rôles : les deux Soldats sonores et percutants de Jean-Gabriel Saint-Martin et Sévag Tachdjan et les cinq Juifs parfaitement complémentaires d’Andreas Jaeggi, Mark Van Arsdale, Peter Kirk, Diego Godoy et Nathanaël Tavernier. On n’oubliera pas également les deux Nazzaréens d’Ugo Rabec et Emmanuel Franco ainsi que le Page de Yael Raanan Vandor.
Dans le rôle court mais intense de Narraboth, Julien Behr semble avoir gagné en aisance dans l’aigu comme en puissance dans la projection, et parvient à marquer les esprits.
Emergeant de la fosse d’orchestre comme venu de la citerne où il est enfermé, le Jochanaan de Robert Bork convainc par son engagement total, tant scénique que vocal, malgré une émission souvent engorgée mais acceptable dans un tel rôle.
Altière Hérodiade, la mezzo américaine Susan Maclean donne à admirer les derniers feux d’une grande voix et d’une belle présence.

 
 

RHIN SALOM Olivier Py critique de CLASSIQUENEWS opera national du rhin salome Donnant à Hérode davantage de noblesse qu’à l’accoutumée, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke nous rappelle qu’il est bien l’un des meilleurs ténors de caractère à l’allemande de notre époque, tant la voix, jamais dénuée d’une puissance certaine, passe très bien l’orchestre sans perdre la précision de sa diction.Portant littéralement le spectacle sur ses épaules, Helena Juntunen, sans avoir réellement les moyens vocaux qu’on imagine pour le rôle-titre, offre de Salomé un portrait étonnant et éminemment personnel. La justesse dans la caractérisation est totale, le magnétisme scénique évident et la chanteuse utilise très intelligemment les ressources de sa voix pour venir à bout de cette incarnation écrasante, des graves parfaitement audibles – sol bémol compris – aux aigus tantôt dardés, tantôt flûtés en d’intimes pianissimi. En outre, la soprano finlandaise se révèle très bonne danseuse – même si on devine un habile tour de passe-passe pour lui substituer une danseuse au paroxysme d’une chorégraphie très exigeante–.En grande forme, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg ondoie de tous ses pupitres, pâte sonore lascive et violente, conduit par Constantin Trinks qui confirme de jour en jour sa place parmi les très bons chefs d’aujourd’hui. Une soirée déroutante, mais absolument passionnante.

 

 

 

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Strasbourg. Opéra National du Rhin, 22 mars 2017. Richard Strauss : Salome. Livret du compositeur d’après Oscar Wilde. Avec Salome : Helena Juntunen ; Hérode : Wolfgang Ablinger-Sperrhacke ; Hérodiade : Susan Maclean ; Jochanaan : Robert Bork ; Narraboth : Julien Behr ; Page d’Hérodiade : Yael Raanan Vandor ; Premier Nazzaréen : Ugo Rabec ; Second Nazzaréen : Emmanuel Franco ; Premier Juif : Andreas Jaeggi , ; Deuxième Juif : Mark Van Arsdale ; Troisième Juif : Peter Kirk ; Quatrième Juif : Diego Godoy ; Cinquième Juif : Nathanaël Tavernier ; Premier Soldat : Jean-Gabriel Saint-Martin ; Second Soldat : Sévag Tachdjan. Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Direction musicale : Constantin Trinks. Mise en scène : Olivier Py ; Décors et costumes : Pierre-André Weitz ; Lumières : Bertrand Killy. Illustrations : © Opéra national du Rhin 2017

 

 

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