Compte rendu, opéra. Paris. Théâtre du Châtelet, le 5 avril 2014. Stephen Sondheim : Into the Woods. Kimy McLaren, Leslie Clack, Nicholas Garrett, Christine Buffle, Beverley Klein, Pascal Charbonneau. David Charles Abell, direction musicale. Lee Blakeley, mise en scène

Pourquoi dans les grands bois… Poursuivant son exploration des œuvres scéniques de Stephen Sondheim, le Théâtre du Châtelet monte à présent l’étrange Into the Woods, comédie musicale créée à Broadway en 1987. Cette pièce singulière utilise les personnages des contes de Grimm et organise leur rencontre en d’improbables chassés-croisés, la forêt, lieu des secrets, des dangers et de l’inconscient selon Bettelheim, demeurant l’épicentre de toutes leurs aventures. Une histoire menée tambour battant par deux personnages inventés par Sondheim et son librettiste Lapine, le Boulanger et sa femme, chargés de rapporter à la Sorcière un chaperon rouge, une pantoufle d’or, une vache blanche comme le lait et des cheveux blonds comme les blés. Et c’est ainsi que nos deux héros vont croiser la route du Petit Chaperon Rouge, de Cendrillon, de Jack – et ses haricots – ainsi que de Raiponce. Alors que le premier acte se referme comme les contes dont il est issu, la seconde partie de l’œuvre interroge l’envers du décor, si réellement « ils vécurent heureux ». La suite démontre ainsi que rien n’est si simple, les personnages, repartis en quête d’une Géante – qui n’est autre que l’épouse du géant tué par Jack –, périssant les uns après les autres, dans une atmosphère sombre mais où l’espoir demeure au loin comme une flamme rassurante.
Un ouvrage plein d’humour, où l’on se plait à retrouver les figures qui ont bercé notre enfance, servi avec les honneurs par le Châtelet.
On ne change pas une équipe qui gagne, le Théâtre Musical de Paris – l’autre nom de la maison – a réuni la même équipe que lors des saisons précédentes, confiant la mise en scène à Lee Blakeley et la direction musicale à David Charles Abell. Le scénographe anglais, décidément incontournable cette saison, réalise des tableaux impressionnants grâce à un immense plateau tournant et un décor saisissant de réalisme, servant de cadre à une direction d’acteurs d’une grande précision et d’une redoutable efficacité.
Le chef britannique tire de son côté le meilleur de l’Orchestre de chambre de Paris, servant avec un immense respect cette partition bariolée et fantasque.
Au sein d’une distribution remarquable de cohésion et d’équilibre dont tous les membres seraient à citer, on remarque tout particulièrement le couple formé par Nicholas Garrett et Christine Buffle, bien chantants et scéniquement irréprochables, ainsi que la Cendrillon délicate de Kimy McLaren et la Sorcière hilarante de Beverley Klein. Mention spéciale au Narrateur de Leslie Clack, rappelant bien souvent Sigmund Freud, à l’omniprésence rassurante.
De la comédie musicale de grand luxe, qui nous fait attendre avec impatience le Sondheim de l’an prochain.

Paris. Théâtre du Châtelet, 5 avril 2014. Stephen Sondheim : Into the Woods. Livret de James Lapine. Avec Cendrillon : Kimy McLaren ; Le narrateur : Leslie Clack ; Le boulanger : Nicholas Garrett ; La femme du boulanger : Christine Buffle ; La Sorcière : Beverley Klein ; Jack : Pascal Charbonneau ; Le prince de Cendrillon : Damian Thantrey ; Le prince de Rapunzel : David Curry ; Le steward : Jonathan Gunthorpe ; Le Petit Chaperon Rouge : Francesca Jackson ; La mère de Jack : Rebecca de Pont Davies ; Rapunzel : Louise Alder ; Florinda : Elisa Doughty ; Lucinda : Lucy Page ; Le père de Cendrillon : Scott Emerson ; La mère de Cendrillon : Kate Combault ; La belle-mère de Cendrillon : Jasmine Roy ; La voix de la Géante : Fanny Ardant ; Blanche-Neige : Dorine Cochenet ; La Belle au bois dormant : Cécilia Proteau. Orchestre de chambre de Paris. Direction musicale : David Charles Abell. Mise en scène : Lee Blakeley ; Décors : Alex Eales ; Costumes : Mark Bouman ; Lumières : Olivier Fenwick ; Chorégraphies : Lorena Randi ; Réalisation des marionnettes : Max Humphries

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