Compte rendu, opéra, Nantes, Théâtre Graslin, le 16 mars 2018. Beethoven : Fidelio. Erki Phk / Philippe Miesch

Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 Compte rendu, opéra, Nantes, Théâtre Graslin, le 16 mars 2018. Beethoven : Fidelio. Erki Phk / Philippe Miesch. Malgré les nombreux problèmes de la réalisation, le public, bienveillant et chaleureux, applaudit généreusement au terme de ce Fidelio, créé à Rennes la saison dernière. Pourtant n’est-ce pas Beethoven qu’on assassine, bien plus que Florestan ? L’orchestre National des Pays de la Loire s’y montre sous son plus mauvais jour dès l’ouverture, et la direction d’ Erki Pehk n’y est pas étrangère. Un premier incident y succède : Dès la première scène, après l’introduction orchestrale, le rideau de scène est bloqué dans son ascension alors que commence le duo entre Marcelline et Jaquino. On découvre alors le décor minimaliste, constitué de panneaux noirs, et les costumes modernes conçus par Philippe Miesch, qui ne brillent pas par leur originalité. Des trappes, des passages s’ouvriront pour les besoins de l’action, jusqu’à ce que Fidelio et Jaquino, en uniformes de gardiens de prison, permettent aux détenus de trouver la lumière chaude de la cour de la forteresse. Au second acte, nous serons plongés dans le cachot de Florestan, avec un ingénieux système d’échelles descendant des cintres, côté jardin. Des éclairages de François Saint-Cyr, retenons le faisceau de lumière tombant sur Florestan enchaîné.

 
 

 
 

C’est Beethoven qu’on applaudit ?

 

 

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L’intrigue est suffisamment connue pour permettre de faire l’économie de son résumé. Ouvrage fort, où les destins individuels – l’amour de Léonore et de Florestan – se conjuguent aux idéaux de justice, de liberté et de fraternité, Fidelio n’est pas aisé à monter en scène. La direction d’acteurs ne s’improvise pas, et son absence est source de nombre d’invraisemblances, d’outrances, voire de contresens. Ainsi le fait que Fidelio/Léonore, auxiliaire du garde-chiourme, apparaisse dès le début en uniforme de la pénitentiaire et armé, alors qu’il est dramatiquement essentiel qu’il dissimule l’arme qu’il opposera à Pizarro. Son jeu altère sa crédibilité. Les exemples pourraient être multipliés des défaillances dramatiques qui interdisent à l’ouvrage de s’élever, conformément à son idéal, jusqu’au tableau final, musicalement bouleversant, qui semble ici banal.

Claudia Iten est Fidelio, une grande soprano lyrique, jeune, vive, dont la voix à l’ambitus large prend des couleurs séduisantes, aux aigus faciles comme aux graves soutenus. Bien que l’ orchestre soit à la peine, son air « Komm Hoffnung » nous touche par sa sincérité. Malgré les défaillances dramatiques de son jeu, elle est un vrai Fidelio vocal. Le rôle le plus lourd, le plus exigeant qui vient ensuite est celui de Rocco. Comble de malchance, Christian Hübner, aux moyens vocaux impressionnants, est victime d’une sérieuse bronchite qui fera douter qu’il puisse aller au bout de l’ouvrage. Il assurera cependant le second acte pour sauver la production. Son chant s’en trouve évidemment altéré. Quant à incarner le gardien de prison, obéissant, vénal, qui se refuse à tuer froidement Florestan, mais qui ne voit aucun inconvénient à le laisser mourir à petit feu, bon père de famille, sachant se montrer généreux, c’est une autre affaire. La complexité psychologique de ce bourreau ordinaire n’apparaît pas, le personnage est superficiel, simpliste, sorte de Papageno dont il lui arrive de prendre les accents. Pizarro, le gouverneur-tyran qui a arbitrairement enfermé Florestan, son rival, défenseur des libertés, est chanté par Anton Keremedtchiev, solide baryton bulgare, au chant irréprochable, mais dont la noirceur – qui sera celle de Scarpia dans Tosca – demeure en-deçà des attentes. Le rôle de Florestan est confié à Donald Litaker, vénérable ténor dont la technique, admirable, lui permet de donner vie à notre héros : Son « Gott » (sol aigu) remarquablement projeté et tenu est splendide, tout comme « In des Frühlingstagen », dont la force expressive tient aussi dans la vraisemblance vocale d’un détenu épuisé, affamé. Andreas Früh est Jaquino, le portier de la prison : ténor mozartien, dont on présume qu’il doit composer un bel Ottavio. Le ministre salvateur, porteur des qualités exaltées par Beethoven, est un jeune baryton espagnol d’origine mexicaine. La maturité, l’autorité lui font encore défaut pour imposer ce personnage. Nous avons gardé le meilleur pour la fin : la Marcelline d’Olivia Doray, un remarquable soprano au chant souple, sonore, clair et bien timbré dans toute la tessiture. Non seulement la voix est des plus belles, mais le jeu s’accorde parfaitement au personnage, jeune, passionné. Espérons l’écouter prochainement dans Mozart !

Si les airs sont peu nombreux, les ensembles abondent et sont vocalement toujours bien réglés. Par contre, l’orchestre traduit de multiples faiblesses (précision, justesse, dynamique), et la direction ne semble pas avoir compris la portée de l’œuvre : nerveuse, souvent précipitée, imprécise, avec des balances qui – parfois – se réalisent au détriment du chant. La richesse de l’écriture mérite mieux. Les chœurs, malgré les tempi imposés par le chef, se tirent bien d’affaire : l’émission est claire, sonore, bien articulée, et les déplacements sont ici irréprochables. Ce soir, Fidelio, Marcelline et les chœurs ne suffisent pas à sauver ce singspiel exigeant, où l’esprit ne souffle pas.

 

 
 

 

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Compte rendu, opéra, Nantes, Théâtre Graslin, le 16 mars 2018. Beethoven : Fidelio. Erki Pehk / Philippe Miesch. Crédit photos © Jef Rabillon – Angers Nantes Opéra

 

 

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