Compte-rendu, opéra. Nantes. La Cité, le 4 février 2014. Georges Bizet : Les Pêcheurs de perles. Anne-Catherine Gillet, Frédéric Antoun, Etienne Dupuis, Nicolas Courjal. Mark Shanahan, direction musicale

bizet_georges_carmenAngers Nantes Opéra réussit un coup d’éclat avec des Pêcheurs de perles de grande qualité. Grâce à l’acoustique excellente de la Cité des Congrès nantaise, à la réverbération idéale pour l’aisance des chanteurs, la richesse de l’orchestration imaginée par Bizet se déploie dans toute sa force, chaque détail instrumental trouvant sa juste place et les couleurs s’entremêlant avec bonheur. Le chef Mark Shanahan tire ainsi le meilleur de l’Orchestre National des Pays de la Loire, sculptant les sonorités et galvanisant les musiciens. Seuls les tempi choisis paraissent parfois un rien rapides, notamment dans la romance de Nadir et l’air de Leila – qui demandent à notre sens davantage d’abandon et de rubato pour exhaler pleinement leurs parfums –, mais il faut reconnaître que l’urgence dramatique s’en trouve accrue dans les moments d’éclat.

De nouvelles perles à pêcher

Puissants et admirablement préparés, les chœurs d’Angers-Nantes et Montpellier réunis offrent les points culminants de la soirée, dans des déferlements sonores dévastateurs et proprement jouissifs, toujours d’une absolue précision dans les attaques et la précision du texte. Beau également, le quatuor de solistes réuni sur le plateau.
Luxueux Nourabad, Nicolas Courjal met sa grande voix de basse au service de ce rôle qu’on aimerait plus long, toujours dans la grande tradition française dont il est depuis plusieurs années un héritier.
Familier du rôle de Zurga et entendu dans ce personnage à l’Opéra du Rhin en mai dernier, le baryton canadien Etienne Dupuis confirme son adéquation avec cette écriture vocale. L’instrument sonne sans effort jusqu’à l’aigu, l’intelligibilité du texte demeure excellente, et son air, intensément vécu, touche sincèrement par sa vérité émotionnelle. Seule l’émission vocale pourrait gagner en hauteur, trahissant parfois une attache laryngée, mais la performance du chanteur reste à saluer.

 

 

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Nous pressentions une belle réussite de la part de Frédéric Antoun pour son premier Nadir, c’est chose faite, mais à rebours de nos prévisions. Nous attendions sa célèbre romance, c’est dans les passages les plus vaillants du rôle que le ténor canadien nous a impressionnés. Comme nous l’écrivions à l’occasion de son Gérald parisien, l’instrument paraît s’être corsé en un an et demi, gagnant en éclat ce qui paraît pour l’instant se perdre en délicatesse pure. « Je crois entendre encore » est ainsi superbement phrasé, mais le chanteur semble ne pas oser cette voix mixte qui nous avait enchantés dans l’Amant jaloux de Grétry à l’Opéra Comique en 2010 et qui nous faisait voir en lui l’héritier d’Alain Vanzo.
Peut-être aussi doit-il simplement remplir la salle, bien plus grande que le Théâtre Graslin, et ne peut-il tenter pareilles nuances. Nonobstant cette remarque, nous tenons ici un magnifique Nadir, au style exemplaire, à l’aigu facile et à la musicalité jamais prise en défaut.
Il forme un couple idéalement assorti avec la Leila d’Anne-Catherine Gillet, dont c’est également la prise de rôle. La soprano belge nous émeut toujours par son timbre à la vibration si particulière, doté d’une couleur aussi pure que de l’eau de roche, qui rend parfaitement crédible l’innocence de la jeune femme.
Son placement haut et la limpidité de ses voyelles lui permettent ainsi de passer l’orchestre sans effort, semblant littéralement flotter au-dessus. La musicienne demeure toujours sincère et à fleur de peau, et c’est avec les honneurs qu’elle sert la ligne de chant que lui offre Bizet. Son air reste ainsi un des plus beaux moments de la soirée, malgré un souffle parfois court mais admirablement géré. Sa confrontation avec Zurga paraît la pousser dans ses retranchements en terme de largeur vocale, notamment dans le bas du registre, mais en grande interprète qu’elle est, l’émotion affleure une fois encore, bouleversante de justesse.
Une très belle Leila, qui nous permet d’espérer d’autres prises de rôles dans le répertoire français, qui convient si bien à la vocalité de la chanteuse.
Grand succès de la part d’un public conquis, une réussite de plus à porter au crédit d’Angers Nantes Opéra, une des maisons françaises qui comptent et où l’on se sent bien.

Nantes. La Cité, 4 février 2014. Georges Bizet : Les Pêcheurs de perles. Livret d’Eugène Cormon et Michel Carré. Avec Leila : Anne-Catherine Gillet ; Nadir : Frédéric Antoun ; Zurga : Etienne Dupuis ; Nourabad : Nicolas Courjal. Chœur d’Angers Nantes Opéra ; Chef de chœur : Xavier Ribes. Chœur de l’Opéra National Montpellier Languedoc-Roussillon ; Chef de chœur : Noëlle Geny. Orchestre National des Pays de la Loire. Mark Shanahan, direction musicale

 

Illustration : Les Pêcheurs de perles de Buzet en version de concert © Jef Rabillon 2014

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