Compte-rendu, opéra. Bordeaux, le 21 janvier 2018. Debussy : Pelléas et Mélisande. Béziat & Siaud / Minkowski.

Compte-rendu, opéra. Auditorium de Bordeaux, le 21 janvier 2018. Claude Debussy : Pelléas et Mélisande. Philippe Béziat & Florent Siaud (mise en scène). Orchestre national de Bordeaux, Marc Minkowski (direction musicale). Pour commémorer le 100e anniversaire de la disparation de Claude Debussy (en 1918), plusieurs théâtres ont pris la décision de monter une production de son unique ouvrage lyrique, Pelléas et Mélisande, et c’est l’Opéra de Bordeaux qui ouvre le bal. Originellement prévu en version de concert, c’est finalement sous un format semi-scénique – confié au duo de metteurs en scène Philippe Béziat et Florent Siaud – que l’ouvrage a été représenté, à l’Auditorium de la ville. Placé au centre de la scène, c’est tout autour de ce personnage à part entière qu’est l’orchestre que déambulent les chanteurs-comédiens, tandis qu’un vaste écran en arrière scène et un voile de tulle noire en avant-scène accueillent de nombreuses projections vidéos en noir et blanc (réalisées par Thomas Israël) : celles-ci viennent illustrer – avec beaucoup de poésie et autant de mystère – les atmosphères et lieux du drame : la dense forêt du début, les voûtes de l’antique château, les effets miroitants de la mer ou de la fontaine où s’abîme la bague de Mélisande, etc…
Dans cet environnement simplifié, chaque geste réglé par le duo de metteurs en scène s’impose avec un maximum d’intensité, et c’est par des vivats que les deux artistes seront accueillis au moment des saluts (un fait suffisamment rare pour qu’il soit évoqué ici !).

 
 

Superbe Pelléas à Bordeaux

 
 

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A la tête d’un Orchestre National de Bordeaux dans une forme olympique, le directeur général de l’institution girondine, Marc Minkowski, cisèle la partition de Debussy, en livrant une lecture intimiste et impressionniste de l’œuvre, constamment soucieux de lui restituer ses pulsations, sa transparence, sa poésie et son mystère. Il n’en privilégie pas moins, dans les moments dramatiques, des sonorités d’une flamboyance toute wagnérienne. Par ailleurs, ce n’est pas le moindre de ses mérites d’avoir rassemblé une distribution entièrement française, à la diction impeccable, qui permet de saisir chaque mot de Maeterlinck et de donner ainsi aux dialogues, toute leur force.

Le rôle de Pelléas est confié ce soir à une voix de ténor, non pas à celle d’un baryton (rappelons au lecteur que Debussy avait primairement pensé et écrit cette partie pour cette tessiture). C’est le jeune ténor bordelais Stanislas de Barbeyrac qui endosse ce superbe rôle auquel il offre son physique de jeune premier ainsi qu’une désarmante sincérité. Comme de coutume, son chant est empreint de raffinement et d’élégance, la tessiture est franche, la voix saine et il cultive, avec un rare bonheur, les nuances les plus fugitives. Enfin, même si la partition retenue est bien celle destinée à un baryton aigu, il ne peine que rarement dans le registre grave, la voix s’étant quelque peu assombri depuis quelque temps.
Pour notre plus grande joie, c’est la délicieuse soprano belgo-suisse Chiara Skerathmagnifique Poppée le mois dernier à Nantes (NDLR : nouvelle production magistrale réalisée par Caurier & Leiser / Capuano / sujet d’un reportage vidéo par classiquenews)- qui lui donne la réplique en Mélisande. La jeune chanteuse gratifie l’auditoire de son timbre lumineux et de sa musicalité sans faille ; elle nimbe son personnage de mystère, en lui donnant des grâces d’oiseau pris au piège ; elle distille une constante émotion, achevant le portrait d’une Mélisande qui ne quittera pas de sitôt notre mémoire.
Troisième prise de rôle, le baryton français Alexandre Duhamel endosse les habits de Golaud, dont il adopte le comportement de brute mal équarrie, avec un chant mordant et sonore, aux irrépressibles accès de jalousie assassine qui ne sont pas sans rappeler parfois le personnage de Iago. Et les rôles secondaires s’avèrent tout aussi convaincants, hors l’Yniold mal assuré et peu compréhensible de Maëlig Querré. De leur côté, Jérôme Varnier (Arkel), Sylvie Brunet-Grupposo (Geneviève) et Jean-Vincent Blot (Médecin & Berger) brillent par la précision de leur jeu, leur projection efficace, l’excellence de leur diction.

A titre personnel, nous n’avons pas le souvenir d’une équipe ayant aussi bien rendu justice à la musique comme au texte…

 
 

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Compte-rendu, opéra. Auditorium de Bordeaux, le 21 janvier 2018. Claude Debussy : Pelléas et Mélisande. Philippe Béziat & Florent Siaud (mise en scène). Marc Minkowski (direction musicale), orchestre national de Bordeaux. Pelléas : Stanislas de Barbeyrac ; Mélisande : Chiara Skerath ; Golaud : Alexandre Duhamel ; Arkel : Jérôme Varnier ; Geneviève : Sylvie Brunet-Grupposo ; Yniold : Maëllig Querré ; Le médecin / Un berger : Jean-Vincent Blot. Illustration : DR

 
 
 
 

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